Dans ces moments sombres de notre existence, où l’on assiste impuissants à la montée des xénophobies, toutes les occasions sont bonnes de la part d’une certaine frange politique pour attiser la haine envers les étrangers. En ces jours de guerres au Moyen-Orient et en Ukraine où les hommes semblent avoir oublié un passé pas si lointain, où les mêmes accordent d’une main des crédits faramineux pour acheter des armes et de l’autre votent contre les cessez-le feu, alors que nous assistons, impuissants, aux massacres de 20 000 palestiniens, dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants, mais aussi des soignants et des journalistes, il est devenu clair qu’un fossé s’est creusé entre le Nord et le Sud. Tout donne l’impression que certains profitent de la situation pour semer la discorde.
Ce n’est nullement le fruit d’un choc de civilisations où le tiers-monde (devenu le Sud global) veut en découdre avec l’Occident, mais plutôt la conséquence d’une sensibilité à l’injustice et aux crimes, sensibilité accrue par l’impression de « deux poids-deux mesures » qui envahit toute la sphère médiatique. Le positionnement d’une majorité de Maghrébins d’Europe en faveur des Palestiniens en ont fait des cibles de choix pour ceux qui depuis des années n’ont raté aucune occasion pour les stigmatiser, les diaboliser et donc les exclure de l’espace civil.
Systématiquement, toutes les occasions ont été saisies pour faire croire à une majorité de la société française, qui affronte de réelles difficultés économiques et sociales, que les immigrés sont des profiteurs à l’origine de ses problèmes. La dégradation des services publiques c’est de leur faute, idem pour le chômage, la délinquance, ou la crise du logement. Seules les conséquences du réchauffement climatique échappent pour le moment à leur vindicte, encore que « si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! », car les pays du Sud seraient en effet coupables, trois siècles après la révolution industrielle de ne pas être encore neutres en carbone… Rares sont ceux qui s’aventurent à rappeler que les besoins en main-d’œuvre en 2024 sont immenses, que plus de 3 millions de postes seront à pourvoir notamment dans le secteur des services à la personne, ou alors que l’immigration constitue une nécessité face au vieillissement de la France, comme dans toute l’Europe. Toutes les analyses fiables l’attestent, l’arrivée de la main d’œuvre étrangère ne coute rien, et contribue au contraire à améliorer le rapport entre actifs et inactifs et donc à alléger les comptes sociaux.
Ouvrons les yeux car ce n’est plus une situation anecdotique. Aujourd’hui, toute une frange de la classe politique européenne a ouvertement glissé vers l’extrême droite.
En France, des thématiques autrefois honteuses sont aujourd’hui reprises sans retenue par les médias et plus grave, par les héritiers d’une droite qui se voulait républicaine et qui en son temps avait réellement fait barrage aux idées d’extrême droite.
Tous les Maghrébins musulmans vous le diront, ils ont l’impression d’être en tête de liste du hit-parade de la haine et malheureusement tout tend à le confirmer. Ainsi donc le ministre de l’Intérieur, excusez du peu, s’épanche sur Karim Benzema qui serait un « frériste » (frère musulman) dissimulé. Ailleurs, on menace de sanctions, les joueurs de football qui feraient le Ramadan. L’annonce tonitruante de l’étoile montante de la Macronie, Monsieur Attal, contre l’abaya à l’école a fait couler beaucoup d’encre. Tout le monde a accepté que c’était une priorité, pour se rendre compte à la rentrée que moins d’une centaine de cas ont été rencontrés pour plusieurs millions d’élèves. Déjà au début de la saison estivale nous avons eu droit à un débat sur le burkini, un autre fléau national n’est-ce pas, tout comme la viande Halal dans les cantines scolaires est un vrai scandale ? Enfin, la récente décision de l’État de déconventionner le lycée Averroès de Lille, que Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po à Lille, a dénoncé dans une tribune publiée dans le journal Le Monde comme une décision inéquitable et disproportionnée. Il précise que l’excellence académique de cette institution est reconnue et les reproches faits à l’établissement sont mineurs et ne méritent pas une telle sanction.
Monsieur Edouard Philippe, homme à priori raisonnable, propose droit dans ses bottes, de renégocier des accords signés il y a 55 ans entre le gouvernement français et algérien en estimant qu’ils contiennent des dispositions trop favorables aux ressortissants algériens pour s’établir sur le sol français. C’est peut-être vrai, mais il s’agit d’une agitation stérile car il est quasiment impossible de remettre en cause les accords d’Évian qui ont conduit à la fin de la guerre d’Algérie en 1962 et dont l’accord franco-algérien de 1968 est le strict corollaire. Cette manœuvre est vouée à l’échec et son initiateur le sait pertinemment, mais comme elle a trouvé un écho favorable auprès d’une bonne partie d’un électorat qui demande des gestes forts contre les maghrébins, il persiste et signe.
On fait aux pays Maghrébins un chantage aux visas touristiques sous prétexte que la délivrance par les autorités de l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) pour les étrangers entrés illégalement sur le territoire est bloquée par ces pays. Le nombre de visas accordés aux maghrébins a été drastiquement réduit ces dernières années. En fait, on laisse croire que les retards des OQTF sont dus aux autorités consulaires maghrébines, alors que ces retards de traitement des dossiers sont en partie le fait de l’administration française. Le ministre de l’intérieur le sait pertinemment, cela lui a été démontré preuves à l’appui mais il omet sciemment de le dire.
Mais le mur du son a été franchi par le vote le 19 décembre 2023 de la version dure de la loi immigration, vote obtenu grâce aux voix du Rassemblement National (RN). La Cheffe du RN ne s’y est pas trompée quand elle a revendiqué une « victoire idéologique » qui s’inscrit dans ce qu’elle appelle la « préférence nationale ». Évidemment cette loi ne cible pas particulièrement les Maghrébins, pas plus que les Ukrainiens d’ailleurs.
Les liens qui unissent les deux rives de la méditerranée sont une réalité historique, géographique, culturelle, sociale et même affective, n’en déplaise à ces esprits chagrins. Et même si le mal qu’a été la colonisation, les centaines de milliers de morts que comptent l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont laissé des traces indélébiles, ce qui nous unit est encore plus fort. Les manœuvres politiciennes n’y peuvent rien, la réalité est plus forte que les discours simplistes. Ils auront beau se barricader, ou même construire des murs, un passé à la fois douloureux et passionnel s’impose à nous et il va bien au lieu au-delà de ce qu’il faut qualifier de manœuvres ignobles. Ainsi, près d’un quart des Français ont un lien, plus ou moins fort avec l’Algérie. Pourquoi ne pas le reconnaitre comme un avantage d’ouverture, de partage et de fierté de cultures et de civilisations partagées ? Pourquoi les Espagnols sont si fiers de leur héritage arabo-andalou, alors que les caciques d’extrême-droite ânonnent que la victoire a déjà été remportée en 732 par Charles Martel et que rien n’a changé depuis ?
L’immense majorité des français qui vivent au Maghreb et que nous côtoyons dans la vie quotidienne sont des citoyens paisibles appréciés des maghrébins pour leur gentillesse. De même que les Maghrébins qui vivent en France, les médecins, ingénieurs, infirmiers, secrétaires, chauffeurs de taxi, épiciers, restaurateurs et même chômeurs, rendent d’énormes services et ils n’aspirent qu’à s’en sortir et réussir. Elisabeth Borne et Gérald-Moussa Darmanin, ou même la députée du RN Edwige Diaz, eux qui sont issus de l’immigration et qui ont réussi devraient le comprendre plus que les autres. Les temps sont trop durs pour se laisser aller à suivre le spectre de la division et de la haine agité par l’extrême-droite. Retrouvons l’essence des valeurs que sont Liberté, Égalité et Fraternité qui font au niveau mondial la beauté et la chevalerie de la France.
En ces heures sombres qui jalonnent notre existence, témoins impuissants de la résurgence des xénophobies, chaque opportunité est exploitée par une frange politique déterminée à attiser la haine envers les étrangers.
En ces jours de conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, où l’amnésie semble avoir effacé un passé récent, la dichotomie entre l’octroi de crédits pharaoniques pour des armements et le rejet des cessez-le-feu crée un fossé alarmant entre le Nord et le Sud. Les massacres de milliers de Palestiniens, comprenant femmes, enfants, soignants et journalistes, renforcent le sentiment d’une injustice flagrante, exacerbé par la perception de double standard omniprésente dans les médias.
Ce clivage, loin d’être le résultat d’un prétendu choc des civilisations, découle plutôt d’une réaction à l’injustice et aux crimes, amplifiée par une impression persistante de partialité médiatique. La position majoritaire des Maghrébins en Europe en faveur des Palestiniens les expose à une stigmatisation persistante, les érigeant en cibles privilégiées d’une campagne visant à les diaboliser et les exclure de l’espace civil.
À maintes reprises, l’idée selon laquelle les immigrants seraient responsables des maux sociaux français a été martelée, occultant la réalité des besoins massifs de main-d’œuvre, notamment dans le secteur des services à la personne. Les analyses crédibles confirment que l’immigration ne représente pas un fardeau financier, mais contribue plutôt à équilibrer la démographie active et inactive, allégeant ainsi les charges sociales.
Il est urgent de rompre avec cette situation devenue préoccupante. Une partie significative de la classe politique européenne a glissé ouvertement vers des positions d’extrême droite. En France, des thèmes autrefois tabous sont aujourd’hui exploités sans réserve par les médias et les héritiers d’une droite républicaine, jadis protectrice contre les idées d’extrême droite.
Les Maghrébins musulmans ressentent une montée en flèche de la haine, alimentée par des déclarations publiques discutables. Le ministre de l’Intérieur évoque Karim Benzema comme un « frériste » dissimulé, menaçant même les footballeurs observant le Ramadan de sanctions. Des débats sur le burkini et la viande Halal dans les cantines alimentent un climat de controverse. Le déconventionnement du lycée Averroès de Lille est dénoncée comme une mesure inéquitable par des experts académiques.
Même des personnalités apparemment raisonnables, telles qu’Édouard Philippe, propagent des idées stériles en remettant en question des accords vieux de 55 ans entre la France et l’Algérie. Ces manœuvres, destinées à apaiser un électorat demandant des mesures fortes, sont vouées à l’échec.
Le vote récent en faveur de la version stricte de la loi sur l’immigration, avec le soutien du Rassemblement National, marque un tournant inquiétant. Les liens entre les deux rives de la Méditerranée, bien que marqués par un passé douloureux, sont une réalité indéniable. La préférence nationale défendue par l’extrême droite ne peut occulter cette réalité historique, culturelle et sociale.
La majorité des Français au Maghreb et des Maghrébins en France contribuent pacifiquement à la société. La réussite d’individus issus de l’immigration, tels qu’Élisabeth Borne et Gérald-Moussa Darmanin, devrait susciter une compréhension accrue. En ces temps difficiles, il est impératif de rejeter la division et la haine prônées par l’extrême droite et de redécouvrir les valeurs fondamentales de Liberté, Égalité et Fraternité qui font la grandeur de la France à l’échelle mondiale.
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