La Cour internationale de Justice a rendu, le 22 octobre 2025, un avis consultatif d’une portée historique. Saisie par l’Assemblée générale des Nations Unies, elle rappelle les obligations d’Israël en tant que puissance occupante. Derrière le langage du droit, c’est la conscience du monde qui s’exprime.
Le droit face à la force
Le 22 octobre 2025, dans le silence du Palais de la Paix à La Haye, la Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu un avis consultatif sans équivoque sur les obligations d’Israël à l’égard du territoire palestinien occupé.
L’Assemblée générale de l’ONU, par sa résolution 79/232, avait demandé à la Cour de préciser les devoirs d’Israël envers les Nations Unies, les organisations humanitaires et les États tiers — notamment pour garantir l’accès aux biens essentiels, à l’aide humanitaire et aux services vitaux de la population palestinienne.
La Cour a répondu avec une clarté rare : Israël viole le droit international humanitaire.
En tant que puissance occupante, il est tenu d’assurer nourriture, eau, soins médicaux, abris, carburant et sécurité aux civils.
Elle exige qu’il facilite les secours de l’ONU, notamment ceux de l’UNRWA, qu’il protège le personnel médical, qu’il interdise les transferts forcés, qu’il respecte les prisonniers et qu’il bannisse la famine comme arme de guerre.
Dix juges sur onze ont voté en ce sens.
Seule la vice-présidente Julia Sebutinde a exprimé une opinion contraire.
Le droit comme dernier langage de l’humanité
Cet avis n’est pas contraignant au sens juridique, mais il possède la force du droit et le poids de l’Histoire.
Il s’inscrit dans la lignée des grands précédents de la Cour — la Namibie en 1971, l’apartheid sud-africain, le mur israélien en 2004.
Chaque fois, la CIJ a rappelé la même vérité : l’occupation, la colonisation et la domination d’un peuple ne sauraient être légalisées par la force.
L’avis du 22 octobre prolonge ce message dans un contexte plus tragique encore : la privation, la faim, les bombardements, les destructions massives de Gaza.
Le droit international humanitaire n’est pas un simple code de guerre : c’est un rempart moral contre la barbarie.
Empêcher l’eau, le pain, les secours, ce n’est pas gouverner un territoire : c’est nier l’humanité même.
Un message adressé à Israël, mais aussi au monde
Ce texte n’accuse pas seulement Israël.
Il interpelle la communauté internationale tout entière.
Car la Cour rappelle que les États tiers et les Nations Unies ont eux aussi des obligations : aider la population civile, ne pas prêter assistance à des violations, coopérer de bonne foi.
Autrement dit : le silence est une complicité.
Se taire face à la famine, c’est en devenir le complice moral.
Continuer à fournir armes ou soutien diplomatique à une puissance qui viole le droit, c’est se rendre co-responsable du crime.
Cet avis consultatif place chaque État devant un choix : défendre le droit ou s’en accommoder.
L’écho d’une justice universelle
Le droit ne répare pas les ruines, mais il en empêche la répétition.
En rappelant qu’Israël doit assurer la survie de la population qu’il occupe, la Cour rend à la Palestine une dignité que la politique lui refuse depuis des décennies.
Elle consacre le principe que la vie des civils ne dépend pas du bon vouloir des puissants, mais de la loi des nations.
L’avis du 22 octobre 2025 n’est pas une condamnation morale : c’est une définition juridique de l’humanité.
Il transforme le désastre en repère, et rappelle que le droit international n’est pas une invention des faibles, mais la mémoire des crimes que l’humanité a juré de ne plus commettre.
Quand La Haye devient la voix des sans-voix
En 2004, la CIJ avait jugé illégale la construction du mur israélien.
Vingt ans plus tard, elle dénonce implicitement l’édification d’un autre mur : celui du siège, de la faim et du silence.
Elle ne rend pas la justice des vainqueurs, mais celle des principes.
À La Haye, le droit a parlé à la place des consciences.
Mais cette parole n’a de sens que si le monde l’écoute.
Car le droit, seul, ne nourrit pas les enfants de Gaza — il rappelle simplement à l’humanité ce qu’elle est en train d’oublier.
La mémoire du droit
Cet avis consultatif marque un tournant.
Non parce qu’il ouvre une procédure, mais parce qu’il rétablit la hiérarchie entre la morale et la force.
L’Histoire retiendra qu’en 2025, la plus haute juridiction du monde a dit :
aucun peuple, aucune armée, aucun État n’a le droit d’affamer un autre peuple.
La Palestine, aujourd’hui, n’est pas seulement un drame politique : elle est le test ultime du droit international.
Et peut-être, de notre propre humanité.
Laisser un commentaire