Odeh Hathalin, un témoin effacé

Un meurtre filmé, sans conséquence

Le 28 juillet 2025, Odeh Hathalin, éducateur et militant pacifiste palestinien, a été tué d’une balle en pleine poitrine par Yinon Levi, un colon israélien, à Umm al-Khair, dans la région occupée de Masafer Yatta. Odeh documentait une opération de démolition avec sa caméra. La scène, filmée, est sans équivoque. L’intention est claire, l’arme visible, la cible identifiée. Odeh ne menaçait personne. Il témoignait. Il a été exécuté pour cela.

Yinon Levi, colon violent sous protection

Yinon Levi n’en est pas à son premier acte violent. Fondateur de Meitarim Farm, un avant-poste illégal dans les collines de Hébron, il est visé par des sanctions internationales pour des attaques contre des civils palestiniens. Pourtant, il bénéficie d’une impunité totale. Son avant-poste, bien que non reconnu par Israël, est raccordé aux réseaux publics et protégé par l’armée. Après 48 heures de garde à vue, il a été relâché et assigné à résidence. Pendant ce temps, plusieurs Palestiniens présents sur les lieux sont toujours détenus, sans inculpation claire.

Une justice à deux vitesses

Cette asymétrie n’est pas un accident : elle est au cœur du système colonial israélien en Cisjordanie. Un système d’occupation complet, combinant administration militaire (via le COGAT), contrôle des ressources, justice à deux vitesses — militaire pour les Palestiniens, civile pour les colons — et expansion constante des colonies.

Des chiffres qui accablent

Depuis 2020, les attaques de colons ont augmenté de 320 % ; un Palestinien est tué chaque semaine en moyenne ; 98 % des plaintes déposées par des Palestiniens sont classées sans suite ; 12 000 permis d’armes ont été délivrés à des colons depuis 2023. Et aucun avant-poste illégal n’a été effectivement démantelé.

Complicité internationale : des mots, pas d’actes

La communauté internationale s’émeut des crimes commis à Gaza, mais n’agit pas, ce qui se passe en Cisjordanie occupée depuis 1967 est peut-être moins spectaculaire que ce qui se passe à Gaza mais n’en est pas moins dramatique et criminel. La France a, pour la première fois, qualifié de « terrorisme » les violences des colons. L’Union européenne exprime sa « préoccupation ». L’ONU publie des rapports. Mais aucune sanction réelle n’a été imposée. La coopération sécuritaire continue, les accords commerciaux restent en vigueur. L’impunité est internationale.

BDS : un droit citoyen criminalisé

Dans ce contexte, la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), lancée en 2005 par la société civile palestinienne, constitue une réponse non violente et légitime. En 2020, la Cour européenne des droits de l’homme a rappelé que l’appel au boycott est une forme d’expression politique protégée. Pourtant, dans plusieurs pays européens, cette campagne est régulièrement attaquée, diabolisée, marginalisée — parfois au nom d’un prétendu combat contre l’antisémitisme.

Ce que révèle le meurtre d’Odeh

Odeh Hathalin n’est pas seulement une victime : il est un symbole. Il photographiait, éduquait, révélait. Le tuer, c’était effacer un témoin. Éliminer les palestiniens est un objectif avoué par tous les dirigeants israéliens depuis 1948. Refuser de faire justice, c’est accepter le crime. Et détourner les yeux, c’est y participer.

Appeler les choses par leur nom

Depuis 1948, la colonisation israélienne vise à effacer les Palestiniens, à les réduire à une absence, à rendre leur vie, leur voix, leur mémoire invisibles. Ce que révèle le meurtre d’Odeh Hathalin, ce n’est pas seulement l’impunité des colons. C’est l’adhésion tacite du monde occidental à une politique d’effacement. À une idéologie où, pour qu’Israël se défende, chaque Palestinien, quel qu’il soit, devient une cible.

Sans justice, personne n’est à l’abri

Il est temps d’exiger une enquête internationale. De suspendre la coopération militaire avec un État qui protège des assassins. De cesser de vendre, d’acheter, de cautionner les produits d’un système fondé sur l’occupation. Le droit sans justice est un mensonge. Et sans justice, personne n’est à l’abri.

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