Français, mais pas assez : L’urgence d’une citoyenneté équitable
Un meurtre tragique, un reflet de la République s’est produit le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens. Hichem Miraoui, un coiffeur tunisien âgé de 46 ans, a été tragiquement abattu par son voisin, Christophe B., connu pour ses propos racistes et anti-maghrébins. Avant d’ouvrir le feu, il aurait proféré des insultes à caractère raciste. Cet acte criminel ne saurait être réduit à un simple fait divers. Il symbolise la violence d’un rejet et la cruauté d’une fracture identitaire que la République feint d’ignorer. Cela nous interroge tous : quel sens revêt l’égalité lorsque certains Français doivent sans cesse prouver leur légitimité ?
Une citoyenneté conditionnelle
Dans les discours politiques, médiatiques, et même dans les échanges quotidiens, une hiérarchie implicite entre citoyens s’est installée. Les “Français de souche” sont souvent opposés aux “Français de papier”, comme si l’appartenance à la nation pouvait être partielle ou soumise à condition.
- Un ministre d’origine italienne n’éprouve jamais le besoin de justifier ses racines.
- En revanche, un élu d’origine maghrébine est souvent perçu comme “issu de l’immigration”, comme s’il n’avait pas encore franchi le seuil de la légitimité nationale.
Cette distinction engendre une citoyenneté à deux vitesses, où certains sont considérés comme Français par évidence, tandis que d’autres le sont par tolérance.
Des mécanismes d’exclusion persistants et invisibles
Dans les médias : une inégalité manifeste
Les médias contribuent à cette dévalorisation symbolique :
- Un joueur noir ou arabe est qualifié de “Français” lorsqu’il marque un but ; il redevient “issu de l’immigration” s’il rate un penalty.
- Les faits divers ne sont pas rapportés de la même manière selon le prénom ou la couleur de peau des personnes impliquées.
Dans la vie quotidienne : humiliations répétées
Cette distinction se manifeste aussi dans la rue, à l’école, et au travail :
- Les jeunes noirs ou arabes sont 20 fois plus susceptibles d’être contrôlés par la police (Défenseur des droits).
- Pour des compétences équivalentes, un “Mohamed” a quatre fois moins de chances d’être rappelé qu’un “Thomas” (étude de l’OIT).
Une génération entière grandit avec la conviction qu’elle doit toujours faire plus pour être acceptée.
L’Europe, affectée par le poison identitaire
Cette dynamique n’est pas exclusive à la France. L’ensemble du continent européen est touché par la tentation identitaire :
- En France : Rassemblement National
- En Italie : Fratelli d’Italia
- En Espagne : Vox
- En Autriche : FPÖ
Ces mouvements véhiculent une rhétorique amalgamant immigration et insécurité, diversité et menace, droits humains et laxisme. Ils rejettent le multiculturalisme, diabolisent l’Autre et sapent les fondements mêmes de nos démocraties.
Vers une société fragmentée et violente
Les conséquences sont lourdes :
- Les actes racistes, banalisés, ont augmenté de 32 % en 2024 (DILCRAH).
- Une jeunesse reléguée, humiliée, qui ne se sent plus chez elle dans le pays dont elle détient pourtant la nationalité.
- Une République qui trahit son contrat social, en laissant se répandre l’idée que certains seraient plus Français que d’autres.
Pour une République qui respecte ses engagements
Être Français ne doit ni dépendre d’une couleur de peau, ni supposer l’oubli de ses origines.
Être Français, c’est :
- Adhérer à des valeurs communes : liberté, égalité, fraternité.
- Participer pleinement à la vie de la nation, sans renoncer à une part de soi.
- Être reconnu et respecté, sans condition ni exception.
Résister pour une France fidèle à ses valeurs
L’assassinat de Hichem Miraoui doit servir de choc éthique. Il nous contraint à affronter une réalité trop souvent ignorée : le racisme est mortel, tout comme l’indifférence.
Il est temps de :
- Refuser la banalisation des discours de haine.
- Exiger une application stricte du principe d’égalité.
- Défendre une République qui reconnaît tous ses enfants, sans hiérarchie ni suspicion.
Car la France ne sera véritablement grande que lorsqu’elle sera juste envers chacun de ses citoyens. Sans adjectif, sans condition. Simplement Français.
Laisser un commentaire