Les régimes autoritaires ont souvent eu recours à une rhétorique basée sur l’absolue nécessité de loyauté envers la nation pour fédérer leurs partisans et discréditer leurs opposants. Cette stratégie, particulièrement efficace dans un premier temps, surtout en périodes de crises géopolitiques, offre aux autocrates l’occasion de renforcer leur mainmise sur leurs concitoyens. Les déclarations enflammées des souverainistes et autres nationalistes, qui manquent souvent de sens, trouvent des oreilles attentives dans les populations opprimées.
La réalité des relations internationales est révoltante. Il y a trop d’injustices et d’iniquités dans les relations internationales, mais ces discours identitaires ne font que du mal au pays, car ils génèrent des tensions inutiles en interne, nuisent à l’économie, alimentent les menaces de conflits et renforcent les pouvoirs des dictateurs.
Ironiquement, plus les dirigeants utilisent un discours identitaire excessif, plus ils semblent dépendants de l’étranger. Dénoncer une puissance peut souvent conduire à dépendre davantage d’une autre. Les dirigeants qui adoptent ce genre d’idéologie ne se privent jamais d’acheter des biens et services à l’étranger.
La mondialisation menée au pas de charge a été caractérisée par des chaînes d’approvisionnement globalisées et une dépendance accrue entre les pays. Les récents bouleversements géopolitiques, tels que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la crise sanitaire de la COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont mis en évidence ces dépendances. Notons au passage que la remise en cause de la mondialisation dans le système actuel, qui est basé sur la réalisation du maximum de bénéfices, revient en réalité à redistribuer les cartes pour faire encore plus de bénéfices.
Critiquer une décision politique ne signifie pas obligatoirement trahir son pays ou être vendu à une puissance étrangère. Les discours sur la souveraineté nationale sont souvent des manipulations politiciennes. Accuser l’autre de trahison au nom d’un patriotisme détourné doit éveiller le soupçon sur les véritables intentions de l’accusateur.
La loyauté envers son pays n’est pas une adhésion aveugle aux décisions du pouvoir politique en place. Parfois, c’est même le contraire que la loyauté impose. Malheureusement, de nombreux dirigeants populistes utilisent l’accusation de manque de « loyauté » pour réprimer leurs opposants et imposer des choix catastrophiques. Ces accusations, qui alimentent le repli identitaire, permettent aux leaders de masquer leurs échecs et leur absence de projets.
Dans un monde ouvert, n’en déplaise aux identitaires, le concept de loyauté a évolué. Il est engagements multilatéraux et régionaux contraignants, il est compétitivité. Dans un monde devenu un village global, privilégier les relations bilatérales traditionnelles au détriment des processus d’intégration régionale ou internationale est une erreur qui diminue la capacité de l’État à participer pleinement à la gouvernance mondiale.
La véritable loyauté doit être guidée par la responsabilité et la solidarité internationales. La pandémie nous a appris que tous les États sont exposés à des défis mondiaux communs tels que le changement climatique, les crises sanitaires, les crises migratoires ou encore les crises financières mondiales comme celle de 2007-2008.
La dérive nationaliste mondiale est dangereuse car elle met en péril la construction d’une communauté internationale cohérente et stable. Elle affaiblit la légitimité des organisations multilatérales, qui sont essentielles pour réguler les conflits et prendre en compte les intérêts collectifs.
Quel que soit l’avenir de la mondialisation, une transition vers une mondialisation plus coûteuse semble inévitable, et ce sont toujours les plus faibles qui en paieront le prix fort. Il est là le véritable défi pour les patriotes.
Plutôt que de s’enfermer dans des concepts dépassés, qui ne sont en fait que des artifices langagiers destructeurs, il nous faut faire confiance à ceux qui prônent une loyauté citoyenne orientée vers la construction d’un avenir commun.
Laisser un commentaire