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Invasion de Rafah : chronique d’un monde où tout est permis, sauf la vérité

On pourrait croire que l’Égypte a soudain redécouvert ses tribus bédouines. Une illumination. Un matin, Le Caire convoque cinq grandes tribus du Sinaï, leur invente une « Union des tribus arabes » et les célèbre dans une cérémonie si grandiose qu’on aurait dit un mariage royal. Tout ça pour quoi ? Pour les préparer non pas à accueillir des touristes, mais des Palestiniens chassés à coups de bombes. Il faut être prêt, dit-on. Le cynisme, lui, n’a jamais été pris au dépourvu.

Et puisqu’on parle de choses qui ne tombent jamais en panne, parlons de l’aide militaire américaine à Israël : 158 milliards de dollars depuis 1948. Un chiffre si vaste qu’on pourrait presque y loger deux ou trois solutions à deux États. Mais non : c’est une somme conçue pour une seule solution, celle où Israël doit toujours disposer de meilleurs jouets que ses voisins. Les États-Unis livrent un char à l’Égypte ? Très bien. Israël en reçoit deux, plus les pièces détachées. La paix ne passe pas par les négociations, mais par l’équilibre du catalogue.

L’Europe, elle, avance avec l’élégance d’un funambule qui traverse un champ de ruines en prétendant qu’il marche sur un fil.

L’Allemagne, pilier moral autoproclamé du continent, fournit 30 % des armes israéliennes. Antichars, munitions, technologies… on a tout le nécessaire pour « ne plus jamais ça », sauf apparemment quand le « ça » arrive à Gaza.

L’Italie jure arrêter les exportations après le 7 octobre. On aurait presque été émus, si les statistiques n’avaient pas confirmé que les bateaux continuaient d’appareiller. L’engagement moral dure désormais moins longtemps qu’un espresso italien.

La France, elle, raconte qu’elle n’exporte rien de létal. Qu’on se rassure. Les 100 000 pièces de cartouches autorisées fin octobre ? Non létales. Sans doute destinées à alimenter un stand de tir imaginaire. Le ministre jure qu’Israël « n’a pas le droit » de les utiliser. Ah, la magie française : vendre une arme et croire qu’une clause de non-usage arrêtera une guerre.

Le Royaume-Uni, enfin, se pavane au milieu de ses « processus rigoureux ». Des licences d’exportation à hauteur de 487 millions de livres ? Des composants pour les F-35 qui pulvérisent Gaza ? Tout est « rigoureux ». La morale britannique aussi, apparemment, est devenue une procédure administrative.

Pendant ce temps, le Canada, l’Espagne et les Pays-Bas tentent timidement de jouer les consciences du monde libre : l’un arrête sans vraiment arrêter, l’autre suspend tout en expédiant un dernier colis, le troisième bloque les pièces de F-35 et devient, sans l’avoir voulu, le héros d’un feuilleton diplomatique.

Et au milieu de cette grande comédie internationale, Rafah brûle.

L’Égypte se prépare.

Les Palestiniens n’ont plus où aller.

Et l’Occident, colonne vertébrale de l’effort de guerre israélien, continue d’assurer qu’il respecte le droit international.

Du moins, dans les zones où il n’est pas bombardé.

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