“You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one.”
Enfant, je passais des heures devant la carte de la Méditerranée, rêvant d’un grand Maghreb uni. À cet âge, je ne savais pas que je n’étais pas seul dans ce rêve. En 1958 déjà, les représentants du Néo-Destour, du FLN et de l’Istiqlal lançaient un appel solennel pour l’unité maghrébine. C’était la première fois que nos peuples envisageaient sérieusement un destin commun, sans cacher les obstacles derrière des phrases creuses.
Mais, plus de six décennies plus tard, ce rêve est toujours suspendu, fragilisé par des divisions qui paraissent insurmontables. Et parmi elles, une seule question a suffi à ruiner tous les projets : le Sahara occidental. Ce conflit a mis en échec toutes les initiatives de coopération, transformant un sujet politique en fracture régionale. Les gouvernements ont choisi le camp des intérêts nationaux étroits plutôt que celui de l’intérêt commun, sacrifiant la perspective d’un Maghreb fort et uni sur l’autel de rivalités sans fin.
La résolution votée par le conseil de sécurité le 31 octobre 2025 sera-t-elle l’occasion d’un nouveau départ ? Rien de moins sûr mais il n’est pas interdit d’espérer.
Nos dirigeants s’étripent pour garder un semblant de souveraineté qui n’ est en réalité qu’affaiblissement et soumission aux puissant de ce monde, pendant ce temps, nos peuples continuent comme ils l’ont fait depuis des millénaires de partager les mêmes modes de vie, les mêmes références culturelles et les mêmes défis économiques. Rare est celui qui n’a pas de liens familiaux ou professionnels avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie ou la Libye. Les échanges humains existent, mais ils butent sur des barrières artificielles érigées par des régimes qui préfèrent l’immobilisme à la solidarité.
Alors que le monde s’organise en blocs économiques et politiques puissants, le Maghreb reste divisé, paralysé par des querelles diplomatiques. On achète des armes pour se menacer mutuellement, alors que la force du Maghreb réside dans son unité. En 60 ans, peu a été fait pour harmoniser nos législations, moderniser nos institutions ou créer des mécanismes de coopération régionale. Le Sahara occidental est devenu le symbole de cette incapacité : un point de blocage qui dépasse nos intérêts immédiats et freine notre avenir commun.
Pourtant, l’unité maghrébine n’est pas un rêve utopique. Elle nécessite des décennies de travail, des moyens considérables, et surtout une volonté politique courageuse. Elle exige que nous, citoyens, entrepreneurs, intellectuels, assumions notre responsabilité collective. L’avenir du Maghreb ne sera pas écrit par ceux qui veulent maintenir la division.
Le Sahara occidental n’est pas seulement un territoire disputé : il est devenu l’emblème de notre paralysie. Chaque année perdue à s’affronter plutôt qu’à coopérer est une année de retard dans le développement, dans la puissance économique et dans l’influence politique de nos pays. La jeunesse maghrébine, instruite et connectée au monde, regarde ailleurs, et certains quittent le continent, tandis que nos dirigeants s’accrochent à des querelles qui ne servent ni nos peuples, ni notre avenir.
Alors, 63 ans après la Déclaration de Tanger, le Maghreb n’est toujours pas uni. Mais il ne le restera que si nous acceptons la division. Qui peut souhaiter que nos peuples restent séparés, sinon ceux qui tirent profit de notre faiblesse ? Le Maghreb n’a d’avenir qu’ensemble. Et il est de notre devoir, en tant que citoyens et acteurs de la société civile, de ne plus accepter que nos dirigeants sacrifient notre destin commun sur l’autel de conflits artificiels.
Le rêve maghrébin n’est pas mort. Il est à la croisée des chemins : entre la peur et le courage, entre les querelles et l’action. Le Sahara occidental ne doit plus être un obstacle, mais le signal qu’il est temps d’agir pour un Maghreb uni, souverain, fort et capable de peser dans le monde.
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