20 000 enfants ont déjà été assassinés à Gaza.
Alors, quarante-six de plus ou de moins l’important c’est le chagrin
Le monde compte, additionne, classe, oublie.
Mais ceux qui ont perdu un enfant savent : on ne perd pas un chiffre, on perd un univers.
Ils étaient quarante-six.
Quarante-six enfants, mardi 28 octobre, à Gaza.
Le chiffre est tombé comme un verdict, sec, froid, sans nom, sans visage.
Mais derrière ce chiffre, il y avait des rires, des cheveux emmêlés, des petits bonheurs d’enfance, ces gestes ordinaires qu’aucune guerre ne devrait pouvoir voler.
Il y avait cette petite fille aux longues tresses noires.
Chaque matin, sa mère les tressait avec soin, en lui disant de ne pas bouger.
Elle riait, bougeait quand même.
Elle aimait les bonbons rouges, les histoires avant de dormir, le baiser du soir sur le front avant que la bougie ne s’éteigne.
Elle ne s’endormait qu’en serrant sa poupée estropiée contre elle.
Ce soir-là, il n’y a plus eu de bougie à souffler.
Et puis il y avait ce petit garçon au sourire édenté, ce sourire qu’on montre fièrement quand la première dent tombe.
Il courait pieds nus dans la ruelle, jouait au ballon avec son frère, se disputait pour une histoire de billes, puis riait de nouveau cinq minutes plus tard.
Le matin, il tirait la manche de sa mère pour qu’elle regarde le dessin qu’il avait fait :
« C’est moi et toi », disait-il.
Ce dessin-là est resté sur la table, couvert de poussière.
Des visages qui trompaient la mort, des visages dont l’insouciance rendait la vie moins cruelle.
Quarante-six enfants.
Quarante-six petites vies qui avaient encore tout à apprendre — lire, courir, aimer, rêver.
Ils n’ont plus rien à apprendre maintenant.
Leurs jeux se sont tus, leurs rires se sont éteints dans le vacarme des bombes.
Les grands de ce monde étaient là pour la photo, le roi du monde les a ridiculisés et puis ils sont rentrés heureux.
Et le monde a continué à tourner.
Les cafés s’animent, les marchés bruissent, les télévisions débitent d’autres nouvelles.
Ici, on enterre des enfants dans des draps blancs, là-bas on prépare le dîner.
Le contraste est insoutenable.
Comme si la mort de quarante-six enfants ne suffisait plus à bouleverser le cours du monde.
Mais comment continuer à vivre sans honte, quand des enfants meurent ainsi, jour après jour, dans l’indifférence générale ?
Comment ne pas sentir qu’à chaque souffle arraché à Gaza, c’est notre propre humanité qui se déchire ?
Les mères de Gaza ne crient plus.
Elles murmurent les prénoms, une dernière fois, comme une prière.
Elles posent un baiser sur un front glacé, comme si ce baiser pouvait ramener la chaleur d’avant.
Elles rassemblent ce qu’il reste des jouets, des chaussures, des souvenirs.
Elles ne demandent plus rien. Pas de vengeance, pas même de justice.
Seulement qu’on se souvienne. Elles sont marquées au front au fer rouge.
Parce qu’aucune guerre ne devrait effacer le rire d’un enfant.
Parce qu’aucun État, aucune cause, aucun Dieu ne justifie la mort d’un visage aux tresses noires ou d’un sourire sans dents.
Mardi 28 octobre, quarante-six enfants sont morts à Gaza.
Et avec eux, c’est le monde qui a perdu, une fois de plus, le peu d’innocence qu’il lui restait.
Ceux qui ont perdu un enfant savent qu’il n’existe pas de douleur plus grande —
et qu’à Gaza, cette douleur a désormais un nom collectif : l’enfance assassinée.
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