Les débats sur l’enseignement de l’arabe en France dépassent largement la sphère linguistique et touchent à des enjeux fondamentaux d’intégration sociale, culturelle et économique d’une partie non négligeable de la population française.
La marginalisation de l’arabe particulièrement visible à travers son absence dans l’espace public est source d’un sentiment d’exclusion destructeur chez de nombreux jeunes issus de l’immigration.
L’arabe, langue maternelle d’une part significative de la population immigrée, principalement d’origine maghrébine, reste marginalisé sur le plan institutionnel, reflétant un rejet initialement implicite, devenu progressivement explicite avec la montée des idéologies xénophobes.
De fait, les événements contemporains liés à l’extrémisme religieux peuvent être invoqués pour explique ce rejet, mais les relations historiques et politiques entre la France et le Maghreb, ainsi que la présence depuis plus d’un siècle d’une grande communauté maghrébine en France, font mentir cet argument. De tout temps, l’usage de l’arabe en France n’a pas été valorisé.
Il est indéniable que, depuis toujours, l’arabe a été associé dans l’imaginaire collectif en France à des stéréotypes négatifs, à des comportements perçus comme rétrogrades ou tout simplement à un mépris pour la culture des peuples colonisés. Il a toujours été malvenu sinon interdit de parler en arabe en public.
L’arabe est systématiquement confondu avec l’islam, ce qui évidemment ne justifie aucunement le rejet, mais engendre, qu’on le veuille ou non, des préjugés envers les personnes qui parlent cette langue.
Faut-il ici rappeler que l’arabe a été modernisé, sauvé, diront certains, par les prêtres maronites du Liban ? Ces derniers ont joué un rôle clé dans le mouvement de la Nahda au XIXe siècle, un renouveau intellectuel qui a modernisé le lexique arabe et permis son adaptation aux concepts contemporains. Le Collège d’Ain Warka, par exemple, a été l’un des premiers centres d’imprimerie en langue arabe au XVIIe siècle. Khalil Gibran, Jorge Zaydan ou Mikhail Nouaime des arabes chrétiens sont probablement les écrivains arabes modernes les plus admirables.
De toute évidence les représentations médiatiques de l’arabe en France ne reflètent pas la richesse culturelle et historique de cette langue.
Peu savent que cette langue a porté des avancées majeures dans les domaines scientifiques, médical, philosophique et intellectuels pour toute l’humanité. Au Moyen Âge, elle a été le véhicule de nombreuses innovations dans des disciplines comme la médecine, les mathématiques et la philosophie.
Pour revenir à la situation en France, nous sommes en droit de s’interroger pourquoi les débats publics autour de l’enseignement de l’arabe dans les écoles sont si vifs et toujours empreints de préjugés. Cette langue est injustement associée à quelques mots argotiques et aux banlieues.
En France, malgré une demande croissante, l’enseignement de l’arabe reste largement marginalisé. En 2017, seulement un peu plus de 10 000 élèves apprenaient l’arabe littéral au collège et au lycée, soit environ 0,2 % des élèves. À l’école primaire, ce chiffre tombe à un demi-millier d’élèves, selon les données officielles du ministère de l’Éducation nationale pour l’année scolaire 2017-2018.
Rappelons que le nombre de personnes d’origine arabe en France serait de 5 millions et d’environ 9 millions pour les personnes ayant une origine musulmane.
Le système éducatif peine à répondre à cette demande : le CAPES de 2024 n’a ouvert que 7 postes pour l’enseignement de l’arabe, sur un total de 127 postes pour toutes les langues vivantes confondues.
Le programme Enseignement de Langues et Cultures d’Origine (ELCO), bien qu’il permette à plus de 50 000 élèves de suivre des cours d’arabe hebdomadaires, reste limité. Organisé en dehors des heures scolaires, il est souvent critiqué pour son caractère périphérique et le contrôle exercé par des pays étrangers sur le contenu enseigné.
Dans ce contexte de nombreuses familles issues de l’immigration se trouvent contraintes de s’adresser à des associations culturelles ou religieuses pour initier leurs enfants à leur langue d’origine, ce qui ne va pas sans poser de sérieux problèmes.
Ce manque de reconnaissance institutionnelle contribue à un sentiment d’exclusion. Cette marginalisation a des conséquences directes sur l’identité des jeunes issus de l’immigration qui sont parfois moqués en France pour parler arabe ou, à l’inverse, critiqués dans les pays d’origine pour leur maîtrise imparfaite de cette langue.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la démarche d’enseigner l’arabe aux jeunes générations favorisera une meilleure intégration des élèves issus de l’immigration. La reconnaissance des liens historiques avec la culture arabe permettront de mieux intégrer cette langue dans le récit national.
Sur le plan économique, l’arabe constitue un atout stratégique majeur. Avec plus de 400 millions de locuteurs dans le monde, il est la cinquième langue la plus parlée au monde. La France, partenaire économique clé de nombreux pays arabophones, pourrait tirer parti d’un enseignement renforcé de l’arabe pour consolider ses positions sur des marchés stratégiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Intégrer l’usage de l’arabe dans les musées, les bibliothèques ou même les documents administratifs ne peut que favoriser une meilleure compréhension entre les différentes composantes de la société française.
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