Le 27 avril dernier, Israël ordonnait la fermeture d’une école de l’UNRWA à Jérusalem-Est, invoquant le contenu « anti-israélien » de manuels scolaires. Loin d’être un cas isolé, cette décision s’inscrit dans une offensive multiforme contre l’agence onusienne qui, depuis 1949, soutient les réfugiés palestiniens. Ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse une question de manuels : c’est la survie même d’un acteur humanitaire central, mais aussi la mémoire collective d’un peuple réfugié que l’on cherche à effacer.
Créée à la suite de la Nakba – l’exode forcé de plus de 750 000 Palestiniens en 1948 – l’UNRWA opère dans cinq territoires (Gaza, Cisjordanie, Jordanie, Liban, Syrie), scolarise plus d’un demi-million d’enfants, dispense des soins, distribue une aide alimentaire vitale, notamment à Gaza, et emploie plus de 30 000 personnes. Elle est aujourd’hui un pilier de survie, mais aussi de continuité sociale dans des zones où l’effondrement est systémique.
Or, cette mission est de plus en plus entravée. En janvier dernier, dix-huit pays donateurs, dont plusieurs européens, ont suspendu leurs financements après qu’Israël a accusé – sans apporter de preuves publiques – une douzaine d’employés d’avoir participé aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023. En pleine catastrophe humanitaire, ce retrait a plongé des millions de Palestiniens dans une insécurité extrême. L’accès à l’eau, au pain, aux soins et à l’éducation a été réduit à néant dans certaines zones de Gaza.
Mais au-delà de la crise humanitaire, c’est la portée symbolique de l’UNRWA qui gêne : celle d’une mémoire institutionnalisée de la Nakba, d’un droit au retour inscrit dans la résolution 194 de l’ONU, d’un peuple qui refuse de disparaître. L’UNRWA dérange car elle incarne une continuité collective, là où le projet colonial vise l’effacement – des hôpitaux, des écoles, des récits.
Face à cela, la communauté internationale a une responsabilité directe. Le droit du peuple palestinien à l’autodétermination est reconnu par les Nations Unies (résolution 3236), et l’ONU elle-même s’est engagée, dans la résolution 57/107, à assumer une « responsabilité permanente » envers la question palestinienne. Israël, en tant que puissance occupante, a l’obligation de garantir l’accès humanitaire, la protection des civils et la liberté de circulation des travailleurs humanitaires – obligations systématiquement bafouées.
Ne pas défendre l’UNRWA aujourd’hui, c’est participer à une punition collective. C’est accepter que l’humanitaire devienne instrumentalisé au profit d’un projet politique d’effacement. C’est cautionner, par l’inaction, la destruction d’un cadre éducatif, sanitaire et social construit pour pallier les échecs du politique.
Il est urgent que la France, l’Union européenne, mais aussi que d’autres pays sortent de leur silence. Défendre l’UNRWA, ce n’est pas prendre parti dans un conflit : c’est refuser que les droits fondamentaux deviennent une variable d’ajustement diplomatique. C’est affirmer que la mémoire d’un peuple déplacé a une valeur, et que les principes fondateurs du droit international doivent être respectés, y compris quand ils dérangent.
Attribuer le Prix Nobel de la paix à l’UNRWA serait un acte fort. Non pas une récompense symbolique, mais une déclaration politique : celle selon laquelle la résistance civile, l’éducation et la dignité des réfugiés sont les véritables piliers d’une paix juste au Proche-Orient. Et que l’humanité ne se construit pas sur l’oubli.
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