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Des Colonies de Peuplement aux Tragédies Contemporaines : L’Héritage d’une Histoire Sanglante

Les récents propos de Jean-Michel Apathie m’ont replongé dans ma propre histoire familiale. Par ma mère, je descends d’une lignée déportée d’Algérie, plus précisément du Constantinois vers la Tunisie. 

Un ancêtre, Chaoui d’Oued Guelma, a été exécuté pour sa résistance lors de la révolte du Constantinois, entraînant la déportation d’Algérie de tous ses descendants, sans exception. Seules quelques-unes de ses filles, par le biais de leurs mariages, ont pu rester sur place, ne retrouvant jamais leurs frères. Ce n’était pas la seule famille à subir le diktat de la puissance coloniale. La mémoire familiale évoque encore ces longues colonnes humaines, avançant péniblement avec leur bétail et quelques biens vers la Tunisie. Ils pouvaient s’estimer heureux, d’autres familles ont été déportées en Nouvelle Calédonie. 

Tout au long de l’histoire, les colonies de peuplement ont été le théâtre de violences extrêmes, de massacres et de déportations, visant à chasser les populations autochtones pour bâtir des sociétés dominées par des colons conquérants qui dominent des peuples incapables de se défendre. 

Ces pratiques tragiques doivent-elles être tolérées au XXIe siècle ? 

Les souffrances subies par les peuples autochtones en Amérique, en Algérie, en Afrique du Sud ou en Australie se reproduisent en Palestine sous l’œil complice des pays qui prétendent défendre les droits humains ? 

La colonisation espagnole des Amériques, de 1492 au XVIIe siècle, a causé l’un des plus grands cataclysmes démographiques. L’arrivée de Christophe Colomb a marqué le début d’une période où plus de 90 % des populations autochtones ont disparu en moins de 150 ans, notamment à cause des génocides des peuples caribéens et mésoaméricains. 

Dans les Antilles, les Taïnos et d’autres groupes ont été presque totalement anéantis en un siècle. Bartolomé de las Casas évoque plus de 3 millions d’indigènes tués en 50 ans, par le biais de massacres, d’esclavage et de maladies. La destruction des civilisations aztèque et inca, orchestrée par Hernán Cortés et Francisco Pizarro, a également causé des centaines de milliers de morts, faisant passer la population autochtone de 60 millions à 6 millions entre 1500 et 1600. 

En Amérique du Nord, la colonisation anglo-saxonne et le génocide des Amérindiens ont constitué une politique d’éradication systématique. Anglais et Espagnols ont mis en œuvre des mesures d’extermination et de déplacement forcé, avec des massacres lors des guerres de Pequot et de King Philip, ainsi que la Piste des Larmes, entraînant la mort ou le déplacement de centaines de milliers d’Amérindiens. L’extermination des bisons a aussi contribué à la destruction de l’économie indigène. 

La colonisation française en Algérie, de 1830 à 1962, a été marquée par des massacres et une extermination systématique. Dès 1830, la France a mené une guerre contre les Algériens, avec des événements tragiques comme les enfumades des grottes du Dahra en 1845. La population algérienne a chuté de 3 millions à 2 millions entre 1830 et 1871, en raison de famines et de destructions économiques entraînant la mort de centaines de milliers de personnes. 

Le génocide des peuples autochtones d’Afrique du Sud par les Boers, du XVIIe au XXe siècle, a également été marqué par un nettoyage ethnique. La colonisation a débuté avec l’arrivée des Boers en 1652, entraînant des guerres et massacres contre les Khoïkhoïs et les Xhosas. Les Guerres Cafres ont causé de nombreuses pertes. Pendant la Guerre des Boers, les Britanniques ont interné plus de 120 000 Africains et 28 000 Boers, provoquant la mort de milliers de personnes dans des camps de concentration. 

En Australie, la destruction des peuples aborigènes a été un drame terrible. Des massacres de masse, perpétrés par les colons eux-mêmes. Les déplacements forcés et l’assimilation contrainte, ont laissé des séquelles durables dans les tribus aborigènes qui ont survécus. Ce génocide est l’un des plus méconnus de l’histoire. 

Aujourd’hui, la colonisation sioniste de la Palestine, qui se poursuit depuis 1948 avec le soutien de l’Occident, se traduit par une destruction continue et une négation de l’existence palestinienne. La Déclaration Balfour de 1917 a ouvert la voie à un projet sioniste visant à établir une colonie en Palestine, entraînant expulsions massives et massacres. La Nakba de 1948 a vu l’expulsion de 750 000 Palestiniens et la destruction de plus de 550 villages. Actuellement, la colonisation se poursuit en Cisjordanie, accompagnée d’une répression sévère. Cette logique de destruction systématique d’un peuple ou d’une culture doit-elle être acceptée ? Les déclarations de certains, comme l’administration Trump, qui ignorent les résolutions de l’ONU et l’existence des Palestiniens, révèlent un soutien à ce négationnisme. Alors que plus de 146 États reconnaissent la Palestine, les pays occidentaux semblent s’isoler du reste du monde en soutenant la politique de colonisation d’Israël. 

Des événements en Algérie à ceux en Palestine, en passant par l’Amérique, l’Afrique du Sud et l’Australie, le monde dit développé a souvent hésité à soutenir les opprimés. 

Dans les westerns, les « Indiens sauvages » étaient présentés comme les méchants  face aux colons civilisateurs et c’est malheureusement le cas pour toutes les conquêtes. L’histoire ne peut être écrite que par les vainqueurs.

Ce négationnisme permet à l’histoire de se répéter impunément et lorsque des voix, comme celles de Jean-Michel Apathie, soulignent le lien entre colonisation de peuplement et génocide, elles sont critiquées pour ces prises de positions jugées anti-occidentales. 

La question demeure : le monde est-il prêt à tirer les leçons du passé, ou sommes-nous condamnés à revivre ces tragédies ? 

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