Tous Perdants ? Pas Sûr

Le cessez-le-feu récemment conclu à Gaza marque un soulagement temporaire après seize mois d’une violence insoutenable. Toutefois, ce répit ne doit pas masquer les profonds enjeux politiques et stratégiques qui subsistent. 

La première question qui se pose est : le Hamas, sous la direction de Yahya Sinwar (le nouveau Che de la jeunesse arabe), n’est-il pas le seul véritable gagnant de ce conflit ? En ramenant la question palestinienne sur la scène internationale, il a imposé son organisation comme un acteur incontournable et a forcé les grandes puissances à se repositionner sur un sujet relégué au second plan depuis des décennies. 

L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 a profondément bouleversé Israël, déclenchant une riposte militaire d’une violence inédite qui a terni l’image du pays à l’échelle mondiale.

Les masques sont tombés. L’armée « la plus morale au monde » a froidement tué des milliers de civils désarmés, des journalistes, des soignants, bombardé des écoles et des hôpitaux, détruit des villes, et la propagande n’y fera rien. Les nouveaux moyens de communication ont fait perdre la guerre des images à Israël. Les milliers de prisonniers administratifs, les déplacements de population et la famine ont fait la une de tous les médias. 

Désormais, les répercussions de ce conflit dépassent largement les frontières de Gaza et du Moyen-Orient. Sur le plan international, des fractures sont apparues au sein de l’ordre mondial.

Le conflit a révélé les limites des régimes arabes autoritaires, incapables de réagir efficacement ; leur pérennité n’est plus qu’une simple question de temps. Ces régimes, déjà affaiblis, se retrouvent en position délicate. La jeunesse arabe, déjà désabusée, a vu dans le silence de ses dirigeants une forme de complicité face à un sujet qui les touchent profondément.

Le déclin des institutions internationales garantes du droit humanitaire est l’une des plus lourdes conséquences de cette guerre. L’ordre mondial mis en place après la Seconde Guerre mondiale a atteint ses limites. 

Les pertes humaines sont tragiques : selon une étude publiée dans « The Lancet », environ 70 000 Palestiniens, principalement des femmes et des enfants, ont perdu la vie. Ce chiffre dépasse de loin le nombre total d’Israéliens tués depuis 1948. Cette guerre a également cristallisé les soutiens internationaux.

Les pays occidentaux, notamment les États-Unis, ont continué à fournir des armes à Israël, tandis que les aides militaires américaines atteignent des dizaines de milliards de dollars. Les discours tenus par l’occident sur la démocratie et les droits de l’Homme ont été ébranlés par le scandaleux deux poids, deux mesures, adopté durant ce conflit.

Sur le plan social, la jeunesse mondiale, que ce soit sur les campus ou au sein des mouvements ouvriers, affiche un soutien croissant à la justice pour les Palestiniens. Le droit international, pourtant censé garantir la protection des populations civiles, a été bafoué à maintes reprises.

Le cessez-le-feu, bien que salutaire, reste précaire. De nombreux États, y compris les États-Unis, ont initialement rechigné à soutenir cette trêve, malgré le nombre alarmant de victimes civiles. Cette position a entamé la crédibilité des idéaux humanistes et démocratiques défendus par ces puissances.

Sur le terrain, Israël conserve son statut de puissance occupante, mais à quel prix ? L’incapacité à neutraliser durablement les milices du Hamas et à libérer tous les otages constitue un terrible échec stratégique.

L’histoire montre que de tels conflits engendrent souvent des révoltes. Le cessez-le-feu n’est donc qu’un sursis temporaire. La nécessité de solutions durables est plus urgente que jamais. Israël se retrouve à un carrefour : poursuivra-t-il une politique de colonisation qui rend la solution à deux États de plus en plus irréalisable ? 

Déplacer des millions de Palestiniens n’est pas une option viable, car les mémoires de l’exil restent indélébiles. Si ce cessez-le-feu marque une trêve, il doit être suivi d’un engagement sincère de toutes les parties pour résoudre les inégalités et mettre fin à la violence. Israël et ses amis sont-ils capables de comprendre que les démonstrations de puissance mènent toujours sur des voies sans issue ?

L’histoire récente appelle à une réflexion profonde, car seule une approche équitable et respectueuse des droits de chacun peut offrir une chance de paix durable.

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