Oslo 2025 : quand expulser et bombarder devient un acte diplomatique
Applaudissements pour les pyromanes, silence pour les pompiers.
La neige et le silence
Oslo, 10 décembre 2025.
La neige tombe, froide, silencieuse… plus silencieuse que nos consciences.
Sur scène, María Corina Machado s’avance pour recevoir le prix Nobel de la paix.
Une opposante farouche au régime autoritaire de Nicolás Maduro, certes. Mais aussi une figure issue de l’élite économique, ultra-libérale jusqu’au bout des ongles, farouchement anti-chaviste, souvent décrite — à tort ou à raison — comme une femme de droite dure, voire d’extrême droite, par son discours nationaliste, son mépris pour la gauche latino-américaine et sa proximité avec les milieux conservateurs américains.
Le choix du Comité Nobel est donc hautement politique. Il ne consacre pas une militante des droits humains au sens noble du terme, mais une opposante « utile » à un régime jugé illégitime par l’Occident.
Ce n’est plus la paix qu’on célèbre, mais la conformité idéologique.
La scène du cauchemar
Imaginons pourtant à quoi nous avons échappé.
Sur scène, deux hommes : l’un expulse les migrants comme on vide un lave-vaisselle sale, l’autre transforme l’Ukraine en champ de tir, chronomètre en main.
Ils se serrent la main. Sourient. Le président du Comité Nobel évoque alors « une contribution exceptionnelle à la stabilité mondiale ».
Applaudissements. Flashs. Quelque part, l’ironie se pend avec élégance.
Le musée du contresens
Depuis longtemps, le Nobel de la paix ressemble à un musée du contresens.
On y expose les pyromanes repentis et les stratèges en costume.
On a décoré ceux qui bombardaient en parlant de paix.
On a sacré ceux qui signaient des traités comme on signe un chèque en bois.
On a applaudi des héros en carton-pâte pendant que les véritables artisans de paix mouraient dans l’ombre.
Kissinger, Begin, Aung San Suu Kyi, Abiy Ahmed…
À chaque fois, la médaille brillait plus fort que la vérité.
La paix au prix de la peur
Et si demain, le duo gagnant s’appelait Trump et Poutine, rien d’étonnant.
L’un expulse, menace, divise, ferme les portes aux réfugiés, sabote l’aide humanitaire.
L’autre bombarde, emprisonne, assassine, fait du silence une arme et du mensonge une doctrine.
Ensemble, ils incarneraient cette nouvelle paix : celle qu’on maintient au prix de la peur, du sang et du béton.
Ce prix n’honore plus la paix : il anesthésie nos consciences.
Il nous aide à croire qu’un costume trois-pièces efface un charnier,
qu’un discours de dix minutes fait oublier des années de crimes.
Les invisibles
Pendant ce temps, les véritables pacificateurs passent sous le radar.
Ceux qui négocient un couloir humanitaire à Gaza.
Ceux qui font circuler des livres sous une burqa.
Ceux qui protègent un enfant syrien sans lui mettre un drapeau dans les mains.
Pas de tapis rouge pour eux. Pas assez photogéniques. Pas assez rentables.
Rire jaune, dernier refuge
Alors oui, rions jaune.
Rions tant qu’il reste un souffle avant que le cynisme ne devienne la norme officielle.
Rions de ces monstres en smoking décorés comme des saints.
Et le jour où Trump et Poutine monteront sur scène à Oslo,
qu’on imprime le programme sur les accords d’Oslo de 1993.
Au moins, ce Nobel-là aura une utilité : rappeler que la paix ne se mesure pas en applaudissements, mais en vies épargnées.
Et que parfois, l’ironie est le dernier extincteur dans un monde qu’on laisse brûler.
Peut-être est-ce justement pour ces raisons-là que Donald Trump y tient tant.
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