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Populisme : La Face Noire d’une Révolution Démocratique

Les discours populistes ont traversé l’histoire, marquant des périodes de bouleversements politiques et sociaux, et transcendant les frontières. Les démocraties peinent souvent à s’adapter aux évolutions sociétales. À la fin du XIXe siècle, dans une France défaite et humiliée par la guerre de 1870, avec la perte de l’Alsace-Lorraine, le boulangisme, un mouvement attrape-tout, a menacé les fondements de la Troisième République.

Plus récemment, la montée de figures populistes à travers le monde témoigne de l’universalité de ce phénomène. En Europe, par exemple, le Rassemblement National (RN) dirigé par Marine Le Pen en France, le Mouvement 5 Étoiles (M5S) fondé par Beppe Grillo en Italie, et le Fidesz de Viktor Orbán en Hongrie illustrent cette tendance. En Amérique latine, le chavisme initié par Hugo Chávez au Venezuela, bien que se voulant idéologiquement opposé au mouvement de Jair Bolsonaro au Brésil, partage avec lui des méthodes similaires. Aux États-Unis, Donald Trump illustre ce phénomène au sein du « Grand Old Party », le parti républicain. En Asie, Rodrigo Duterte, aux Philippines, choque par ses propos et ses choix politiques controversées, mais arrive à séduire malgré tout une partie des Philippins. L’Afrique et le monde Arabe n’échappent pas au populisme évidemment mais il prend des masques différents. Il pourrait mêmes sembler être la norme dans certains pays. Comment faire de la politique autrement qu’en étant populiste vous diront les politiciens dans notre région.

Il est frappant de constater que, malgré des divergences idéologiques parfois radicales, ces exemples convergent dans leurs méthodes.

Le populisme prend différentes formes et les schémas de fonctionnement des dirigeants populistes varient, certains recourent à une petite dose de populisme dans des moments difficiles, d’autres cochent toutes les cases et tout le temps. Donald Trump en est l’exemple parfait.

Caractéristiques Communes aux Populismes

Les exemples cités, et bien d’autres à travers les cinq continents, suivent un schéma similaire, défini par cinq dimensions essentielles :

  • Une conception manichéenne du peuple : Les populistes divisent la société en « bons » et « mauvais ». Le populisme oppose le « peuple » aux « élites », représentant le peuple comme une entité homogène, vertueuse et opprimée, face aux élites corrompues. Cette vision simpliste divise la société entre « bons » et « méchants » sans définir clairement ces catégories, ignorant délibérément la complexité et la diversité des sociétés modernes.
  • La figure du leader charismatique : Le populisme repose sur la figure d’un leader charismatique, perçu comme l’incarnation de la volonté populaire. Ce leader se présente comme le porte-parole du peuple et le seul rempart contre les institutions, les corps intermédiaires et les puissances étrangères, qu’il accuse de comploter contre le peuple.
  • Une préférence pour la démocratie directe : Pour neutraliser les contre-pouvoirs et éviter la délibération démocratique, les populistes favorisent la démocratie directe au détriment de la démocratie représentative, qu’ils discréditent en la présentant comme un obstacle à la réalisation du bien-être de la société. L’usage du référendum est souvent privilégié pour contourner les processus décisionnels complexes. Il permet de poser des questions ambiguës et d’en interpréter les résultats de manière tendancieuse.
  • Un national-protectionnisme : Un autre aspect clé du populisme est le nationalisme protectionniste. Sous prétexte de restaurer la souveraineté nationale face aux menaces internes et externes, ce nationalisme exacerbé alimente un sentiment de paranoïa et justifie des politiques protectionnistes et exclusives. Il crée des cercles concentriques d’ennemis, en cultivant la peur et en renforçant les pouvoirs du régime tout en évitant toute responsabilité.
  • La mobilisation des passions et des émotions : Leurs discours exploitent les émotions et les passions, instrumentalisant des références historiques, religieuses et culturelles pour mobiliser les citoyens contre des ennemis désignés. Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans l’amplification de cette mobilisation.

Racines et le Développement du Populisme

Comment expliquer le regain du populisme alors que l’humanité n’a jamais été aussi prospère, que l’accès à l’éducation et aux soins de santé s’est démocratisé et que l’information circule à la vitesse de la lumière ? L’erreur commune est de croire que le populisme surgit de nulle part. En réalité, il s’enracine progressivement dans des frustrations économiques, sociales et culturelles exacerbées par la mondialisation, les inégalités et une perte de repères pour de larges franges de la société.

Le populisme est une réponse simpliste aux crises profondes de nos sociétés, où l’accès aux services n’est pas équitable. Les maux de la société ont une cause, les principes démocratiques fondamentaux, martèlent les démagogues ce message est décliné sous tous les tons. Et c’est de la faute des élites politiques et économiques.

Il ne s’agit pas de contester les injustices sociales ou l’iniquité du système d’exploitation des richesses, elles sont réelles et intolérables mais le populisme exacerbe ce ressentiment sans apporter de réponses crédibles.

Des Défis pour la Démocratie

Nul pays n’est à l’abri de cette dérive. Il est crucial que les États et les partis politiques comprennent que les règles du jeu ont changé et qu’ils doivent s’adapter pour répondre aux besoins et aux aspirations de leurs citoyens.

Le populisme représente un défi majeur pour les démocraties représentatives. Il exploite l’aspiration à une souveraineté populaire plus active, mais cela se fait souvent au détriment des principes démocratiques que sont la séparation des pouvoirs, la participation de la société civile aux délibérations, la liberté d’expression, et, in fine, le respect des libertés individuelles. Pour lutter contre cette dérive, les institutions ont eu du mal à inventer et structurer de nouveaux mécanismes d’échange avec les citoyens.

La complexité des problèmes posés par le populisme impose des actions fermes et concrètes. Les systèmes politiques doivent évoluer pour bâtir la confiance, la solidarité et la participation citoyenne. À l’ère des réseaux sociaux, c’est tout à fait possible, mais cela comporte également des risques de manipulation. Tout en prenant en compte toutes les opinions, les démocraties doivent renforcer l’État de droit, se protéger contre les manipulations des faits et favoriser le pluralisme médiatique. Cela ne se fera pas sans une éducation citoyenne critique.

Une Lutte Collective et Globale

Comprendre les dynamiques complexes du populisme et mettre en place des stratégies globales et inclusives est essentiel dans ce combat. La lutte contre le populisme ne peut être menée par un seul parti ou une seule entité ; elle commence par le fait de nommer le mal, puis de le dénoncer systématiquement, ce qui permettra une prise de conscience citoyenne.

C’est un combat difficile : il est plus simple de promettre la lune que d’expliquer qu’il faut du temps et des efforts pour résoudre un problème. 

Aucun pays n’est à l’abri de ce fléau. Face à cette situation, les démocraties doivent s’efforcer de se renouveler, de se renforcer, de consolider les institutions républicaines, de renforcer l’indépendance des médias et de développer des politiques alternatives de proximité capables de répondre aux attentes des citoyens.

Préserver la Vitalité des Institutions Républicaines

Les crises successives, le terrorisme et la pandémie nous ont fait perdre des libertés. Nous avons glissé vers un interventionnisme accru du pouvoir dans la sphère privée. Les entraves à la liberté de mouvement, à la gestion de ses biens, tout est régenté par le pouvoir. Nous avons été confinés pendant des semaines, certes pour notre bien, mais cela n’est pas anodin.

Pour protéger la démocratie, il est crucial de mettre en place des garde-fous contre les dérives autoritaires et de préserver la vitalité des institutions républicaines. Tout dirigeant risque, à un moment ou un autre, de dériver vers un pouvoir absolu si le système ne l’en empêche pas. Ce glissement vers le pouvoir d’un seul se fait généralement de façon imperceptible et, quand on s’en rend compte, il est souvent trop tard pour agir pacifiquement. 

Les démocrates ont la responsabilité de contrecarrer ce glissement vers moins de liberté et d’égalité, tout en assurant la sécurité et le bien-être des citoyens. Ce n’est pas antinomique, c’est possible. 

Conclusion

Le populisme est un phénomène mondial complexe qui pose des défis importants aux démocraties contemporaines, lesquelles n’ont pas su s’adapter aux évolutions de la société. 

Les solutions des populistes plaisent parce qu’elles sont souvent simplistes, mais elles relèvent plus du charlatanisme politique que de véritables solutions de bonne gouvernance. Elles divisent là où il faudrait unir et ont systématiquement causé le malheur des peuples.

Comprendre ses mécanismes et ses implications est essentiel pour développer des stratégies efficaces pour le contrer. Les démocraties doivent se renouveler, se renforcer et s’adapter pour répondre aux aspirations de leurs citoyens tout en préservant leurs valeurs fondamentales.

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