Le maître mot actuellement est désinformez, désinformez, il en restera toujours quelque chose ! Est-ce ainsi que les hommes veulent vivre ? Churchill ne disait-il pas que la première victime de la guerre est la vérité ?
Mardi 17 octobre 2023 à 18h59’20’’ en plein cœur de Gaza, l’hôpital Al Ahli est le théâtre d’un bain de sang dont l’origine et le bilan humain restent à ce jour sujets à caution et l’objet de vifs débats. Mais avant même de finir ces lignes, ce bain de sang n’est d’actualité. Les morts se comptent par milliers et bientôt dizaines de milliers.
Toutefois l’attaque de cet hôpital restera dans les mémoires, comme l’un des premiers actes de la chronique d’une destruction annoncée de Gaza et voulue par les officiels israéliens avec une arrogance insupportable. Face à ce cataclysme, les dirigeants du monde des deux camps s’agitent sans agir. Maniant calculs politiques et émotions destinées à mobiliser une partie de leur électorat ou population, ils font preuve d’engagements malsains, de calculs scabreux. Dans un passé récent, la situation était explosive et elle l’a été des décennies durant. Ces mêmes différents dirigeants qui s’émeuvent devant ce drame, se sont lavés les mains de ce conflit et se sont fourvoyés dans des accords coupés de la réalité, les derniers en date sont ceux dits d’Abraham. C’est dire à quel point ces dirigeants sont coupés des réalités.
Dans cette région du monde nul n’a le monopole du terrorisme. Il est frappant de constater que les terroristes d’hier sont devenus des résistants et des dirigeants politiques fréquentables et reconnus internationalement. De grandes avenues portent leurs noms.
Ce qui s’est passé le 7 octobre à Gaza est choquant. S’en prendre à des civils est criminel. Déjà le 9 avril 1948 à Deir Yassin à l’Ouest de Jérusalem plusieurs centaines de civils palestiniens ont été assassinés par 120 terroristes de l’Irgoun et du Lehi. Le cycle des violences n’a jamais cessé. Peu importe qui commet l’acte, l’Etat ou des individus, le fait est que c’est un acte criminel. Le poids des mots et le choc des photos avec les réseaux sociaux et les chaînes satellitaires a pris tout son sens. Aujourd’hui nous assistons aux meurtres en direct. Des images inoubliables, circulent dans tous les foyers. L’horreur en direct.
Il est frappant de constater l’impuissance des grands de ce monde à imposer une paix juste et durable. Les résolutions votées par le conseil n’ont pas jamais été respectées par Israël. Les plus connues sont les résolutions : 181 (29 novembre 1947). Adoption du plan de partage : la Palestine est divisée en deux États indépendants, l’un arabe, l’autre juif, et Jérusalem est placée sous administration des Nations unies. » 194 (11 décembre 1948). Les réfugiés qui le souhaitent doivent pouvoir « rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et vivre en paix avec leurs voisins » ; les autres doivent être indemnisés de leurs biens « à titre de compensation ». 242 (22 novembre 1967). Le Conseil de sécurité condamne l’« acquisition de territoire par la guerre » et demande le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés ». Il affirme « l’inviolabilité territoriale et l’indépendance politique » de chaque État de la région. Les résolutions les plus parlantes sont les 250, 251,252, 267, 446, 468, 592, 605, 607, 608, 636, 641, 672, 673, 681, 694, 799, 904, 1322, 1397, 1402, 1405, 1435, 1515, 1544, 1850,1860…au total plus de 225 résolutions votées par le conseil de sécurité, jamais respectées. Rappelons que l’État d’Israël a été créé suite à une résolution du conseil de sécurité.
Pire, tous les dirigeants israéliens successifs ont, depuis les défunts accords, la conférence de Madrid en 91 et les accords d’Oslo en 93, agit en sous-main ou ouvertement pour rendre la solution de deux États irréalisable. Les agissements des dirigeants palestiniens de leur côté leur ont ouvert des autoroutes. Alors que tous les regards étaient tournés vers la “Judée-Samarie”, pièce maîtresse du Grand Israël que le courant messianique appelle de ses vœux, c’est désormais Gaza qui revient sur le devant de la scène.
L’asymétrie dans cette guerre est caricaturale à tous les points de vue. Israël est une puissance nucléaire avec un PIB par habitant supérieur à 50 000 USD, c’est un pays développé, de l’autre côté du mur ou des barbelés se trouvent des Palestiniens qui parfois prennent les armes les uns contre les autres et dont le PIB est d’à peine 3500 USD par an, avec un taux de chômage astronomique. Le monde occidental mené par les USA soutiennent de façon inconditionnelles Israël, les autres pays les palestiniens. Les écarts entre les votes du conseil de sécurité et ceux de l’assemblée générale de l’ONU illustrent les écarts de perception entre les pays. Les résolutions des assemblées générales sont souvent votées par 80% ou plus des pays de la planète alors que depuis quelques années les résolutions du conseil de sécurité les USA ou les pays occidentaux opposent systématiquement leur veto dès qu’une résolution condamne la politique menée par Israël. Et le fossé entre les deux, ne cesse de se creuser. Le chercheur libanais Gilbert Achcar dans le Choc des Barbaries – Terrorismes et désordre mondial– Collection « Points cardinaux » – Février 2017 tente une hypothèse « En dehors du monde occidental, on ne voit pas les Israéliens – je ne parle pas des juifs en général, mais bien des Israéliens – comme des héros ou des victimes, mais comme des colons, protagonistes d’un colonialisme de peuplement. Il faut donc sortir un peu de cette vision occidentale et essayer de voir les choses comme les autres peuvent les voir – ces autres qui sont la majorité de la planète ». Ce n’est pas la seule explication mais de toute évidence la réaction des uns et des autres face à ce conflit diverge de façon radicale.
Aujourd’hui B. Netanyahu, par ailleurs poursuivi en justice pour corruption, vient de le confirmer en déclarant ouvertement qu’il est le défenseur de l’occident dans la région et accessoirement il a ajouté que certains dirigeants arabes, ses amis, devaient craindre le pire en cas de défaite d’Israël. C’est simplement ediifiant.
Israël et les régimes autoritaires de la région, savent tous l’intérêt qu’ils peuvent tirer du palestino-israélien. Des décennies durant, la guerre a servi leurs intérêts. Il est sidérant de constater à quel point les discours sur ce conflit, des deux côtés ont été binaires partisans simplistes.
L’alignement total, à peine dissimulé, de l’Occident sur les positions israéliennes semble lui donner raison. Il offre une occasion rêvée à certains régimes pour rejeter, la démocratie, les Droits de l’Homme, la place de la femme dans la société, la liberté d’opinion, bref les valeurs universelles pour ainsi mieux réprimer leurs citoyens. Israël est perçu comme une colonie occidentale destinée à empêcher les pays arabes de se développer. Ce raisonnement disculpe les régimes de leurs fautes, puisque tous les malheurs du monde arabe serait dus à cette situation.
En Israël, l’effet est tout aussi grave, est-ce une guerre pour sauver de Netanyahu de la prison ? Pour renforcer l’emprise de l’extrême-droite sur le pays ? Pour autoriser l’extension des colonies dans les territoires occupés ? Ou encore pour mobiliser des milliards de dollars d’aide des USA ?
Dirigée par une droite extrémiste, Israël – avant le cataclysme du 7 octobre – ne cachait pas sa volonté de doubler le nombre de colons en Cisjordanie occupée. Après chaque guerre Israël s’est étendue, annexant chaque fois plus de territoires rendant ainsi “caduque” – pour reprendre un terme cher à Yasser Arafat – la viabilité d’un État palestinien.
L’injonction faite aux Palestiniens – pluie de bombes aidant – de quitter le nord de l’enclave est perçue par nombre d’observateurs comme un prélude possible à l’annexion du nord de la bande de Gaza, l’une des zones les plus densément peuplée et pauvre de la planète.
Même les arabes qui militent activement contre les courants islamistes, après le 07 octobre se sont sentis seuls.
La réalité est que cette guerre n’est pas celle du Hamas contre Israël mais un énième épisode de la guerre des Palestiniens contre Israël. Les victimes des victimes disait l’écrivain palestinien Edward Said des palestiniens, Elias Sanbar lui répond indirectement dans le Bien des absents « Nous avions l’habitude de dire : les Palestiniens sont les juifs des israéliens ; et s’ils étaient en réalité leurs Peaux-Rouges ? »
Arrêtons de nous voiler la face, il n’y aura jamais deux États, vous avez rendu cette solution impossible.
Des réalités qui découlent d’un conflit qui, ils le savent tous, n’a pas d’autres solutions que la paix.
Quand on est Arabe ou Juif, l’engagement passionnel pourrait être compréhensible, même s’il ne se justifie que partiellement, mais il est difficile de comprendre pour quelles raisons ce conflit clive l’occident et le reste du monde ?
Le déséquilibre criant des politiques occidentales en faveur d’Israël est perçu par la jeunesse de ces pays comme une injustice. Les conditions de vie des Palestiniens ne sont plus un secret pour personne. Les lignes bougent et la cause palestinienne gagne du terrain auprès des opinions publiques dans le monde.
Le désespoir des populations alimente les partis d’extrême droite.
Malgré notre rejet de l’idéologie de la haine jusqu’à quel point aurions-nous pu rester objectifs devant la mort des nôtres ? Aveuglés par la colère de grands humanistes, respectés, des artistes ont cédé à ces choix binaires, simplistes et se sont lancés dans des diatribes guerrières racistes. Une grande déception qui prouve la fragilité de leur attachement à la paix.
Depuis le 7 octobre, chacun a regagné son camp, quel que soit son attachement à la paix et il ne pouvait pas en être autrement, sans pour autant pour les femmes et hommes de paix céder à la facilité et soutenir le Hamas ou la coalition d’extrême-droite israélienne. Les crimes et les horreurs nous révulsent mais on refuse de perdre notre âme et de basculer dans le camp de la folie meurtrière. C’est peut-être là que se trouve la petite lumière d’espoir à laquelle on doit s’attacher dans cette nuit sans fin. Écraser et humilier l’ennemi est un raisonnement court-termiste qui ne fait que nourrir la soif de vengeance. Pourtant les politiciens vont-t’en guerre nous font croire que c’est la seule solution.
Toutes les parties ont agi insidieusement ou ouvertement pour couper la route à la solution de deux États. Ce faisant, elles ont alimenté le désespoir et la colère. Elles ont poussé les uns et les autres dans les bras d’extrémistes, et pourtant ! C’est précisément cette stratégie destructrice qui tôt ou tard débouchera, après bien des malheurs à la solution, une vie commune sur une terre commune, c’est tellement évident. Les ennemis d’aujourd’hui sont condamnés à vivre ensemble demain, ils n’ont pas le choix. Et d’ores et déjà des voix commencent à s’élever dans les deux camps pour dire que la guerre n’a jamais été et ne sera jamais une solution viable. Quand ces criminels vont-ils se lasser et laisser la place aux femmes et hommes de paix ?
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