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Trop grave pour être instrumentalisée

Dans l’épisode 4 de la saison 8 de la série « Seinfeld » intitulé « The Package », Jerry Seinfeld découvre que son oncle Leo pense devant la moindre petite contrariété qu’il est victime d’antisémitisme. Leo crie à l’antisémitisme devant toute mauvaise expérience qu’un employé de la poste ne lui donne pas de rabais sur les timbres ou que sa pizza soit trop cuite ou que sa place de parking soit non disponible. Jerry, exaspéré par la paranoïa de Léo, lui dit alors : « Uncle Leo, I’m sure they’re not anti-Semitic. Maybe they have a problem with the elderly. »

L’émotion est grande en ce moment. Indéniablement il y a une recrudescence des actes antisémites. L’actualité anxiogène distillée depuis le drame du 7 octobre fait perdre toute pondération à des sages. D’autres en profitent pour attiser la haine et le racisme. Ainsi fin octobre, des centaines d’étoiles de David bleues sont marquées au pochoir sur les murs de bâtiments situés en région parisienne, dans la nuit du 13 au 14 mai, trente-cinq mains rouges ont été peintes au pochoir sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah, à Paris.

L’antisémitisme, cette haine des Juifs qui gangrène encore aujourd’hui les sociétés est un sujet tellement important qu’il ne peut pas et ne doit pas être instrumentalisé au risque de le banaliser ou de semer la confusion dans les esprits. Toutes les formes d’expression de l’antisémitisme dans une société, même la plus insignifiante est intolérable à tous points de vue. Ce mal n’est pas nouveau, il est enraciné dans des préjugés ancestraux. Il a été défini par l’Alliance Internationale pour la Mémoire de la Shoah (IHRA) comme : « Une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »

Après les horreurs de la seconde guerre mondiale, il s’est mué en des formes contemporaines plus pernicieuses, plus insidieuses. La plus immonde, la plus méchante, la plus intolérable est probablement le négationnisme. A travers des manipulations des faits, des textes écrits, des arguments fallacieux sont utilisés pour contester l’existence des chambres à gaz et minimiser le nombre de victimes. Ces thèses ont proliféré avec l’émergence réseaux sociaux dans le seul but de perpétuer la haine de l’autre de celui qui a une religion différente ou qui vient d’ailleurs. Les résultats ne se sont pas fait attendre et les incidents antisémites – insultes, agressions physiques, profanations de sépultures et actes terroristes – sont en recrudescence partout dans le monde.

Mais l’antisémitisme est un sujet trop grave pour qu’il soit laissé aux mains des extrémistes qui jouent aux pompiers pyromanes. En effet l’extrême-droite européenne qui s’est nourrie de la haine des juifs, dont l’histoire est jalonnée de théories, de discours, d’écrits et pire d’actes antisémites cherche à instrumentaliser le sujet à nouveau. Elle procède selon le même registre mais cette fois-çi contre les musulmans.

Or il est clair qu’en ce moment particulièrement, tout est fait pour alimenter l’antisémitisme et le racisme par ceux qui prétendent lutter contre. Partir d’une réalité qui est l’augmentation des actes antisémites pour l’exploiter à des fins.

Toute critique du gouvernement d’extrême-droite israélien est qualifiée d’acte antisémite. 

Porter un keffieh est un acte antisémite ?

Exprimer une solidarité avec les habitants de Gaza est qualifié d’acte antisémite

Ne nous trompons pas d’objectif, l’idée essentielle est de faire entrer dans les esprits que si les réfugiés palestiniens, les habitants des territoires occupés font la guerre, ce n’est pas parce qu’ils revendiquent le droit à un état et à une citoyenneté, non, c’est parce qu’ils sont antisémites. L’occupant israélien y tue sans retenue femmes, enfants, vieillards, malades, personnels de l’UNRWA, familles entières, journalistes et même humanitaires étrangers venus apporter de la nourriture… Dans le même temps, en Cisjordanie, assassinats, expulsions et vols de terres se poursuivent.

C’est énorme et ça marche.

80 % du peuple palestinien a été expulsé de son pays de façon délibérée en 1948. Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem Est sont occupés de façon illégale depuis 1967. Des centaines de milliers de colons occupent Jérusalem Est et la Cisjordanie en toute illégalité au regard du droit international. Et 900 000 Palestinien.nes ont connu la prison depuis 1967. Gaza est sous blocus par terre, par air et par mer depuis 2006. Maintenant, Gaza est rasée et sa population affamée et massacrée.

Non ! l’Histoire n’a pas commencé le 7 octobre. Pour reprendre l’expression des anticolonialistes israéliens, la cocotte-minute a explosé.

Combattre l’antisémitisme c’est combattre l’injsutice, le racisme et la xénophobie, les deux sont indissociables. Combattre avec fermeté et persévérance tout ce qui pourrait générer ce sentiment est un impératif moral car la lutte contre l’antisémitisme est une lutte pour les droits humains et la dignité de chaque individu, quelles que soient ses origines ou ses croyances.

Vous n’imposerez pas le silence ! C’est notre fidélité aux valeurs juives universelles qui nous enjoint d’être solidaires des Palestiniens à l’heure de la répression sanglante en Cisjordanie et de l’actuel génocide à Gaza et de la répression de la liberté d’expression en Europe et aux États-Unis.

Rappeler qu’Israël doit respecter le droit international, – ce qu’il ne fait pas depuis plus de 76 ans -, ne constitue pas une « apologie du terrorisme » !

L’antisémitisme a fait tant de mal, il est tellement enraciné dans les esprits et c’est justement pour ces raisons que cette accusation est trop grave pour être portée à la légère.

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