Longtemps avant la colonisation française, le Maghreb était déjà le théâtre d’une confrontation intellectuelle entre deux courants majeurs : ceux qui puisaient leur inspiration dans le monde occidental et ceux qui se tournaient vers l’Orient. Cette division ancienne entre conservateurs attachés aux traditions et progressistes aspirant à l’ouverture vers de nouvelles idées a marqué l’histoire de la région et continue d’influencer son présent.
Les deux courants de pensée
Les partisans de l’arabisation, ancrés dans la religion et la culture arabo-musulmane, prônaient un retour aux sources et une résistance à l’influence occidentale. En face, les occidentalisés, fascinés par les progrès scientifiques et techniques de l’Occident, aspiraient à une modernisation de la société et à une adoption de ses valeurs. Cette opposition s’est cristallisée autour de questions symboliques telles que la langue, l’éducation et le mode de vie.
L’arrivée des Français a exacerbé ces divisions. La colonisation a bouleversé les structures sociales et culturelles du Maghreb, imposant sa langue, ses lois et ses valeurs. Les populations locales ont été confrontées à un choix difficile : s’assimiler à la culture française ou rejeter l’occupant et se replier sur leur identité traditionnelle. Résister à la modernité est devenu synonyme de résistance à l’occupant.
Après l’indépendance, les pays du Maghreb ont lutté pour (re)construire leur propre identité nationale toujours dans la même logique. Pour certains les indépendances devaient signifier un rejet total et définitif de tout ce qui pouvait rappeler la France. Un rejet de ce qui a été qualifié de culture des élites et des collaborateurs avec l’occupant. Une vision simpliste et couteuse.
La question de l’héritage colonial et de la place de l’Occident dans la société reste centrale. Les clivages entre les différents courants de pensée se sont maintenus, alimentant des tensions sociales et politiques. Les idéologies pan arabistes ou islamistes ont surfé sur ces tensions. Des décennies, des vies, des pays, des territoires ont été perdues dans des luttes qui n’avaient ni queue ni tête. Le monde avançait et ce qu’il fut bien appelé le mal-être des gens du Sud les maintenait dans des situations où les droits de l’homme, la démocratie, la justice sociale et autant d’autres principes fondateurs des sociétés étaient bafoués. La polygamie, l’égalité des droits entre femmes et hommes font débats encore, c’est insensé.
Dans un monde globalisé, la lutte idéologique est plus que jamais d’actualité. Face à l’influence croissante de l’Occident, il est important pour les Maghrébins de développer une vision claire et cohérente de leur place dans le monde. Cela implique de s’élever au-dessus des antagonismes stériles et de construire des relations constructives avec tous, tout en défendant ses propres valeurs et en œuvrant pour la paix et la justice universelles.
Le défi pour les sociétés maghrébines aujourd’hui est de trouver un équilibre entre les héritages occidental et oriental. Il s’agit de dépasser nos démons et d’être capables de s’approprier les acquis de la modernité tout en préservant nos valeurs culturelles et religieuses. Cela passe par une réflexion profonde sur les valeurs à défendre et les objectifs à atteindre.
L’histoire des sociétés maghrébines est une histoire de confrontations et de métissages. La construction d’un avenir stable et prospère passe par la reconnaissance de cette complexité et par la recherche d’une synthèse harmonieuse entre les différentes composantes de l’identité maghrébine.
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