Le cynisme s’avère être une arme redoutable. Alors que le sang palestinien demeure frais, Donald Trump, de retour du Golfe, remet sur la table le projet abominable d’une « riviera méditerranéenne » à Gaza – un « Dubaï sur mer », selon les termes glaçants de son gendre Jared Kushner lors du Middle East Global Investment Forum à Riyad (avril 2024). Ce fantasme choquant, soutenu par des potentats du Golfe et des régimes arabes corrompus, déjà évoqué dans le « Deal du Siècle », méprise l’opposition palestinienne et le rejet indigné de la communauté internationale.
Pendant ce temps, la réalité brutale se dévoile : des voix israéliennes appellent à l’annexion totale de Gaza. Bezalel Smotrich, ministre des Finances, déclare avec froideur le 9 mai 2024 : « Gaza ne sera plus jamais gouvernée par des Arabes » (Kan News). Ce n’est pas un simple dérapage, mais le point culminant d’une déshumanisation systématique. Yoav Gallant, ministre de la Défense, avait déjà dégradé les habitants de Gaza en les qualifiant d’« animaux humains » (9 octobre 2023), préparant ainsi le terrain pour l’innommable. L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Giora Eiland, recommandait sans vergogne d’« affamer Gaza jusqu’à la reddition » (Yedioth Ahronoth, décembre 2023). Des mots qui précèdent et justifient l’horreur.
Derrière le voile des justifications fallacieuses, la vérité crie : des dizaines de milliers d’enfants fauchés, plus de 70 000 Palestiniens exterminés depuis octobre 2023 (données du ministère de la Santé de Gaza et de l’ONU – OCHA, mai 2025), dont 70 % de femmes et d’enfants. Ce chiffre alarmant, rapporté à la superficie réduite de Gaza (365 km²), équivaut à près de 200 morts par kilomètre carré. Que ceux qui osent contester le récit israélien soient maudits, alors que des organisations telles que Human Rights Watch, Amnesty et Médecins Sans Frontières dénoncent des crimes de guerre, et que des experts de l’ONU évoquent sans détour le génocide (mars 2024).
Gaza : Hier, Berceau de Civilisations ; Aujourd’hui, Tombeau de l’Humanité
L’exposition « Gaza, 5 000 ans d’histoire » (IMA, 2023-2024), fruit d’une collaboration prestigieuse avec la BnF et l’UNESCO, souligne avec force que Gaza a été un carrefour de civilisations, un point névralgique d’échanges entre la Méditerranée, l’Égypte et la Mésopotamie, loin de l’image réductrice d’une « enclave hostile ». Les vestiges découverts par Jean-Baptiste Humbert témoignent d’une cité prospère dès le IIe millénaire av. J.-C. (Hazzatu dans les archives égyptiennes), hellénisée par Alexandre, florissante sous Rome (routes pavées, thermes, théâtre), centre spirituel byzantin, enrichie par la conquête arabe (naissance de l’imam al-Shafi‘i). Juifs, chrétiens et musulmans y ont coexisté pendant des siècles.
Cependant, cette riche histoire est désormais piétinée par une tragédie sans fin. Depuis la Nakba de 1948, ce territoire exigu est devenu une terre de réfugiés (80 % de sa population, selon l’UNRWA). Surpeuplée (5 500 habitants au km²) et étranglée par un blocus israélien complice de l’Égypte depuis 2007, Gaza est devenue un véritable laboratoire de destruction massive. Cinq guerres majeures l’ont ravagée depuis 2008, culminant avec l’offensive barbare en cours depuis octobre 2023.
Les frappes d’une intensité sans précédent détruisent tout : hôpitaux, écoles, lieux de culte, infrastructures vitales, bafouant les conventions de Genève (Amnesty International, « Starvation as a Weapon », décembre 2024). En janvier 2024, MSF rapportait que plus de 70 % des hôpitaux étaient hors service. En novembre 2023, le musée archéologique de Gaza, gardien d’un passé inestimable, a été anéanti.
La Déshumanisation : Arme Ultime d’un Projet d’Effacement
Au-delà des décombres, une déshumanisation systématique est en cours. Les déclarations odieuses de Gallant, Eiland et Smotrich ne sont pas des mots en l’air, mais s’inscrivent dans une stratégie d’effacement de Gaza, révélée par une note sombre du ministère israélien du Renseignement (octobre 2023), qui préconise le transfert forcé de la population vers le Sinaï et l’établissement d’une « zone tampon sécurisée ». Des experts de l’ONU y voient à juste titre un plan d’épuration ethnique (rapport du Conseil des droits de l’homme, mars 2024).
La Vie Obstinée : L’Étincelle dans les Décombres
Pourtant, Gaza refuse de céder. Au milieu du chaos, deux millions d’âmes continuent de vivre, d’enseigner et de créer. L’université islamique, meurtrie, maintient ses cours en ligne. Des artistes exposent leurs œuvres au milieu des débris, des enfants rient dans des écoles improvisées. Les clés rouillées, brandies fièrement par les descendants des exilés de 1948, ne sont pas de simples objets : elles symbolisent une mémoire indélébile, un droit inaliénable à la dignité et à la justice.
Gaza : Phénix Martyr, Tache Indélébile
Sous les cendres, Gaza se redresse encore. Mille fois frappée, jamais soumise. Chaque bombe, chaque foyer détruit semble vouloir éteindre sa flamme. Mais dans le silence assourdissant des ruines, une étincelle de vie persiste. Gaza, l’antique Hazzatu, est à la fois un lieu de deuil perpétuel et un symbole de résistance indomptable. Une tache de sang sur notre conscience collective que seule une justice implacable pourra tenter d’effacer.
Tant qu’un seul cœur palestinien battra sous les gravats, Gaza vivra. Et tant que le monde détournera le regard, Hazzatu criera sa vérité à l’humanité : « Je suis encore là. »
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