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Le vide comme méthode : le fascisme du cynisme

La « Déclaration de Charm el-Cheikh », signée à l’issue du sommet, s’est révélée être un document creux, sans engagements concrets, servant de décor à la posture de Trump. Ce vide diplomatique, où les mots remplacent les actes, est symptomatique d’une stratégie plus large : la politique du spectacle. En ridiculisant les institutions internationales – comme lorsqu’il qualifie l’ONU de « club de bureaucrates inutiles » dans un post sur X en août 2025 – Trump sape leur légitimité. Ce mépris calculé s’inscrit dans une tradition de cynisme politique, que l’historien Timothy Snyder qualifie de « politique de l’éternité », où le pouvoir se maintient en détruisant toute aspiration à un avenir collectif.

Le terme « fascisme » doit être manié avec prudence, mais il trouve ici une résonance dans l’esthétique du mépris et la glorification du chef. Si le fascisme classique des années 1930 s’appuyait sur la violence physique et des idéologies totalitaires, celui de Trump repose sur une guerre contre le langage et la vérité. En insultant les journalistes ou en transformant la diplomatie en farce, il banalise l’outrage, rendant l’indignation inaudible.

L’écho israélien : purification et messianisme

Cette dérive trouve un écho inquiétant en Israël, où la coalition au pouvoir, dominée par des figures comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir, radicalise son discours. En 2024, Smotrich, ministre des Finances, a qualifié les Palestiniens de « menace démographique », reprenant une rhétorique qui évoque les discours de purification ethnique du passé. Ces propos, bien que condamnés par une partie de la communauté internationale, s’inscrivent dans une vision messianique portée par la droite religieuse israélienne, qui voit dans la colonisation de la Cisjordanie une mission divine.

Ce langage n’est pas sans rappeler les idéologies d’exclusion du XXe siècle, comme celle de Vichy sous Pétain, qui stigmatisait les Juifs comme une menace à l’identité nationale. Si les contextes historiques diffèrent, la logique reste similaire : une obsession identitaire qui transforme la foi ou la nation en outils de rejet de l’autre. Les récents affrontements à Gaza, intensifiés en 2023-2024, et les politiques de colonisation accélérée sous le gouvernement Netanyahou-Smotrich renforcent cette dynamique, au mépris des conventions internationales comme les accords d’Oslo.

La banalisation du mal et le retour du grotesque

Le fascisme d’hier se voulait tragique et monumental ; celui d’aujourd’hui est grotesque. Mais ce grotesque, lorsqu’il s’installe au sommet de l’État, devient une arme redoutable. En 2025, Trump tweete des moqueries sur ses adversaires politiques, qualifiant par exemple la chancelière allemande de « perdante » lors d’un sommet du G7. Cette dérision, amplifiée par les réseaux sociaux, tue la vérité par le rire, la honte par le cynisme, et l’indignation par la répétition.

Hannah Arendt, dans son analyse de la « banalité du mal », soulignait comment l’absence de réflexion morale permettait les pires atrocités. Aujourd’hui, la banalisation du grotesque par Trump et ses alliés – des insultes aux provocations diplomatiques – désarme les institutions démocratiques. Lorsque le pouvoir transforme la vulgarité en norme, il ne s’agit plus d’une simple dérive, mais d’un projet de déconstruction morale.

Que faut-il retenir ?

Dans l’avion du retour de Charm el-Cheikh, Emmanuel Macron, assis aux côtés de Mahmoud Abbas, aurait murmuré : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Cette question, rapportée par des sources diplomatiques, traduit l’impuissance des démocraties face à un monde où les règles du jeu sont bouleversées. Les démocraties libérales, épuisées par leurs propres contradictions, peinent à répondre à cette offensive du cynisme.

Nous devons nous souvenir des leçons du passé. Les années 1930 ont montré comment la complaisance face aux outrances verbales des leaders autoritaires a pavé la voie à des désastres. Le rôle de l’intellectuel n’est pas seulement d’analyser, mais d’alerter. Comme l’écrivait Albert Camus en 1947, « le malheur des temps exige que l’on prenne parti ». Face à la vulgarité, au mensonge et à l’humiliation comme armes politiques, le défi est clair : empêcher l’histoire de se répéter, non par la violence, mais par la vigilance.

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