D’après le secrétaire d’Etat américain à la défense, Lloyd Austin, la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza aurait causé la mort de plus de 25 000 femmes et enfants, le décompte des hommes tués est à part et dixit le député Habib Meyer « ce n’est pas fini ».
Après plus de cinq mois de massacres de civils, les Etats-Unis qui se sont enfin abstenus au Conseil de sécurité de l’ONU et ont permis l’adoption d’une résolution exigeant un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza. Ils avaient auparavant à plusieurs reprises émis leur veto contre les résolutions précédentes. La résolution adoptée le 25 mars par 14 voix pour, et une abstention, « exige un cessez-le-feu immédiat pour le mois du ramadan » – qui a déjà commencé il y a deux semaines – , devant « mener à un cessez-le-feu durable » et « exige la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages ».
Nous n’avons pas fini de souffrir devant les rares images qui nous parviennent de Gaza des intenses bombardements de civils désarmés laissent indifférents notre intellectuel qui se pavane dans les émissions radios et télévisées et fait la promotion de son dernier livre. J’imagine les réactions si un intellectuel palestinien avait osé parler du 7 octobre comme un acte de résistance à l’occupant. Pourtant, la lutte des Palestiniens, comme de tout être humain, pour leurs droits fondamentaux est une question existentielle non négociable.
Les Gazaouis sont devenus des survivants réduits à des âmes errantes en haillons, cachectiques, humiliés, courant dans tous les sens à la recherche de quelque chose à manger. Était-ce ainsi lors du siège du ghetto de Varsovie ? J’ai toujours appris qu’être Juif, c’est être du côté des opprimés !
Ce qui n’empêche pas Bernard-Henri Lévy d’affirmer que Tsahal est « l’armée la plus morale du monde ». Qu’elle ait ouvert le feu Le 29 février 2024, sur une foule affamée, provoquant un « massacre » qui a fait 110 morts et 760 blessés, principalement des femmes et des enfants qui s’étaient précipités sur des camions d’aide alimentaire ne l’interpelle pas plus que cela. Le bain de sang provoqué par Tsahal, et les hôpitaux bombardés seraient selon notre dandy des informations invérifiables ? Le calcul des rations alimentaires nécessaires à la survie ? Un détail. Les autorités israéliennes ont calculé que la ration quotidienne nécessaire pour éviter la malnutrition était de 2500 calories pour les hommes et de 2000 calories pour les femmes. Partant de ce calcul cynique qui rappelle des pratiques immondes, l’État hébreu a calculé qu’il ne devait autoriser l’entrée chaque jour que de 106 camions chargés de vivres et autres denrées de première nécessité et non de 400 camions comme c’était demandé par les agences d’aide humanitaire.
Ce mondain et défenseur des « causes justes » soutient dans son nième livre la « Solitude d’Israël » cette guerre. Il nous annonce « Le retour du mal radical. Un mal qui n’est lié ni à une volonté de puissance, ni à une querelle de nations, ni à rien. Le mal pour le mal. » Et prend pour argent comptant de fausses affirmations que même les autorités israéliennes n’osent pas défendre : »Égorger des femmes, les dépecer pendant qu’un autre les viole, pour le seul plaisir de le faire. » Il fait d’accusations jamais attestées par le moindre élément matériel des vérités historiques pour lui. Et Sciences-po serait selon lui devenue une porcherie islamo-gauchiste. Il reprend des faits démentis par les protagonistes même. Des femmes et des enfants tués de sang-froid sous nos yeux par de jeunes soldats armés jusqu’aux dents ou par des missiles téléguidés par intelligence artificielle. Ou cette séquence insupportable où l’on voit des chiens errants se disputer des restes humains…
Nous n’avons pas fini de pleurer devant les images de centaines de Palestiniens affamés qui se jettent à l’eau dans l’espoir de récupérer l’une des caisses d’aliments larguées par l’armée jordanienne en pleine mer. Beaucoup ne savaient pas nager.
La puissance militaire israélienne tant vantée par des médias n’est ni plus ni moins que le reflet des moyens mis à sa disposition par ceux-là même qui sous couvert de grands principes ont bloqué les résolutions appelant au cessez-le-feu.
L’incompréhension est totale entre l’Occident et le monde arabe. Le monde occidental peine à comprendre que la question palestinienne est centrale pour les Arabes du monde entier, même si leurs gouvernements font preuve de lâcheté. Aucun Arabe ne pourra être en paix tant que les droits du peuple palestinien seront bafoués. Il s’agit d’un engagement moral, politique et passionnel au-delà de la naturelle compassion. Comment faire comprendre aux Occidentaux que pour les Arabes, l’histoire n’a pas commencé le 7 octobre, mais en 1948 au moment où 750 000 Palestiniens ont été déplacés de leur terre pour y être remplacés par des Juifs venus d’Europe, voire en 1929 lors de la première révolte palestinienne. Les arabes ont traversé deux siècles de stagnation. Ils souffrent encore de cette période de coma où ils ont raté le train de la modernité.
L’immense majorité des habitants de la région ignorait tout de l’idéologie Nazi. La Palestine était colonisée et en dehors d’une élite, les Palestiniens étaient, à l’époque en grande partie, analphabètes. Les rappels fait systématiquement de la persécution des Juifs en Europe ne leur parlent pas.
Il ne s’agit de remettre en cause les horreurs subies par les juifs durant la seconde guerre mondiale. Bien au contraire, pour que les palestiniens comprennent leurs vis-à-vis il doivent enseigner aux enfants dans toutes les écoles les horreurs subies par les juifs européens durant la seconde guerre mondiale.
C’est probablement difficile à comprendre et même révoltant pour un occidental, mais les Arabes ne ressentent ni responsabilité ni culpabilité face à ces drames. Ils n’ont pas vécu l’Holocauste, il ne leur a pas été enseigné. Et pourquoi s’en étonner, longtemps cela a été le cas pour les occidentaux. Beaucoup n’ont compris qu’en 1985 et avec le film “ Shoah ” de Claude Lanzmann les horreurs qui se sont déroulées chez eux, parfois dans la gare qu’ils fréquentent tous les jours depuis leur tendre enfance.
Comment le monde ne parvient pas encore à réaliser que celui qui a commis le massacre du 7 octobre est le seul vainqueur de cette guerre, non seulement à Gaza, mais dans tous les pays arabes ?
Comment le monde ne voit-il pas qu’en punissant des innocents, en commettant des massacres, en affamant les populations, en coupant l’eau et l’électricité à des civils (cette dernière étant, en conditions “habituelles” avant le conflit, octroyée que quelques heures par jour), en déplaçant deux millions de personnes, Israël est en train de radicaliser des millions de jeunes Arabes ?
Je refuse de croire que les stratèges israéliens soient à ce point aveuglés par la colère et ne réalisent pas l’impact des manifestations d’une jeunesse mondiale en colère, de Kuala Lumpur à Bogota en passant par Londres, Berlin, Istanbul, Rome, New York, Detroit ou San Francisco, et même Tel Aviv. Accuser tous ceux qui sont contre cette guerre d’antisémitisme est en soi une insulte.
Cette politique de la terre brûlée annonce de grands malheurs à venir dans ce monde. Les dirigeants occidentaux doivent le comprendre, corriger cette injustice au nom de la simple humanité, mais aussi au nom de leurs intérêts à venir bien compris. Faute de quoi, ils seront les premiers à porter une lourde responsabilité devant le tribunal de l’Histoire.
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