Depuis le 7 octobre 2024, Israël traverse l’une des pages les plus sombres de son histoire. L’horreur des attaques du Hamas a sidéré la population israélienne, renforçant le soutien à une riposte militaire massive contre Gaza. Mais cette guerre, au-delà de ses justifications sécuritaires, révèle une autre réalité : celle d’un État qui, tout en se revendiquant « seule démocratie du Proche-Orient », s’enfonce dans une logique de suprématie ethnique assumée.
L’égalité citoyenne, un principe à géométrie variable
Israël n’est pas l’Afrique du Sud de l’apartheid. Pourtant, les écarts entre citoyens juifs et citoyens arabes sont documentés depuis des années et continuent de se creuser.
Les municipalités arabes reçoivent jusqu’à six fois moins de financements publics que les localités juives (Adalah, 2023). Le système scolaire arabe est structurellement sous-financé, avec des taux d’échec deux fois plus élevés (Sikkuy, 2024). Dans le Néguev, des dizaines de villages bédouins restent « non reconnus » : leurs habitants vivent sans raccordement à l’eau courante ni à l’électricité, mais sous surveillance militaire.
Même le droit à la sécurité ne s’applique pas de manière uniforme. Depuis octobre 2024, des citoyens arabes israéliens se sont vu refuser l’accès à des abris antiaériens. L’État n’organise pas cette discrimination, mais il ne la sanctionne pas non plus.
Gaza : Le projet d’expulsion
Ce qui relevait autrefois du discours marginal est devenu mainstream. Les enquêtes d’opinion montrent qu’en 2025, 80 % des Israéliens juifs soutiennent l’idée d’une « émigration volontaire » des Gazaouis (Israel Democracy Institute, 2025). Des ministres comme Itamar Ben Gvir ou Bezalel Smotrich parlent désormais ouvertement de « solutions alternatives » pour Gaza, un euphémisme qui rappelle les heures sombres du XXe siècle.
Ce glissement rhétorique accompagne un projet politique ancien : celui d’un Israël majoritairement juif, homogène sur le plan ethnique. De David Ben Gourion à Menahem Begin, d’Ariel Sharon à Benyamin Netanyahou, l’idée d’un transfert démographique a toujours existé, mais elle était jusqu’ici dissimulée derrière le langage diplomatique. Elle s’exprime aujourd’hui sans détour, portée par une coalition ultra-nationaliste dominante.
Une démocratie sur critères d’appartenance
La loi fondamentale votée en 2018, qui définit Israël comme « l’État-nation du peuple juif », a institutionnalisé une hiérarchie citoyenne.
Les 21 % de citoyens arabes israéliens – musulmans, chrétiens ou druzes – ne sont pas juridiquement privés de droits, mais se heurtent à des dispositifs discriminatoires : 900 localités rurales juives disposent d’un comité d’admission pouvant légalement refuser l’installation de familles arabes. Dans les territoires occupés, les droits des Palestiniens sont gelés depuis des décennies, tandis que la colonisation se poursuit.
Israël est donc aujourd’hui confronté à un choix crucial : rester une démocratie pour tous ses citoyens ou persister dans un modèle d’État ethnique où la citoyenneté n’offre pas les mêmes garanties selon l’origine.
Les Occidentaux face à leurs contradictions
Malgré les alertes de longue date des ONG internationales, des rapporteurs de l’ONU ou des associations israéliennes, les alliés occidentaux d’Israël maintiennent leur soutien militaire et diplomatique. Les accusations de crimes de guerre et les constats de discrimination systémique ne modifient ni les ventes d’armes ni les vetos au Conseil de sécurité.
Pourtant, les avertissements sont anciens. Dès 1968, le philosophe israélien Yeshayahou Leibowitz prévenait : « Un État qui transforme l’identité religieuse en suprématie ethnique se condamne à l’idolâtrie nationale. »
Le prix du silence
Israël a le droit de vivre en sécurité. Mais peut-il le faire sans respecter les principes démocratiques qu’il revendique ?
La communauté internationale, en fermant les yeux sur les dérives d’un partenaire qu’elle continue de considérer comme un modèle régional, prend le risque d’une complicité morale et géopolitique dont elle devra, tôt ou tard, répondre.
Soutenir Israël ne devrait jamais signifier cautionner l’inacceptable.
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