Gagner du temps, saturer la communication, continuer la guerre : la vieille stratégie israélienne a encore fonctionné.

La Hasbara pour perpétuer la guerre

Il y a une semaine, l’administration Trump promettait un tournant historique : un cessez-le-feu à Gaza, fruit des négociations entre Benyamin Nétanyahou et ce dernier à Washington. Les médias, les analystes et même certaines familles d’otages en Israël espéraient un déblocage. On parlait d’un accord imminent, d’un consensus « productif », d’un espoir retrouvé.

Une semaine plus tard, silence radio. Nétanyahou est rentré à Tel-Aviv les mains vides, mais heureux du succès stratégique obtenu : avoir gagné du temps et promis de soutenir Trump dans ses efforts pour obtenir le prix Nobel. Sans compter les menaces émises par le président américain contre la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits de l’Homme Francesca Albanese, contre les pays qui collaborent avec la cour pénale internationale, bref l’immense majorité des pays du monde. Plus c’est gros, plus ça marche.

À Washington en 2025 comme pour camp David 2 comme depuis toujours le scénario est le même pour les israeliens : il s’agit d’occuper la scène médiatique, de fabriquer une illusion diplomatique, puis d’exprimer un désespoir calculé en prétendant qu’on a « tout essayé » mais les palestiniens ont refusé. Pendant ce temps, la guerre continue.

Toute la stratégie israélienne est là : saturer l’espace public avec des récits spectaculaires pour empêcher l’établissement des faits. Une stratégie amplifiée par la propagande d’État, que les Israéliens appellent la Hasbara — un mot qui signifie « explication », mais qui désigne en réalité un brouillage méthodique de la vérité. Des moyens colossaux, un réseau incroyable sont mis au service de la Hasbara. Et cela marche à merveille.

Les versions israéliennes sont reprises sans vérification, qu’elles soient fausses ou vraies. Ils osent tout, car comme le décrit bien la loi de Brandolini : « Il faut dix fois plus d’énergie pour réfuter une absurdité que pour la produire. » Dans le cas israélo-palestinien, c’est cent fois plus.

La paix n’a jamais été l’objectif, gagner du temps l’a toujours été.

Ce n’est pas un accident si l’extrême droite israélienne s’oppose systématiquement à toute trêve durable. Ce n’est pas un malentendu si les négociations tournent en boucle depuis le piège tendu par les accords d’Oslo. C’est une stratégie assumée : jouer sur la montre pour continuer la guerre, saturer l’espace médiatique pour mieux retarder les comptes, gagner du temps pour continuer à détruire Gaza et occuper la Cisjordanie.

La stratégie de la fausse alerte : fabriquer l’émotion avant la vérification.

Depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, on assiste à une série d’histoires dramatiques, souvent mensongères, destinées à imposer un récit émotionnel avant même que les faits soient établis. Quelques exemples de désinformations repris parfois par des chefs d’état sans aucune prudence :

  • Les bébés décapités : Le 10 octobre, une journaliste d’i24NEWS affirme que 40 bébés auraient été décapités par le Hamas à Kfar Aza. CNN, le Daily Mail et même Joe Biden reprennent l’information. Aucune preuve ne sera jamais apportée. L’armée israélienne elle-même finira par admettre qu’elle ne peut confirmer cette accusation.
  • Les viols de masse : Des récits flous et des images non authentifiées ont circulé pour accuser le Hamas de viols systématiques. Aucune preuve médico-légale ou enquête judiciaire publique ne corrobore ces accusations à ce jour.
  • Les enfants brûlés vifs ou attachés à leurs parents : D’autres images d’horreur circulent sans vérification rigoureuse. Des briefings visuels, contrôlés par l’armée israélienne, sont proposés à des journalistes, sans qu’aucune preuve indépendante ne soit apportée.
  • Le bombardement de l’hôpital Al-Ahli : Dès l’explosion, Israël accuse un tir raté du Jihad islamique. Une vidéo tronquée et un enregistrement douteux sont diffusés. Plusieurs experts et ONG contestent cette version, mais le mal est fait : les médias avaient déjà repris la version israélienne.
  • L’hôpital Al-Shifa présenté comme QG du Hamas : Israël justifie son assaut en prétendant que l’hôpital cache des centres opérationnels du Hamas. Après l’offensive, CNN et AP ne trouvent qu’un local contenant quelques armes légères. Aucun centre de commandement.
  • L’UNRWA accusée de complicité avec le Hamas : Israël accuse 12 employés de l’UNRWA d’avoir participé au 7 octobre. Aucune preuve judiciaire indépendante n’est présentée, mais plusieurs pays suspendent leur financement humanitaire, provoquant une crise majeure.
  • Le cas Mohamed Al-Durra (2000) : Déjà en 2000, une partie des éditorialistes pro-israéliens tentait de transformer la mort filmée de l’enfant palestinien en « mise en scène ». Plusieurs enquêtes ont confirmé la responsabilité israélienne, mais le doute, entretenu, a fait son œuvre.

La Hasbara : une machine à brouiller les faits.

La Hasbara n’est pas une simple communication d’État, c’est une stratégie de guerre cognitive qui a toujours existé bien avant cette dernière guerre. Elle est redoutable, elle consiste à :

  • Créer méthodiquement des faux profils et sites de propagande pour inonder les réseaux sociaux de messages islamophobes et anti-palestiniens.
  • Imposer un lexique militaire : « terroristes », « boucliers humains », « droit à l’autodéfense » deviennent des mantras médiatiques.
  • Criminaliser la critique : Assimiler toute dénonciation des crimes israéliens à de l’antisémitisme, pour dissuader journalistes, artistes ou élus de parler.
  • Encadrer les journalistes : Organiser des visites militaires contrôlées, fournir des images choisies, interdire l’accès libre à Gaza.
  • Interdire la couverture indépendante : À Gaza, les journalistes étrangers n’ont pas le droit de couvrir la guerre librement. Ils dépendent des images fournies par Israël.

Le brouillard organisé : semer le doute pour gagner du temps.

L’objectif n’est pas toujours de convaincre que le mensonge est vrai, mais d’empêcher que la vérité soit établie à temps. Le doute retarde l’indignation. Quand la vérité finit par émerger, l’opinion publique est déjà passée à autre chose.

Le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh en est un exemple tragique : malgré les enquêtes internationales confirmant la responsabilité israélienne, le doute entretenu dans les premiers jours a neutralisé l’émotion mondiale.

L’arme du relativisme : « Tout le monde ment. »

En multipliant les récits contradictoires, Israël fabrique une fatigue cognitive. Le citoyen lambda finit par se dire : « On ne sait plus qui croire. » Ce relativisme arrange les puissants : il banalise l’injustice sous prétexte de complexité.

Pour une éthique de l’information : refuser la manipulation.

Face à cette offensive méthodique, il est urgent de réaffirmer les principes fondamentaux :

  • Rectifier les erreurs avec autant d’écho que leur diffusion initiale.
  • Refuser les pressions politiques sur les ONG humanitaires et les agences de l’ONU.
  • Encourager une presse libre, même en temps de guerre.

Les citoyens, eux aussi, doivent devenir des lecteurs vigilants, capables d’identifier les récits biaisés et de réclamer des preuves avant de céder à l’émotion manipulée.

La vérité avance toujours plus lentement que le mensonge. Mais elle avance. Et finit toujours par faire tomber les masques.

Depuis trente ans, cela fonctionne. Et le gouvernement actuel d’extrême-droite soutenu par l’internationale fasciste à travers le monde n’a aucune raison d’en changer.

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