« Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. » George Santayana
Sabra et Chatila : L’Horreur sous un Regard Complice
Entre le 16 et le 18 septembre 1982, une tragédie incommensurable s’est déroulée dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Sous le regard vigilant de l’armée israélienne, des milices chrétiennes libanaises ont semé le chaos et la mort, dans un silence assourdissant de la communauté internationale. Cet événement est gravé dans les mémoires comme l’un des massacres les plus atroces de la longue série de massacre dans l’histoire du Proche-Orient. À cette époque, Ariel Sharon, alors ministre de la Défense israélien, avait établi son quartier général à proximité des camps. Les fusées éclairantes de l’armée israélienne illuminaient la nuit, permettant aux miliciens de poursuivre leur sinistre entreprise. Pendant ce temps, les forces occidentales, censées garantir la sécurité des civils, avaient déjà quitté les lieux, abandonnant les réfugiés à leur triste sort. Ce retrait, perçu comme une trahison diplomatique, a été interprété comme un feu vert pour le massacre.
L’Invasion du Liban et l’Abandon des Palestiniens
En juin 1982, Israël, sous couvert de neutraliser l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), lançait l’opération « Paix en Galilée ». Cette invasion brutale du Liban, orchestrée par Ariel Sharon, a culminé avec le siège sanglant de Beyrouth. Un accord international avait été conclu pour permettre le départ de l’OLP, en échange de garanties de sécurité pour les civils. Cependant, à peine les combattants de l’OLP partis, les forces américaines, françaises et italiennes pliaient bagage, laissant les camps sans protection. Le 14 septembre 1982, l’assassinat de Bachir Gemayel, président élu et allié d’Israël, a servi de prétexte à une terrible vengeance. Les milices phalangistes, soutenues par Israël, ont alors pénétré dans les camps. L’armée israélienne, loin d’intervenir, a encerclé la zone, bloqué les sorties et fourni des armes et un soutien logistique, facilitant ainsi les opérations meurtrières. La commission Kahan, mise en place par Israël, a reconnu une « responsabilité indirecte ». Bien qu’Ariel Sharon ait été contraint de démissionner de son poste, il n’a jamais été traduit en justice et est même revenu en 2001 à la tête du gouvernement israélien en tant que Premier ministre.
Trois Jours de Barbarie, un Crime Programmée
Durant trois jours, plus de 4 000 civils — femmes, enfants et personnes âgées — ont été exterminés. Les corps mutilés, les viols et les exécutions sommaires témoignaient de l’horreur ambiante. Ce n’est que grâce aux récits poignants de journalistes et d’intellectuels comme Jean Genet et Sorj Chalandon que le monde a pris conscience de la tragédie. Dans son récit « Quatre heures à Chatila », Jean Genet décrit avec une intensité déchirante : « Tous — je dis bien tous — avaient été torturés, probablement dans l’ivresse, dans les chants, les rires, l’odeur de la poudre et déjà de la charogne. » Il évoque également les enfants morts bloquant les petites rues, assaillies par les mouches. De son côté, Sorj Chalandon confie dans « Le Quatrième Mur » : « Lorsque nous sommes entrés dans les deux camps… j’aurais préféré être aveugle plutôt que de voir ça, j’avais deux yeux en trop. »
L’Impunité d’Hier se Prolonge Aujourd’hui
Les États-Unis, la France et l’Italie avaient promis une protection qu’ils n’ont pas honorée. Après le massacre, aucune résolution forte de l’ONU n’a été adoptée et aucune sanction diplomatique n’a été mise en œuvre. Il semble que préserver l’alliance avec Israël ait prévalu sur le sort des vies palestiniennes. Cette complicité passive et ce silence ont établi un précédent d’impunité qui perdure. Quarante ans plus tard, aucun responsable du massacre de Sabra et Chatila n’a été traduit en justice.
En 2025, les mêmes schémas se reproduisent à Gaza : bombardements massifs, vies civiles brisées, famine programmée et jusqu’à une date récente, indifférence des grandes puissances.
Le parallèle est frappant.
Se souvenir de Sabra et Chatila ne consiste pas à s’enfermer dans le passé, mais à confronter le présent. C’est une prise de conscience que l’amnésie tue autant que les balles.
Sabra et Chatila ne furent ni une bavure, ni un accident, mais un énième épisode d’un crime programmé contre le peuple palestinien, par une armée d’occupation et toléré par l’Occident. En 2025, alors que les bombardements sur Gaza se poursuivent, cette page d’histoire nous rappelle une vérité dérangeante : tant que la justice sera à géométrie variable, la paix restera hors de portée. Se souvenir, c’est déjà résister.
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