, , ,

Collège de France : quand la Palestine fissure le sanctuaire du savoir

Nous vivons une époque où l’emploi d’un seul mot sème la panique dans les rédactions et les amphithéâtres : « PALESTINE ».

Un mot qui tétanise les rédactions des journaux et des médias, les administrateurs, les conseils de facultés, il fait frissonner les présidents d’université et coupe la parole aux historiens. Même au Collège de France, ce sanctuaire réputé du savoir, sa simple mention transforme un colloque en véritable champ de mines.

Henry Laurens, historien respecté s’il en est, compte à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine et occupe sa chaire depuis vingt-deux ans. Ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien Premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions. Le résultat ? La peur a pris le dessus, pas la Palestine, non. Mais au fait, la peur de quoi exactement ? La liberté académique aurait-elle des limites que seul le politique comprend, ou feint de ne pas comprendre ?

D’un côté, une jeunesse lucide, indignée par l’injustice, qui regarde, questionne et refuse les platitudes officielles. De l’autre, un pouvoir institutionnel pétrifié, incapable d’affirmer : « Voici les faits ». Il préfère l’euphémisme, le calendrier évasif et le silence prudent.

Souvenons-nous d’un certain 7 février 2024 aux Invalides, les officiels promettaient une cérémonie d’hommage aux Franco-Palestiniens morts à Gaza. Depuis, c’est le désert de la mémoire.

Les discours sont calibrés à l’extrême, les mémoires scrupuleusement sélectives et la justice symbolique est maintenue en sommeil.

La science, autrefois nourrie par la controverse et la richesse du débat, n’est plus qu’une gymnastique de la prudence.

Le mot « Palestine » prononcé, la ville de « Jérusalem » citée, et l’historien, le journaliste, l’homme politique, le simple citoyen se retrouve instantanément transformé en suspect. Suspect de quoi exactement ?

Les archives, elles, restent intactes ; les faits, immuables. Pourtant, l’institution censée être leur gardienne se recroqueville derrière des procès d’intention et une lecture rigide de ses règlements, anticipant le scandale avant même qu’il ne prenne forme.

Et la jeunesse observe. Elle constate l’abîme qui se creuse entre l’appel à la vérité et le confort feutré des fauteuils administratifs. Le Collège de France, jadis phare de la liberté intellectuelle, se mue en théâtre du silence et de la peur : on préfère une lecture tendancieuse d’un règlement intérieur à la puissance d’un discours courageux. Les débats sont muselés, les mots mis sous surveillance ; des ordres venus d’en haut, et voilà que la parole est mise en quarantaine.

« Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à controverses devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur », écrit François Héran, titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, dans une lettre rendue publique le 9 novembre 2025. « Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. »

Pendant ce temps, la Palestine continue d’exister, les archives attendent d’être ouvertes, et l’histoire, implacable, poursuit son œuvre. La morale tacite de l’endroit ? Mieux vaut être prudent que juste, discret qu’éclairé. Ceux qui observent – les étudiants, les curieux, les consciences éveillées – ne peuvent qu’accumuler une amertume tenace contre ce monde où la lâcheté a définitivement pris l’ascendant sur le courage de comprendre, de chercher la vérité.

Laisser un commentaire

Comments (

0

)