Le 23 avril 2025, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du préfet du Nord de résilier le contrat d’association qui liait l’État au lycée privé musulman Averroès. Cette décision marque une victoire du droit et rappelle que les principes républicains doivent s’appliquer avec équité, au-delà des crispations politiques ou des soupçons idéologiques.
Car ce que révèle cette affaire dépasse le seul cas d’un établissement scolaire : elle met en lumière une dérive préoccupante de l’action publique lorsqu’elle se laisse guider par le soupçon généralisé, au détriment des faits et de l’égalité de traitement.
Un établissement sous surveillance constante
Créé en 2003, sous contrat avec l’État depuis 2008, le lycée Averroès scolarise près de 800 élèves à Lille-Sud. Il a bâti sa réputation sur des résultats académiques solides (près de 100 % de réussite au baccalauréat pendant plusieurs années), un respect scrupuleux des programmes de l’Éducation nationale et une discipline encadrée dans le cadre de la loi. Plusieurs inspections ont confirmé cette conformité, sans formuler de reproches décisifs.
Pourtant, entre 2020 et 2023, le lycée a été l’objet d’une série d’inspections inédites dans leur fréquence et leur intensité : plus d’une dizaine, là où d’autres établissements privés sous contrat n’en subissent que très rarement. Le contrôle n’est pas en cause : il est légitime. Mais la disproportion interroge.
Une décision préfectorale infirmée
En décembre 2023, le préfet décide unilatéralement de résilier le contrat d’association du lycée, invoquant des manquements à la transmission des « valeurs de la République ». Ces manquements auraient porté sur l’usage d’un manuel en éthique musulmane, sur des dons étrangers anciens pourtant légaux, et sur la difficulté rencontrée par une inspection en 2020. Aucun de ces éléments, isolés ou combinés, n’a convaincu le tribunal administratif de la gravité suffisante de la rupture.
La justice a estimé que les griefs étaient juridiquement infondés et que la procédure de résiliation avait été entachée d’irrégularités. Elle a rétabli le contrat et, ce faisant, rappelé que l’État de droit ne saurait céder aux pressions politiques.
Un traitement d’exception
Au fil de cette affaire, le lycée Averroès est devenu un symbole : celui d’une réussite éducative musulmane dans le cadre républicain. C’est précisément ce qui semble avoir suscité un malaise. Plusieurs responsables politiques ont publiquement dénoncé l’établissement, parfois sans preuve ni nuance, comme le président de région Xavier Bertrand, ou encore le président des Républicains Éric Ciotti, qui a évoqué sans fondement une « école de l’islamisme ».
La République ne peut pas multiplier les appels à l’égalité, à l’intégration, à l’effort éducatif… tout en ciblant avec suspicion l’un de ses exemples les plus aboutis. L’enseignement confessionnel musulman n’a pas à être protégé de manière particulière. Mais il n’a pas non plus à être traité avec une méfiance systématique que ne subissent pas d’autres confessions.
Une République sûre d’elle-même ne craint pas ses citoyens
La République française s’est construite sur le principe d’égalité devant la loi, indépendamment des croyances. Dans un contexte de tensions identitaires, de montée de la radicalisation, il est tentant de multiplier les signaux politiques de fermeté. Mais cette fermeté doit s’appuyer sur des faits, et non sur des soupçons.
Le traitement réservé au lycée Averroès envoie un message paradoxal : il suggère que la réussite musulmane, même républicaine, même légale, reste suspecte. Ce n’est pas ainsi que l’on bâtit une société de confiance. Une République sûre d’elle-même n’a pas besoin d’exclure pour exister. Elle doit au contraire garantir à tous ses enfants, quels qu’ils soient, les mêmes droits, les mêmes devoirs, et le même respect.
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