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Intifada : le droit des peuples occupés à se révolter

Le mot intifadasignifie en arabe « soulèvement », « secousse », ou encore « rejet ». Il incarne le refus d’un peuple de plier sous l’oppression, l’instinct de vie d’une société que l’on veut soumise et invisible. Mais dans les discours dominants en Occident, ce mot a été vidé de sa signification première pour être systématiquement associé à la violence aveugle, voire au terrorisme. Ce renversement du sens n’est pas seulement sémantique : il est profondément politique. Il permet d’effacer la question centrale — celle de l’occupation — et de délégitimer toute forme de résistance palestinienne. Parler d’Intifada vous disqualifie immédiatement.

Or, il est essentiel de rappeler que, selon le droit international, les peuples soumis à une occupation étrangère, à une domination coloniale ou à un régime raciste ont le droit de résister, y compris par la force. L’article 1, alinéa 2 de la Charte des Nations unies affirme que l’ONU a pour but de :

« Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. »

Ce droit est encore renforcé par la résolution 2625 (1970) de l’Assemblée générale des Nations unies, qui stipule :

« Lorsqu’un peuple est soumis à la domination coloniale, à l’occupation étrangère ou à un régime raciste, il a le droit de lutter pour la réalisation de son droit à l’autodétermination. »

Et la résolution 3314 (1974), définissant l’agression, précise explicitement que rien ne saurait porter atteinte :

« au droit à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des peuples privés de ce droit, notamment les peuples sous domination coloniale ou étrangère ou sous régimes racistes, ni à leur droit de lutter à cette fin. »

Dans ce cadre, les intifadas palestiniennes ne sont pas des épisodes de violence illégitime, mais des manifestations d’un droit reconnu par la communauté internationale. La première intifada (1987-1993) fut un soulèvement populaire, largement non armé, fondé sur des grèves, des boycotts, des manifestations, et une forme d’organisation communautaire admirable. La seconde intifada (2000-2005), plus violente, s’est produite dans un contexte d’intensification de la colonisation et de désillusion face à l’impasse du processus d’Oslo.

Philosophiquement, cette résistance interroge notre rapport à la violence et à la légitimité politique. Comme l’écrivait Frantz Fanon, dans Les Damnés de la terre, la violence des colonisés ne naît pas d’une nature barbare, mais d’une situation structurellement violente : l’ordre colonial repose lui-même sur la force, la dépossession, l’humiliation quotidienne. Fanon affirmait que le colonisé, en se révoltant, “restaure son humanité”. Pour Hannah Arendt, si la violence ne fonde jamais à elle seule un ordre politique légitime, elle peut surgir lorsque l’espace du politique est fermé, quand le droit est confisqué et que la parole est rendue impossible.

Ainsi, dénoncer la révolte sans dénoncer l’occupation, criminaliser la résistance sans condamner la colonisation, c’est refuser aux Palestiniens ce que l’on a reconnu à d’autres peuples : le droit de dire non à l’injustice. Ce droit n’est pas une faveur octroyée par les puissances — c’est un principe fondamental inscrit dans le droit et dans l’histoire des luttes de libération.

Face à l’enfermement, au blocus, aux colonies, aux démolitions de maisons, aux checkpoints, aux arrestations arbitraires, aux meurtres impunis, la résistance n’est pas un crime. Elle est un acte de dignité, un devoir de mémoire, et une exigence de justice.

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