Le 10 août 2025, Anas Al‑Sharif, 28 ans, journaliste palestinien, a été tué par un drone devant l’hôpital Al‑Shifa. Cinq correspondants d’Al Jazeera ont péri avec lui. Tsahal l’a qualifié de « terroriste ». Certains médias occidentaux notamment allemands et français ont repris cette version sans distance ni critique. Toute pudeur a été mise de côté : ce n’est plus un tir d’origine inconnue comme pour Shireen Abu Akleh ; c’est un assassinat ciblé, délibéré et assumé.
Depuis octobre 2023, 242 journalistes palestiniens ont été tués. Soit un journaliste assassiné par Israël tous les 3 jours. Un triste record mondial. Un « journalicide » pour certains.
Des dizaines de milliers d’enfants sont morts, en moyenne 25 enfants tués chaque jour depuis le 7 octobre, la famine fera le reste, 72 % des habitations ont été détruites, et l’aide internationale reste symbolique car bloquée par l’armée ou les colons. C’est le tableau que les reportages de Anas décrivaient au reste du monde.
Anas répétait : « Ce n’est pas la violence qui tue, c’est le silence qui l’entoure. » Mais, plus grave que le silence, c’est le dénigrement de ceux qui témoignent par leurs confrères. Travailler pour un média d’opinion est aujourd’hui perçu comme un crime.
Ses images, notamment celles des 37 corps, mains liées, à l’école Al‑Fakhoura, sont des preuves que certains veulent effacer. En qualifiant une équipe de journalistes de « terroriste » sur la base d’une photo vieille de cinq ans, le message est clair : tous les journalistes deviennent suspects, car les rares journalistes qui ont été autorisés à entrer dans Gaza racontent la même chose : famines, déportations, destructions massives. Et osent parler de génocide sans attendre le verdict des historiens.
Certains diront que cette logique n’est pas propre à Gaza. En Russie, Anna Politkovskaïa a été assassinée le 7 octobre 2006 et Dmitri Mouratov (Novaya Gazeta), prix Nobel de la paix en 2021, est menacé pour avoir dénoncé les crimes d’État. Mais justement, que serait le monde sans ces héros qui, au péril de leur vie, maintiennent nos consciences éveillées ? Malheureusement de trop nombreux régimes autoritaires, intimident, emprisonnent et même tuent ceux qui nous informent en toute impunité.
L’information est une arme, la vérité un champ de bataille. Ignorer le cri d’Anas, c’est devenir complice de la violence contre ceux qui osent informer. Tant que la presse d’opinion sera menacée, la démocratie restera un luxe fragile.
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