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Quand le Sénat traque des ombres pendant que la guerre se rapproche

Pendant que la France s’alarme des foulards et des cantines halal, les vraies crises frappent à sa porte. L’Europe s’affaiblit, la guerre menace, le climat se dérègle, et nos services publics s’effondrent. Mais rassurez-vous : nos sénateurs veillent, avec bravoure, sur le sort des collégiennes et des accompagnatrices scolaires.

Il fallait du courage. Une témérité rare. Une lucidité héroïque.

Face aux périls qui menacent la France – réchauffement climatique, inflation, services publics en coma artificiel – nos sénateurs ont osé désigner le vrai danger : une adolescente avec un foulard et un étudiant qui mange du poulet mariné.

Oui, Madame, Monsieur : la civilisation française tenait encore debout, et on vient d’identifier ce qui la faisait trembler sur ses fondations.

Le choc fut rude : ce n’était ni TotalEnergies, ni Amazon, ni la privatisation du monde. C’était Rahma, 14 ans, 1m53, moyenne en maths : 12.

Le rapport commence en fanfare : interdire le foulard aux mineures.

Pas pour embêter, évidemment. Pour « protéger ». Toujours ce vieux réflexe colonial recyclé façon start-up nation : on va te sauver de toi-même, ma petite.

Puis vient l’interdiction du jeûne : enfin une initiative révolutionnaire pour résoudre un problème qui n’existait pas. Bientôt, des brigades vérifieront que les collégiens ont bien mangé leurs calories républicaines.

Le clou du spectacle, ce sont les accompagnatrices scolaires voilées, ces commandos d’élite de la subversion culturelle armées… de sacs à goûter.

Le Sénat imagine qu’en visitant un musée, elles hypnotisent les élèves à coup de « chut, tiens ta casquette ».

Niveau Vigipirate : écarlate – risque imminent de sortie scolaire encadrée par une maman trop gentille.

Puis, dans un élan poétique, le rapport propose de rattacher les visas au ministère de l’Intérieur.

Pour empêcher un terroriste de commettre un attentat, quoi de mieux que de compliquer la vie d’un étudiant sénégalais brillant ? Daech tremble, l’Université Paris-8 beaucoup moins.

Et enfin, le chef-d’œuvre : désigner « l’ennemi ».

Pas le chômage, pas les multinationales, pas les dérives autoritaires. Non, l’ennemi, c’est « l’islamisme » – un terme tellement large qu’il englobe un terroriste, un couscous, un gamin qui fait son ramadan, ou une publicité avec une famille « un peu trop basanée ».

Le rapport parle d’« infiltrations », de « pyramides idéologiques »,d’ «entrisme ». On se croirait dans un roman policier écrit par quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds ailleurs qu’au café du Sénat. Pour les rédacteurs du rapport, un français musulman ne doit pas sortir de sa case, sa reussite sociale ou académioque est par définition suspecte.

À force de se croire résistants face à des élèves de CE2, on confond la République avec un anxiolytique collectif. Une République qui voit des ennemis dans ces citoyens pour des vêtements et des repas n’est plus une République : c’est une vieille dame qui crie à chaque ombre.

Mais ce ne sont pas les foulards ni les menus halal qui décident de notre avenir.

Pendant que le Sénat invente des guerres culturelles, la vraie guerre approche de nos frontières.

L’Europe vacille sous l’ère Trump, ses armées s’étiolent, sa souveraineté énergétique est une chimère, et le dérèglement climatique continue son œuvre silencieuse.

La désindustrialisation transforme nos villes en décors de musée vide, tandis que la haine en ligne, les inégalités et les extrêmes prolifèrent.

Hôpitaux agonisants, écoles épuisées, justice sous perfusion, transports délabrés… mais au moins, Rahma ne portera pas de foulard.

La France ne lutte pas contre l’islamisme.

Et c’est le plus grave dans l’histoire. Elle lutte contre ses angoisses, et utilise les musulmans comme punching-ball symbolique. Pour les terroristes c’est du pain béni, si j’ose m’exprimer ainsi, car pendant ce temps, les vrais ennemis de la République – misère, inégalités, fracture sociale, cynisme politique, inculture, haine en ligne – observent tranquillement le spectacle et murmurent : « Continuez comme ça. Nous n’avons même plus besoin de travailler. »

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