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Gaza : Quand les chiffres deviennent insoutenables

Appelez cela comme vous voulez : guerre asymétrique, punition collective, nettoyage ethnique, apartheid. Mais les chiffres sont là. Et derrière eux, une réalité brutale : des corps déchiquetés, des familles anéanties, des enfants amputés, des villes rayées de la carte.

On peut débattre des mots, mais les faits sont têtus. Alors peut-être que les chiffres parleront davantage que les discours. Car ce qui se joue à Gaza dépasse l’indignation passagère. C’est une tragédie humaine d’une intensité rarement atteinte dans l’histoire contemporaine.

Une violence inédite, au mètre carré

Depuis le début de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza en octobre 2023, plus de 75 000 Palestiniens ont été tués, selon les Nations unies et les ONG internationales. Parmi eux, environ 70 à 75 % sont des femmes et des enfants. Cela signifie que chaque fois que dix personnes meurent, sept sont des civils vulnérables.

Ce chiffre, déjà vertigineux, devient vertigineusement précis quand on le rapporte à la taille de Gaza : 365 kilomètres carrés. Cela représente plus de 205 morts par kilomètre carré, soit l’une des densités de morts civiles les plus élevées jamais enregistrées dans un conflit depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais ce n’est pas tout. En moins d’un an, plus de 65 000 tonnes de bombes ont été larguées sur Gaza — soit en moyenne 178 tonnes de munitions par kilomètre carré. Imaginez une ville française sur laquelle on déverserait, au quotidien, l’équivalent explosif d’une petite bombe nucléaire. Gaza est aujourd’hui l’un des territoires les plus bombardés de la planète, avec une violence concentrée, continue, qui ne laisse ni refuge ni répit.

Une transposition glaçante : si Gaza était la France

Pour mieux mesurer cette catastrophe humanitaire, rapportons ces données à une population familière, celle de la France (environ 80 millions d’habitants).

– 75 000 morts à Gaza, c’est l’équivalent de 2 727 272 morts en France, dont 2 180 817 femmes et enfants. Soit l’éradication pure et simple de l’agglomération parisienne.
– 17 200 prisonniers palestiniens, dont plus de 3 000 en détention administrative sans jugement, correspondraient, à l’échelle française, à 261 538 détenus politiques.
– 75 % de la population déplacée de force, cela reviendrait à déplacer plus de 51 millions de Français, tout en rasant des villes entières : Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse.

À Gaza, les hôpitaux sont bombardés, les écoles transformées en abris sont visées, les ambulances visées, les soignants tués. L’ONU parle d’une famine organisée, d’un effondrement du système de santé, d’une désintégration de la société civile.

Ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies.

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils incarnent des enfants, des mères, des enseignants, des médecins, des écrivains. Des êtres humains que l’on efface. Derrière chaque nombre, il y a un prénom, une histoire, une voix.

Et cette voix, aujourd’hui, est ensevelie sous les décombres.

On ne détruit pas seulement des bâtiments. On détruit des avenirs. On détruit l’espoir. On fabrique chaque jour des milliers d’enfants traumatisés, des centaines de milliers de jeunes désespérés. Ce ne sont pas des terroristes en puissance. Ce sont des êtres humains à qui l’on a retiré toute humanité.

Le silence tue. Et nous en sommes comptables.

Ce que nous voyons à Gaza, c’est une politique de destruction systématique d’un territoire et d’un peuple. Et ce qui est en jeu, ce n’est plus une géopolitique régionale, mais l’idée même de droit, de justice, d’humanité partagée.

Il ne s’agit plus d’opinions divergentes. Il s’agit de faits, établis, documentés, vérifiables. Et ces faits engagent chacun de nous.

Parce que le silence, face à l’inacceptable, n’est jamais neutre.  
Parce que détourner le regard, c’est déjà choisir un camp.

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