Une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux, montrant une foule de jeunes manifestants dans les rues de Ouagadougou exprimant sa joie après un coup d’État militaire.
De fait depuis quelque temps, l’Afrique traverse à nouveau une période tumultueuse de son histoire, marquée par une succession de coups d’État militaires. Ces coups d’État, bien que accueillis avec des manifestations de joie dans la rue africaine, sont des catastrophes pour les pays concernés.
Ce type de scène est devenu familier. Il illustre le désespoir d’une génération de jeunes Africains qui s’accrochent à n’importe quelle solution face à la faillite des régimes qui se sont succédés depuis les indépendances. Un cycle infernal de coups d’État a été enclenché dès les années 60. Pourtant, il est facile de constater que l’arrivée des militaires au pouvoir n’a jamais permis d’apporter des solutions aux problèmes socio-économiques du pays, ni d’éradiquer la corruption et la mauvaise gouvernance. Aujourd’hui, le terrorisme qui sévit dans les pays du Sahel touche même les grandes agglomérations. Les discours simplistes, populistes et nationalistes de jeunes militaires en tenue de paras plaisent à la foule ; qu’ils soient sincères ou non, la réalité est complexe et dépasse de loin leur compétence souvent limitée. La corruption n’a fait que se renforcer à chaque fois, parce que des institutions démocratiques fortes restent la meilleure sinon la seule façon pour lutter contre ce fléau. Un cercle vicieux s’est installé. En minant les fondements des systèmes politiques, on a créé une situation propice à de nouveaux coups d’État.
Dans des pays comme le Mali et le Burkina Faso, les récents renversements ont conduit à la suspension des droits fondamentaux et à une gestion économique chaotique, exacerbant la précarité et décourageant toute initiative privée nationale ou étrangère.
C’est un euphémisme que de dire que ces changements de régime par les armes fragilisent les institutions démocratiques et compromettent le développement du pays. L’histoire récente des jeunes nations africaines le prouve.
Les premiers gouvernements des indépendances ont été des cibles faciles pour les forces armées locales, mais aussi pour les puissances étrangères qui, en toute logique géopolitique, n’ont fait que renforcer les régimes favorables à leurs intérêts, sans tenir compte de leurs dérives, et se sont acharnées sur ceux qui aspirent à une réelle autonomie.
Certes, les racines profondes de cette instabilité politique en Afrique subsaharienne résident dans la mauvaise gouvernance qu’aucun régime n’a su traiter, mais outre la corruption et les abus de l’élite politique, les peuples africains sont aussi victimes du pillage des ressources et des talents locaux par les puissances étrangères. Les grandes puissances ont toujours préféré les dictatures amies aux démocraties rebelles.
Les ressources financières insuffisantes et mal gérées, combinées aux effets dévastateurs du changement climatique, aggravent les conditions de vie. Le manque d’accès aux services de base comme l’eau et la santé, et aux ressources productives telles que les terres agricoles, entraîne des tensions et des conflits, suivis d’une migration vers les villes déjà démunies en infrastructures essentielles. L’urbanisation anarchique a généré des mégacités sans infrastructures adéquates : alimentation en eau et électricité, assainissement, transport public, élimination des déchets domestiques, et le fléau des embouteillages dans les capitales africaines est simplement indescriptible.
Dans ce contexte, l’exaspération des citoyens face à ces déficits en services de base et au manque de transparence dans la gestion des ressources publiques génère un profond sentiment de désillusion. Frustrés de voir le « bien commun » accaparé par des clans politico-affairistes, ils perdent confiance en tout.
La question de la dette souveraine en Afrique est un enjeu capital. Les besoins d’investissements publics sont énormes, alors que les finances publiques sont en perpétuels déficits et que l’épargne nationale est parmi les plus faibles au monde. L’accès aux marchés financiers internationaux est trop onéreux pour être envisagé, de sorte que ces pays dépendent fortement de l’aide internationale, qui se tarit de jour en jour, alors que le financement des institutions du développement, seule source stable, est non seulement limité, mais souvent conditionné par des réformes difficilement réalisables. Cette dépendance accrue vis-à-vis de l’aide bilatérale et des bailleurs de fonds régionaux et internationaux les a rendus encore plus vulnérables, contribuant ainsi aux crises économiques et politiques à l’origine d’une instabilité politique chronique, et parfois de conflits ethniques, dans la plupart des pays de la région.
L’absence de mécanismes de participation citoyenne active limite la capacité des populations à influencer les décisions politiques. Une société civile dynamique est essentielle pour garantir la transparence et la responsabilité des dirigeants. Les tensions ethniques, souvent exacerbées par des politiques discriminatoires, entravent également la cohésion sociale.
Face à ces défis persistants, il est impératif pour l’Afrique de renforcer ses systèmes démocratiques et ses institutions. Les exemples de pays comme le Botswana, le Sénégal et les Seychelles montrent qu’il est possible de concilier démocratie, stabilité, respect des droits humains et développement socio-économique.
Une approche collaborative et intégrée, impliquant les gouvernements, la société civile, les corps intermédiaires et les partenaires internationaux, est essentielle pour mettre un terme à ce cycle de coups d’État militaires. La récurrence des coups d’État militaires souligne l’urgence de réformer en profondeur les forces armées africaines. Il est crucial de les dépolitiser, de les professionnaliser et de les intégrer dans un système de défense démocratique. Parallèlement, il est nécessaire de renforcer les institutions civiles pour qu’elles exercent leur autorité sur les forces armées et garantissent la primauté du pouvoir civil et non l’inverse.
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