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Donald Trump et le mirage de la paix sous tutelle

Alors que le président américain Donald Trump célèbre les récents accords comme une victoire historique, il ne s’agit que de l’énième mise en scène d’une paix impossible — fondée sur la domination et l’effacement des Palestiniens.

Un protectorat déguisé se met en place, perpétuant un conflit qui ne pourra se résoudre que par la justice, et non par la force.

La diplomatie-spectacle, ou l’art du mirage

Nous venons de vivre un moment marquant de l’histoire du Moyen-Orient, non par sa portée, mais par la partie de poker menteur qui s’est jouée sous nos yeux.

Les sourires étaient de circonstance, les poignées de main calibrées pour les caméras.

À Charm el-Cheikh, après les accords de Doha, la diplomatie-spectacle a encore frappé.

Donald Trump, maître de cérémonie, savourait son moment, annonçant « l’aube d’un nouveau Moyen-Orient ».

Pourtant, dans les coulisses du sommet, les absents parlaient plus fort que les présents : ni le Hamas, ni le Premier ministre israélien n’avaient fait le déplacement.

Un « accord de paix » sans les belligérants : le décor était planté pour un mirage.

Derrière les déclarations grandiloquentes, la réalité est têtue : un cessez-le-feu imposé, non négocié, qui consacre moins la réconciliation que l’avènement d’une paix sous tutelle.

Un protectorat économique nommé “paix”

Le plan Trump, adossé au vieux projet “Gaza Riviera” de Tony Blair, ne relève pas de la diplomatie mais de la gestion administrative.

Sous le vernis humanitaire de la reconstruction se cache une reconfiguration du pouvoir : une Autorité internationale de transition pour Gaza (AITG) dirigera la politique et la sécurité, tandis qu’une Agence de développement (APIDEG) pilotera les investissements.

Les Palestiniens, cantonnés à la gestion locale – santé, éducation, voirie –, deviennent spectateurs de leur propre avenir.

Ce plan marque un rejet silencieux du droit international : aucune mention des frontières de 1967, aucune reconnaissance de l’État de Palestine.

On parle d’un “horizon étatique” sans jamais en tracer les contours.

Gaza devient un laboratoire de realpolitik, une enclave sous contrôle international où la finance se substitue à la politique.

Quatre-vingts ans après la fin du mandat britannique, un nouveau protectorat voit le jour — cette fois sous hégémonie américano-israélienne.

La doctrine du “mur de fer”, ou la paix par l’écrasement

Cette approche n’a rien d’une innovation.

Elle s’enracine dans la vieille doctrine du sionisme révisionniste.

En 1923, Vladimir Jabotinsky écrivait : « Toute population indigène résiste aux colonisateurs. La colonisation ne peut se poursuivre que sous la protection d’un mur de fer que les Arabes ne pourront franchir. »

Ce “mur de fer” était un principe politique : la soumission comme préalable à la paix.

Un siècle plus tard, Netanyahou et Trump en sont les héritiers directs.

Ils ne voient dans la résistance palestinienne ni une revendication légitime ni une lutte nationale, mais une nuisance à éradiquer.

Leur “paix” n’est pas un contrat entre égaux : c’est un diktat, une paix de l’écrasement.

L’effacement, une stratégie historique

L’effacement palestinien est un fil rouge de l’histoire régionale.

Dès les débuts du sionisme, la terre fut décrite comme une terra nullius, un espace vide, « sans peuple », attendant le retour d’un peuple sans terre.

Cette négation s’est poursuivie après 1948, puis après 1967, et a été consacrée par la Loi fondamentale israélienne de 2018, qui fait d’Israël “l’État-nation du peuple juif” — et de lui seul.

La présence palestinienne devient ainsi un accident de l’Histoire, une variable démographique à gérer.

Les accords Trump-Blair prolongent cette logique.

Ils négocient sans les Palestiniens et prétendent administrer leur avenir.

Le refus de libérer Marwan Barghouti, le “Mandela palestinien”, en est le symbole : celui du rejet de toute paix véritable, celle qui passerait par la reconnaissance d’un interlocuteur légitime.

Une patrie faite de mémoire

Pourtant, ceux qu’on voulait faire disparaître ont transformé la dispersion en identité.

Refusés par Israël, marginalisés par les régimes arabes, les Palestiniens ont fait de l’exil une patrie intérieure, de la mémoire un territoire durable.

Dans les camps de Beyrouth ou d’Amman, la survie est devenue un acte de résistance.

Aujourd’hui, plus de 150 pays reconnaissent l’État de Palestine : ce n’est pas un symbole creux, mais l’écho mondial d’une persistance historique.

Ils ont bâti un État sans frontières, mais avec de la mémoire.

L’Europe, banquier silencieux d’une paix impossible

Et l’Europe ?

Elle finance, mais ne décide pas.

Près de la moitié des fonds de reconstruction viennent de Bruxelles, Paris ou Berlin, mais aucune de ces capitales n’a voix au chapitre.

L’Union européenne n’écrit plus l’Histoire : elle la subventionne.

Pourtant, ailleurs, une autre dynamique s’esquisse.

Une nouvelle génération mondiale, de Santiago à Johannesburg, de Paris à Amman, refuse le cynisme des vieilles diplomaties.

Sur les réseaux sociaux et dans la rue, elle a fait de la cause palestinienne une question de conscience universelle, une exigence de justice qui transcende les frontières.

C’est peut-être là, dans ce tribunal moral planétaire, que se joue le véritable avenir du conflit.

La paix sans les peuples n’est qu’un armistice

Donald Trump présente sa “paix américaine” comme un triomphe.

L’Histoire y lira sans doute un aveu d’échec.

Les États-Unis peuvent imposer le silence des armes, mais non celui des peuples.

Ce qui s’est joué à Charm el-Cheikh n’est pas la fin d’une guerre, mais la poursuite d’une domination — la paix comme continuation de la guerre par d’autres moyens.

La seule paix qui vaille naîtra le jour où la reconnaissance remplacera la négation, où la terre cessera d’être une ligne de front pour redevenir un horizon partagé.

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