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Maghrébins sous soupçon : chronique d’un glissement français vers l’intolérance

Une époque sombre où la haine redevient un argument politique

Dans ces moments sombres de notre existence, où l’on assiste impuissants à la montée de la xénophobie, chaque prétexte devient bon pour attiser la haine envers les étrangers. Dans ce climat lourd, où l’humanité semble avoir oublié un passé pourtant récent, il est légitime de s’interroger : pourquoi les Maghrébins se sentent-ils aujourd’hui particulièrement ciblés ?

En France, le glissement d’une partie de la classe politique vers l’extrême droite est désormais manifeste. Des thématiques autrefois honteuses sont reprises sans retenue par les héritiers d’une droite qui se voulait républicaine, au mépris de ses propres principes.

Une obsession : les Maghrébins comme boucs émissaires

Toutes les occasions sont désormais saisies pour flatter les instincts d’une frange de la société qui peine à assumer son passé colonial. Dans ce « hit-parade » du rejet, les Maghrébins musulmans occupent une place de choix.

Ainsi, Karim Benzema serait — à en croire certains — un frériste dissimulé ; ailleurs, on menace de sanctionner les joueurs qui observaient simplement le Ramadan. Le débat tonitruant lancé par une figure montante de la macronie sur l’abaya à l’école est venu s’ajouter à celui du burkini qui avait, au début de l’été, déjà saturé l’espace médiatique.

Les polémiques sur les mosquées et les lieux de culte se succèdent. Plus grave encore : l’État a décidé de déconventionner le lycée Averroès, une sanction que Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, qualifie dans Le Monde d’inéquitable et disproportionnée, rappelant que son excellence académique est reconnue et que les reproches adressés à l’établissement sont mineurs.

Une agitation politique qui instrumentalise la mémoire coloniale

À cela s’ajoute la proposition, surprenante de la part d’un homme se voulant raisonnable comme Édouard Philippe, de renégocier des accords signés il y a 55 ans entre la France et l’Algérie, jugés trop favorables aux ressortissants algériens. Une agitation stérile : remettre en cause ces textes reviendrait à éroder les accords d’Évian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Cette idée absurde ne survivrait pas à l’épreuve du droit, mais elle rencontre un écho certain auprès d’un électorat avide de « gestes forts » contre les Maghrébins.

De même, le nombre de visas touristiques accordés aux ressortissants du Maghreb a été divisé par 2,2 en quelques années. On laisse croire que les difficultés d’application des OQTF seraient dues aux lenteurs consulaires maghrébines, alors que, dans la très grande majorité des cas, les retards sont imputables à l’administration française. Le ministre de l’Intérieur le sait ; il se garde pourtant de le dire.

Une loi immigration adoptée sous influence de l’extrême droite

Le franchissement du mur du son est venu avec l’adoption de la version dure de la loi immigration, grâce aux voix du Rassemblement National. La présidente du RN s’est immédiatement félicitée d’une « victoire idéologique », parfaitement alignée sur la logique de « préférence nationale ». Certes, cette loi ne vise pas spécifiquement les Maghrébins, mais nul n’est dupe : certains sont davantage visés que d’autres — disons, un peu plus que les Ukrainiens.

Un passé colonial non assumé qui empoisonne encore le présent

Les liens qui unissent les deux rives de la Méditerranée sont historiques, géographiques, culturels. Mais la colonisation, avec les centaines de milliers de morts qu’elle a coûtés au Maroc, à l’Algérie et à la Tunisie, a laissé des traces profondes. Le projet colonial, prétendument émancipateur, a exclu les Algériens arabes, maintenus pendant 132 ans dans le statut infâme « d’indigènes ». Ce passé douloureux impose un devoir de mémoire.

Au lieu de cela, nous assistons à la montée d’une haine polymorphe, parfois insinuée, parfois revendiquée.

Une réalité pourtant simple : des citoyens ordinaires, des vies ordinaires

L’immense majorité des Maghrébins que nous côtoyons au travail et dans la vie quotidienne sont des citoyens paisibles : médecins, ingénieurs, infirmiers, chauffeurs de taxi, vendeurs de légumes, restaurateurs, et même chômeurs — tous aspirent à s’en sortir, à réussir, à vivre dignement. Leur exil leur a été imposé par la vie, comme c’est le cas pour toutes les migrations.

Gérald Moussa Darmanin devrait le comprendre mieux que quiconque.

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