,

« Israël a le droit de se défendre » : un principe à géométrie variable

Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, Israël a lancé une vaste offensive aérienne contre l’Iran. Deux cents avions ont bombardé des installations industrielles et militaires. Nom de code : Le Lion qui se lève. Quelques heures avant, Benyamin Netanyahou glissait devant le Mur des Lamentations un verset biblique : « Il ne se couchera pas sans avoir dévoré sa proie. » Le ton était donné. Ce n’était pas seulement une guerre : c’était une croisade.

Depuis des années, Netanyahou agite la menace iranienne comme un épouvantail. Il évoque un « danger existentiel », instrumentalise la mémoire du judéocide, transforme chaque désaccord stratégique en lutte du Bien contre le Mal. Cette rhétorique vise à verrouiller le débat intérieur, rallier les soutiens internationaux et justifier des frappes de plus en plus décomplexées. Mais cette fois, l’escalade pourrait bien faire basculer toute la région dans le chaos.

« Israël a le droit de se défendre » : cette phrase, prononcée par Emmanuel Macron est devenue un réflexe diplomatique, presque un automatisme. Elle dispense d’analyse, évacue les responsabilités, gomme les rapports de force. 

Mais posons la question simplement : de quoi Israël se défend-il aujourd’hui ? De l’Iran, puissance régionale affaiblie, sous embargo depuis des décennies ? De Gaza, territoire détruit, affamé, sans armée ni espace aérien ? De la Cisjordanie, qu’il occupe depuis 1967 en violation du droit international ?

Israël est la seule puissance nucléaire de la région. Son armée figure parmi les plus puissantes du monde. Et pourtant, il continue d’invoquer une menace « existentielle » face à des acteurs largement inférieurs sur le plan militaire. Le droit à la légitime défense, garanti par la Charte de l’ONU, suppose des critères stricts : proportionnalité, distinction entre civils et militaires, interdiction de la punition collective.

Cette offensive contre l’Iran n’est pas une surprise. Elle arrive à un moment clé : Netanyahou est politiquement fragilisé, contesté même dans son propre camp. Sa gestion de la guerre à Gaza est un fiasco, le sort des otages israéliens alimente la colère, et les scandales de corruption le rattrapent. En attaquant l’Iran, il espère rallumer l’unité nationale, détourner l’attention, repousser les échéances judiciaires et se repositionner comme le « garant de la sécurité » d’Israël. C’est une diversion stratégique qui met le monde entier en danger.

Israël ne se contente pas de répondre à des attaques : il anticipe, frappe, et transforme chaque opération en justification morale. L’histoire récente le confirme :

  • 1948 : expulsion de 750 000 Palestiniens (Nakba)
  • 1956 : offensive contre l’Égypte avec la France et le Royaume-Uni
  • 1967 : guerre « préventive » suivie d’une occupation illégale
  • 1982 : invasion du Liban, Sabra et Chatila
  • 2008-2023 : cinq offensives contre Gaza, sans armée ni défense aérienne

Ce n’est plus une simple guerre : c’est un engrenage. Gaza est dévastée, oubliée. La Cisjordanie continue d’être grignotée. Le Liban est bombardé. La Syrie, régulièrement frappée. Le Yémen, l’Irak, l’Iran : chaque crise devient un prétexte à intervention. Et pendant ce temps, les chancelleries occidentales récitent leur litanie, comme si le droit international ne s’appliquait plus qu’aux faibles.

Dans ce déséquilibre assumé, ce ne sont pas les États qui sont menacés : ce sont les peuples. Palestiniens, Iraniens, Libanais, Yéménites. Tous paient le prix d’une logique d’impunité, d’un ordre international à deux vitesses, d’un « droit de se défendre » devenu doctrine d’agression permanente.

Il ne s’agit pas de nier les enjeux de sécurité réels, ni de légitimer les régimes autoritaires et encore moins d’encourager la prolifération nucléaire. Mais il s’agit de refuser le deux poids deux mesures, l’hypocrisie, la cécité volontaire, et l’effacement du droit international sous les bombes. 

Il est temps, enfin, de poser la seule question qui vaille : jusqu’où laissera-t-on faire au nom du droit à… celui qui viole le droit international ?

Laisser un commentaire

Comments (

0

)