Deux déclarations récentes, deux aveux sans fard, sont venus confirmer une réalité que beaucoup, au Sud comme ailleurs, ressentent depuis longtemps : l’Occident agit selon une morale à géométrie variable.
D’un côté, Donald Trump balaie les analyses de sa propre directrice du renseignement, Tulsi Gabbard, qui affirme que l’Iran ne dispose d’aucun programme nucléaire actif. « Je m’en fiche de ce qu’elle dit. Je pense qu’ils sont très proches d’en avoir une. » Peu importent les faits, les preuves, les évaluations d’experts : seule compte une peur instrumentalisée. Une peur utile, recyclée pour justifier des frappes.
De l’autre, le chancelier allemand Friedrich Merz déclare sans détour : « Israël fait le sale boulot pour nous tous. » Ce n’est ni un dérapage, ni une maladresse. C’est un aveu. Israël agit là où l’Occident préfère ne pas se compromettre. Il frappe, neutralise, élimine — bras armé d’un ordre mondial qui se dit pacifique, mais délègue la violence à des supplétifs. Et partout, la ligne officielle reste la même : Israël a le droit de se défendre, même au mépris du droit international.
Un scénario figé dans l’histoire
L’histoire ne se répète jamais à l’identique, dit-on. Pourtant, au Moyen-Orient, elle semble enfermée dans une boucle tragique. En 1956 déjà, après la nationalisation du canal de Suez, la France, l’Angleterre et Israël attaquaient l’Égypte. L’ennemi était alors présenté comme une menace existentielle ; l’intervention justifiée au nom de prétendues « valeurs communes ». Pourquoi Israël s’est-il mêlé à cette guerre ? La question reste en suspens.
Même scénario en 2003, avant l’invasion de l’Irak, lorsque Benjamin Netanyahu, à la tribune des Nations unies, affirmait que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Le monde l’a cru. L’Irak a été envahi. Les conséquences sont encore visibles : chaos, instabilité, terrorisme. Ni l’Irak ni la région ne s’en sont relevés.
Depuis, le mécanisme est bien rôdé : frappes « ciblées », victimes civiles, quelques jours d’indignation médiatique, puis silence diplomatique. Les mots et les logiques israéliennes sont reprises sans nuance dans les organes de presse. Et à chaque cycle, le fossé se creuse entre l’Occident et les peuples du Sud. Ce n’est plus un écart : c’est un abîme.
Pour une majorité croissante dans le monde arabe, en Afrique, en Asie, l’Occident a perdu toute crédibilité morale. Les principes qu’il brandit – démocratie, droits de l’homme, justice – apparaissent creux, sélectifs, profondément hypocrites.
Une jeunesse qui n’y croit plus
Ce qui autrefois passait inaperçu est désormais exposé en pleine lumière. Une génération nouvelle, hyperconnectée, lucide, observe, compare, et juge :
– Une école est bombardée ? Les images font le tour du monde en quelques secondes.
– Un dirigeant ment ? Ses propos sont conservés, analysés, déconstruits.
– Un peuple est affamé ? Des voix s’élèvent, même au cœur des blocus.
Cette jeunesse ne se contente plus de consommer les récits officiels. Elle les démonte. Elle les refuse. Elle comprend que la fracture ne se limite plus aux discours : elle est politique, morale, éthique, existentielle. Et elle dépasse largement le monde arabe pour s’étendre à l’ensemble du Sud global.
La chute du mur de la propagande
Autrefois, les récits dominants étaient verrouillés. L’information était filtrée, hiérarchisée, mise en scène. Aujourd’hui, ce mur s’effondre. Les versions officielles sont confrontées, en temps réel, à des images, des témoignages, des faits bruts. La machine de propagande occidentale vacille sous la pression de la transparence.
Et cette rupture du monopole narratif nourrit une colère mondiale. Une colère qui ne vise pas un pays en particulier, mais un système :
– Un système qui choisit ses morts,
– Classe ses victimes,
– Justifie l’injustifiable.
Une alliance d’intérêts, pas de principes
Les propos de Trump et Merz ne sont pas des accidents. Ils exposent une réalité stratégique assumée : Israël agit comme le bras armé d’un Occident qui adapte ses principes à ses intérêts. Aujourd’hui l’Iran, hier l’Irak, demain un autre. Peu importe la cible, le schéma reste identique : les régimes dociles sont tolérés, voire soutenus. Les résistances non alignées sont criminalisées.
Ce n’est pas un déséquilibre. C’est une stratégie.
L’impasse morale de l’Occident
À force de tout justifier au nom de la sécurité ou des « valeurs universelles », l’Occident s’enferme dans une impasse. Il maintient un ordre qui lui profite à court terme, mais sape sa légitimité à long terme. Et cette contradiction alimente un ressentiment profond, dans toutes les régions du Sud.
Ce ressentiment ne s’évapore pas. Il s’accumule. Il circule. Il se transmet d’une génération à l’autre. Il devient une méfiance structurelle, qui rend toute parole occidentale suspecte, toute initiative diplomatique inaudible.
Quand les masques tombent
Trump nie les faits. Merz revendique la guerre par procuration. Leurs paroles ne sont pas des erreurs : ce sont des révélations. Et en exposant aussi frontalement la logique à l’œuvre, ils en révèlent la fragilité.
Car un système qui ne peut plus convaincre finit par tomber dans l’autoritarisme du récit. Mais ce récit-là s’effrite. Les faits le contredisent. Les images l’accusent. Les peuples n’y croient plus.
L’histoire ne se répète pas.
Mais lorsqu’elle trébuche, c’est souvent au même endroit.
Et les peuples du Sud, aujourd’hui, n’en attendent plus rien.
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