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Le mal français : la République face au miroir de ses peurs

« J’ai envoyé cinquante CV, on ne m’a rappelée qu’une seule fois… le jour où j’ai remplacé mon prénom, Marie à la place de Meriem. »

« Ils m’ont contrôlé trois fois dans la même semaine. Toujours la même phrase : “On vérifie, c’est la procédure.” »

« Dans le bus, une femme m’a craché dessus. Elle a dit que mon voile était une provocation. Personne n’a bougé. »

Ce ne sont pas des anecdotes, c’est la réalité crue. La République, qui se prétend universelle, fabrique chaque jour des citoyens de seconde zone. Un nom, un visage, un signe suffisent à transformer des Français en suspects, en étrangers dans leur propre pays.

Le « Français musulman » : toujours compté, jamais reconnu

Dans les studios de télévision, le « Français musulman » reste convoqué comme un intrus permanent.

Une stigmatisation systémique et historique

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Hier, on désignait les Juifs comme un « corps étranger », ou encore les Italiens, Polonais ou Portugais. Aujourd’hui, ce sont les musulmans, suspects par essence, accusés d’incarner une menace diffuse.

La mécanique est toujours la même : inventer un ennemi intérieur pour exorciser les angoisses. À chaque crise, les mêmes réflexes reviennent : suspicion, exclusion, hystérie médiatique. Quand BFMTV réduit l’arabe à une « langue islamiste », elle ne fait pas qu’insulter des millions de locuteurs. Elle réactive une vieille peur, déguisée en vérité.

Une réalité chiffrée, une double peine

Les chiffres sont accablants :

 * 66 % des musulmans déclarent avoir subi des actes racistes au cours des cinq dernières années, contre 18 % pour les autres religions.

 * Plus de 80 % estiment que l’hostilité s’aggrave.

Les femmes voilées, elles, subissent une double peine : sexisme et islamophobie. L’ascension sociale ne protège pas : le diplôme devient un sursis, jamais un passeport définitif. Le soupçon colle à la peau.

La trahison des principes républicains

La République se dit indivisible et laïque, mais elle fracture ses propres enfants. Elle concentre ses obsessions sur une seule religion et accepte que l’égalité ne soit qu’une promesse creuse.

Depuis le 7 octobre, la confusion volontaire entre la critique d’Israël et l’apologie du terrorisme en est la preuve. Une équation absurde, mais redoutablement efficace pour transformer des citoyens en suspects permanents.

Un choix politique, pas une fatalité

Le mal français, c’est ce fossé béant entre les principes gravés sur les frontons des mairies et la réalité vécue dans les transports, sur les CV, et sur les plateaux télé.

Il faut le dire clairement : ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. La République choisit la peur plutôt que la fidélité à ses valeurs. Elle préfère diviser plutôt que réformer. En brandissant « liberté, égalité, fraternité » tout en normalisant l’injustice, elle se trahit elle-même.

La question n’est pas l’islam. La question, c’est la République. Veut-elle rester fidèle à son idéal ou devenir le miroir déformant de ses propres peurs ?

L’évidence oubliée

Si la discrimination qui frappe les musulmans concernait n’importe quelle autre catégorie – enseignants, agriculteurs, catholiques, juifs, homosexuels – l’État aurait déjà décrété l’urgence nationale. Mais là, il détourne le regard.

Il est temps de rappeler une vérité simple, sans colère mais avec fermeté : les musulmans de France ne sont pas un problème à gérer, ni une colonie intérieure à surveiller. Ils sont Français. Point.

Tant que l’on comptera les « autres » comme des intrus, la République se divisera elle-même. L’égalité n’est pas une statistique, c’est un principe non négociable.

Il appartient désormais aux pouvoirs publics de choisir : protéger réellement tous leurs citoyens ou persister dans la trahison silencieuse. Car à force de détourner le regard, la République risque de ne plus se voir elle-même. Seulement ses peurs.

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