Et si Benjamin Netanyahou était né à Gaza, Itamar Ben Gvir à Hébron, Bezalel Smotrich à Naplouse ?
Où seraient-ils aujourd’hui ?
Morts dans un bombardement, réfugiés dans un tunnel, prisonniers administratifs dans une cellule sans fenêtre, ou condamnés à cinq reprises à la réclusion à perpétuité.
Auraient-ils prêché le droit ou la violence ? La justice ou la vengeance ?
Depuis 1948, les Palestiniens n’ont jamais eu ce choix.
Ni la paix, ni la guerre. Seulement la survie — nue, obstinée, suspendue entre la mémoire et l’effacement.
En 1948, on les a expulsés, dépossédés, réduits au silence.
Leur cause a été instrumentalisée par les régimes arabes, trahie par leurs frères, et ignorée par un Occident génocidaire et honteux.
Et pourtant, malgré les exils, les sièges, les décombres, ce peuple n’a cessé de se lever, de parler, d’espérer.
Comment demander à un peuple de prêcher la non-violence quand on lui nie jusqu’au droit d’exister ?
Et pourtant, ils ont tout essayé : la main tendue, le mot, le droit, la prière — et quand tout cela échouait, il ne leur restait que le cri.
Alors imaginons une autre histoire.
Une histoire non pas écrite dans la cendre, mais dans la lumière.
Après la Nakba, un Congrès palestinien voit le jour. Des intellectuels, des juristes, des poètes, des femmes, des hommes dressent un drapeau sans armes.
Leur slogan : « Nous n’avons pas de territoire, mais nous avons la vérité. »
À Bandung, en 1955, la Palestine siège aux côtés de Nehru, Zhou Enlai, Nasser et Sukarno.
Le monde l’écoute, non pas comme un vaincu, mais comme un peuple de conscience.
En 1967, après l’attaque israélienne, le monde découvre non pas des fedayin, mais un peuple debout, désarmé, qui oppose le droit à la force.
La propagande s’effrite.
L’image du terroriste s’efface, laissant place à celle de l’humain spolié, de l’enfant sans école, de la mère sans tombe où pleurer, à la clé de la maison spoliée accrochée autour du cou.
Dans les années 1970 et 1980, l’OLP s’installe à Genève.
Darwich en devient l’ambassadeur, Edward Said son philosophe, Leïla Khaled le symbole du courage civil.
La Palestine entre dans les universités, les parlements, les consciences, les médias.
Le rêve du retour s’accomplit sans verser de sang, par la puissance tranquille du droit, de la culture et de la mémoire.
Une victoire morale, universelle, presque sacrée.
Mais les puissants du monde n’aiment pas les vérités trop humaines.
Mais les grandes puissances ont cru qu’on pouvait balayer un peuple sous le tapis, comme on cache la poussière d’un salon diplomatique.
Alors ils ont laissé parler les armes, pour ne pas entendre ce qu’elles disaient.
Et dans le fracas, la voix palestinienne s’est brisée.
On lui a ôté la parole, puis reproché de crier.
On lui a refusé la justice, puis reproché de se révolter contre l’injustice.
On l’a dépouillée de tout, puis accusée de ne rien savoir offrir que la colère.
Pourtant, malgré tout, ce peuple persiste.
Il écrit, il enseigne, il enterre ses enfants et replante des oliviers.
Il reste debout là où tout pousse à disparaître.
Et dans le silence que lui impose le monde, il répète ce mot interdit : justice.
Ceux qui dominent aujourd’hui n’auraient pas survécu une semaine dans la peau de ceux qu’ils écrasent.
Et pourtant, ceux qu’ils oppriment continuent d’exister — non par la force, mais par la fidélité à une vérité plus ancienne que leurs murs.
La véritable victoire, invisible mais éternelle, sera celle du droit sur le fracas des armes,
du souffle sur la poussière,
de la mémoire sur l’oubli,
de l’humain sur la peur.
Et à la fin de cette uchronie — peut-être impossible, mais profondément juste —, il ne restera qu’une question que tous devraient se poser :
Que serions-nous devenus, nous, si nous étions nés à Gaza ?
Car aujourd’hui encore, la Palestine n’a pas gagné une guerre,
mais elle a gagné le monde des consciences.
Et c’est là, peut-être, la seule victoire qui ne meurt pas.
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