On menace de déchoir de leur nationalité des Françaises et des Français ayant tenté pacifiquement de briser le blocus de Gaza. Mais on détourne les yeux de ceux qui, sous uniforme israélien, pilonnent des hôpitaux, des écoles, tuent des civils à Gaza et en Cisjordanie occupée. Il faut croire que toutes les guerres ne se valent pas — pas plus que ceux qui y participent. La République affiche ses préférences, au mépris du droit international.
Des citoyens français dans l’armée israélienne
Depuis le 7 octobre 2023, plusieurs centaines de Français – binationaux ou non – ont rejoint l’armée israélienne. Certains participent à des opérations militaires d’une violence inédite à Gaza et en Cisjordanie occupée : bombardements massifs, tirs sur des civils, destructions d’écoles et d’hôpitaux. D’après Mediapart, Le Monde ou Haaretz, ces engagements se font dans le cadre du service militaire israélien ou par volontariat actif, y compris de jeunes nés en France sans lien direct avec Israël.
Ces faits soulèvent de graves questions juridiques et éthiques, alors que de nombreuses ONG – Human Rights Watch, B’Tselem, Médecins Sans Frontières – documentent des crimes de guerre : exécutions sommaires, punitions collectives, arrestations arbitraires.
Le droit français est clair
L’article 21-8 du Code civil autorise la déchéance de nationalité pour tout engagement dans une armée étrangère sans autorisation préalable. Aucun accord bilatéral ne prévoit de dérogation avec Israël.
La loi du 9 avril 2003 permet également le retrait de nationalité pour atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation – déjà appliqué à des Français partis en Ukraine.
Enfin, la France, signataire du Statut de Rome, dispose d’une compétence universelle pour poursuivre tout ressortissant impliqué dans des crimes de guerre, même commis à l’étranger – comme ce fut le cas pour des exactions en Syrie ou lors du génocide rwandais.
Crimes documentés, responsabilités engagées
À Gaza, les bombardements israéliens ont rasé des quartiers entiers, détruit des hôpitaux, des écoles, des lieux de culte et des camps de réfugiés. Plus de 75 000 morts ont été recensés, selon l’ONU et les autorités sanitaires palestiniennes, dont une majorité de femmes et d’enfants.
En Cisjordanie occupée, plus de 900 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, lors d’opérations militaires violentes, souvent filmées, où l’on voit des soldats – dont certains franco-israéliens – s’en prendre à des civils désarmés.
Si ces faits étaient confirmés, ils engagent la responsabilité pénale individuelle des personnes concernées, en vertu du droit international humanitaire.
Deux poids, deux mesures
Alors qu’une campagne est menée contre la députée européenne Rima Hassan pour avoir tenté de rejoindre Gaza sur un voilier, et que des Français partis en Ukraine ont été poursuivis ou déchus de leur nationalité, aucune procédure n’a été lancée contre ceux engagés dans les opérations israéliennes.
Ce silence n’est pas une omission. C’est un choix politique. Et une entorse manifeste à l’égalité devant la loi. Il traduit un alignement stratégique avec Israël, en contradiction flagrante avec les principes du droit international humanitaire.
Un dirigeant recherché qui survole la France
Le 21 mai 2024, le procureur de la CPI a demandé des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes contre l’humanité à Gaza. Pourtant, les 2 février et 28 avril 2025, l’avion du Premier ministre israélien a survolé l’espace aérien français avec l’accord explicite des autorités.
Ces faits, révélés dans une question parlementaire et confirmés par le Quai d’Orsay, constituent une violation grave du Statut de Rome, qui impose aux États signataires de coopérer avec la CPI. La FIDH et d’autres ONG ont dénoncé cette passivité.
Une immunité fallacieuse
Pour justifier cette inaction, le gouvernement invoque une immunité supposée de Netanyahou. Pourtant, l’article 27 du Statut de Rome est clair : aucune immunité ne peut être opposée, même pour un chef d’État.
Refuser d’agir revient à discréditer la justice pénale internationale. Ce deux poids, deux mesures nourrit un dangereux précédent : l’impunité pour les puissants, la justice pour les faibles.
La loi existe. Le choix, c’est l’inaction
Plusieurs outils juridiques sont à disposition :
• L’ouverture d’enquêtes sur la base de la compétence universelle ;
• La déchéance de nationalité en cas d’engagement non autorisé ;
• L’obligation de coopérer avec la CPI.
Le refus d’action, malgré les alertes des ONG, malgré les faits documentés, constitue un choix délibéré de sélectivité morale et judiciaire. Il heurte les principes fondamentaux de la démocratie et du droit.
Complicité masquée en diplomatie
La France attend toujours d’honorer les Franco-Palestiniens tués à Gaza, comme l’avait promis Emmanuel Macron en février 2023.
Dans le même temps, elle protège ceux qui imposent un blocus illégal à des civils, qui participent à des bombardements de masse, et laisse survoler son territoire à un dirigeant recherché pour crimes de guerre.
Ce n’est pas de la diplomatie, c’est une complicité dissimulée sous un vernis de neutralité. Elle fragilise la crédibilité de la France en matière de droits humains et creuse une fracture morale avec le droit international.
La République ne peut pas se dire fidèle aux principes universels et détourner le regard quand ces principes sont bafoués. L’inaction, face à l’ampleur des crimes, devient un acte. Et cet acte aura des conséquences – pour les victimes, pour le droit, et pour l’image que la France renvoie au monde.
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