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Juste Bonaventure Langa : un bébé congolais sacrifié sur l’autel de l’Empire, et l’histoire qui se répète

En mai 1958, alors que l’Europe se pavane de sa prétendue modernité à l’Exposition universelle de Bruxelles, un bébé congolais de huit mois, Juste Bonaventure Langa, meurt de froid dans un “village africain” reconstitué à quelques pas du Palais royal. Arraché à son pays pour être exhibé comme une curiosité exotique, il incarne l’inhumanité d’un système colonial qui a réduit des millions d’êtres humains à des objets d’observation.

Cette histoire, effacée des mémoires officielles, n’est pas un détail. Elle révèle un rapport au monde qui n’a jamais été digéré, et qui, sous d’autres visages, se manifeste aujourd’hui à Gaza. Ce qui s’y passe est une question centrale qui rappelle le deux poids deux mesures des valeurs que l’Occident prétend défendre, mais qui semble plus attaché à ces valeurs pour les Blancs bien de chez nous.

1958 : l’Empire en vitrine

Il est tentant de croire que le colonialisme appartient au passé. Pourtant, en 1958 :
– Le Ghana venait à peine d’obtenir son indépendance.
– L’Algérie se battait pour son indépendance.
– La Déclaration universelle des droits de l’homme avait dix ans.
– Les camps nazis étaient fermés depuis treize ans.
Et pourtant, déjà, un million de Palestiniens avaient été expulsés de leur terre, conséquence directe d’une décision occidentale née d’un remords mal assumé.

Au cœur de l’Europe, alors que l’Expo 58 mettait en avant le progrès, des enfants africains étaient encore exposés dans des enclos, rappelant les zoos humains du passé. Derrière la façade de modernité se cachait une idéologie qui hiérarchisait les vies. À Bruxelles, un bébé noir mourait de froid dans l’indifférence générale, à deux pas des pavillons illuminés de la modernité occidentale.

Aujourd’hui, plus de 20 000 enfants palestiniens ont été tués, mais les pays occidentaux continuent de fournir des armes à Israël.

Le retour honteux de la nostalgie coloniale

En Europe, l’histoire impériale fait son retour, mais sous une forme réhabilitée :
– En France, certains politiciens parlent encore d’un prétendu “héritage positif” de la colonisation.
– En Belgique, les crimes du roi Léopold II sont relativisés, voire niés.
– Partout, l’extrême droite redessine les frontières du “nous” et glorifie l’Empire pour mieux stigmatiser l’Autre.

Le cas palestinien met en évidence ces contradictions : l’existence même du peuple palestinien divise ce que l’on appelle le Nord et le Sud. La question se pose : un Palestinien est-il un être humain comme les autres ? Cette question, posée face aux propos tenus par les puissants de ce monde, est une provocation.

Que reste-t-il d’une démocratie qui reproduit les mêmes erreurs et qui laisse encore aujourd’hui mourir des enfants de faim ou sous les bombes, tout en prétendant incarner les droits humains ?

Le colonialisme a changé de forme, mais sa logique demeure inchangée.

Les drapeaux ont changé, mais les chaînes se sont adaptées :
– Économiquement, les dettes illégitimes, les accords commerciaux iniques et le pillage continu des ressources naturelles perpétuent la suprématie du Nord global, qui se défend et attaque en meute.
– Militairement, les ventes d’armes, les interventions déguisées et l’implantation de bases étrangères sous couvert de “sécurité” sont les nouvelles armes du colonialisme.
– Culturellement, le refus de restituer les œuvres volées, le déni des apports du Sud à l’humanité et la réduction du folklore à des clichés touristiques sont les nouvelles formes de domination culturelle.

L’ordre colonial n’a pas disparu, il s’est technocratisé. Il continue de produire des inégalités économiques, des conflits ethniques hérités des partages impériaux et des gouvernances imposées et déconnectées des sociétés locales.

Face à cette domination persistante, les peuples longtemps dominés ne se contentent plus de survivre, ils résistent :
– Ils exigent la fin de la colonisation en Palestine, conformément aux résolutions des Nations unies.
– Ils refusent le paternalisme déguisé en coopération.
– Ils réclament justice, mémoire et restitution.

Face à cette affirmation du Sud, les anciens empires paniquent. Ils brandissent la menace de “l’invasion migratoire”, tout en refusant de reconnaître leur propre responsabilité historique dans les désordres du monde.

Face au retour d’un discours impérial, il est urgent de repenser l’éducation :
– Inclure l’histoire coloniale dans les programmes scolaires, sans nostalgie ni filtre.
– Former les enseignants à déconstruire les stéréotypes et redonner leur place aux langues, récits et savoirs du Sud, marginalisés ou effacés depuis des générations.

L’école peut entretenir l’oubli ou réparer la mémoire. Aujourd’hui encore, en Europe, des millions d’élèves ignorent qui était Juste Bonaventure Langa. Et ailleurs, trop d’enfants apprennent leur propre histoire à travers les lunettes des anciens colonisateurs.

Ne pas laisser mourir deux fois les victimes de l’Empire.

Il ne suffit plus de commémorer. Il faut agir :
– Reconnaître les droits du peuple palestinien, sans condition ni exception.
– Restituer les biens culturels pillés.
– Mettre fin aux privilèges néocoloniaux.
– Démanteler les récits révisionnistes, y compris ceux qui déguisent la domination en mission civilisatrice.

Un monde qui nie ses crimes est condamné à les reproduire. Le cas de la Palestine l’illustre tragiquement : dépossession, hiérarchisation des vies, impunité d’un côté, criminalisation de la résistance de l’autre.

Un combat universel.

Juste Bonaventure Langa n’est pas qu’un nom oublié. Il est un miroir tendu à l’Occident. Il nous rappelle que, malgré les différences culturelles, religieuses ou géographiques, ce combat est celui de l’humanité tout entière.

Et tant que son nom — et celui des enfants morts à Gaza, à Kinshasa ou à Ouagadougou — ne sera pas inscrit dans notre mémoire collective, nous resterons prisonniers de l’ombre de l’Empire.

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