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La fin de vie en Islam : un point de vue

C’est à Dieu qu’appartient tout ce qui est dans les Cieux et sur la Terre 

et c’est à Lui que tout fera retour“ (3 :109)

 “Et puis voici le vertige de la mort qui, du coup, fait apparaître le Juste. « Voilà ce que tu as toujours refusé d’admettre ! “ (50.19)

En Islam seul Dieu (Allah) est infini. Chaque créature, chaque individu, nation a une fin. Tous et tout s’acheminent vers un terme fixé d’avance par Lui. Dieu ne peut être comparé à personne, il est Le Seul à fixer et à connaître les tenants et les aboutissants des destinées individuelles et collectives. La soumission absolue à la volonté de Dieu est fondamentale en Islam.

Le médecin doit exercer son art dans des conditions qui maintiennent et le bien-être de la communauté puis celui de l’individu, ceci lui impose parfois des choix difficiles. 

L’Homme en Islam a été distingué par Dieu “Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam. Nous les avons portés sur terre et sur mer. Nous leur avons procuré d’agréables nourritures. Nous leur avons donné la préférence sur beaucoup d’autres de Nos créatures“ (17 :70).

Ainsi, l’homme n’est pas à l’image de Dieu, qui est unique, mais il en est le vicaire sur terre. Le concept de “vie bonne“ est très présent en Islam. Dieu ordonne à l’homme de mobiliser toute son énergie à trois niveaux : 

  • Personnel pour jouir des bienfaits que Dieu a mis à sa disposition sur terre « Dieu veut la facilité pour vous, Il ne veut pas, pour vous, de contrainte » (2 : 185) et ce dans le respect des limites fixées par Dieu.
  • Sur le plan sociétal “En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité et la libéralité envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensibles et la tyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. “(16:90). Dieu ordonne ainsi à chacun de faire le bien au sein de sa communauté.
  • Et enfin sur terre pour faire fructifier ce que Dieu a mis à sa disposition sans en altérer l’ordre harmonieux et parfait.

La question de la fin de vie nous conduit à envisager la question du libre arbitre en Islam. L’homme en Islam est responsable de ses choix Nous avons rendu tout homme responsable de sa destinée et, le Jour de la Résurrection, Nous lui présenterons un livre qui sera, sous ses yeux, étalé“ (17 :13). Hormis la remise en cause de la profession de foi (« Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu et Mohamed est son Prophète« ), l’Homme est libre de s’aventurer sur tous les terrains de la pensée. Il est utile de rappeler ici que l’Islam fait primer la raison sur le dogme. Toutefois il existe des subtilités et le principe d’autonomie ne peut être seul invoqué pour déterminer une conduite à tenir.

Enfin en Islam l’intérêt de la communauté doit primer sur toute autre considération, surtout lorsque les ressources sont limitées.

Cette introduction montre combien les sociétés musulmanes, sont actuellement confrontées à des valeurs éthiques et morales qui semblent contradictoires avec une lecture rigoriste de l’Islam. De fait la négation des réelles problématiques et le refus de positionnement, parfois même de réflexion ont freiné la prise de décision. L’Islam nous rappelle en permanence le caractère factuel de la mort. Il recommande sans cesse d’avoir à l’esprit l’impermanence des choses sur terre. S’il ne faut pas s’attacher à cette utopie qu’est la vie sur terre, il faut en profiter dans les limites fixées par Dieu. En rappelant que la mort est possible à tout instant, Il rend l’existence précieuse et réelle. Ce faisant Il nous incite à prendre soin d’autrui en luttant contre sa nature. 

La question de fin de vie en est l’illustration. S’opposent en apparence :

  • Les valeurs de respect de la volonté de Dieu, de respect de la dignité humaine, de solidarité, de justice sociale ;
  • D’autre part l’obligation de sauver et prolonger la vie ;
  • Lnécessité de limiter le traitement en fin de vie du fait d’un manque de ressources ;
  • Ou encore bien d’autres facteurs culturels, sociétaux masqués par le couvert de la religion. 

La mort est considérée comme un apprentissage de la sérénité, elle a un rôle éducationnel dans la société. Mais en Islam la culture de la mort est une culture de la vie et même de la survie. L’Islam a une vision ontologique de l’être, Heidegger le défini comme “être – pour – la – mort“. Avec l’Islam la mort n’est plus le « sans réponse », et la difficulté de continuer à dialoguer avec quelqu’un qui n’accepte plus le dialogue, se mue en une espérance. 

Voilà, les valeurs principales que nous devons mettre en avant dans ce débat. 

Et c’est donc, notamment à partir de ses enseignements et de ses révélations que se discutera la problématique de la fin de vie en Islam mais les approches anthropologiques de la fin de vie seront en permanence présentes. En effet si les valeurs de l’Islam sont claires les pratiques chez les musulmans différent d’une région à une autre en fonction des cultures préexistantes avant l’avènement de l’Islam.

Principes et règles en Islam

L’Islam est l’une des trois religions monothéistes Abrahamiques et fait grand cas de la raison. Les premiers versets révélés à Mohamed sont “Lis au nom de ton Seigneur qui a créé ! Il a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis!…Car Ton Seigneur est le Très Généreux Qui a instruit l’homme au moyen du Calame. Et il lui a enseigné ce qu’il ignorait » (96 :1-2-3-4). Le Coran constitue de fait le lien entre Dieu et la Communauté Musulmane.

Les versets du Coran sont un véritable faisceau d’enseignements rappelant à l’homme son origine. Ils soulignent que c’est Dieu qui l’a créé, qui lui a enseigné ce qu’il ignorait, et l’incitent d’être à l’étude, et à la recherche de la connaissance et du savoir afin de bénéficier pleinement des biens que Dieu a créés. “Il y a sur la terre et en vous-mêmes des signes pour ceux qui croient fermement Ne les voyez-vous pas ? Il y a dans le ciel les biens qui vous sont destinés et aussi ce dont vous êtes menacés“ (51 : 20.21.22). 

Paradoxalement l’image d’immobilisme projetée actuellement par l’islam s’oppose fondamentalement aux principes fondateurs de cette religion où acquérir la connaissance et la science est en soi un acte de piété et de dévotion.

Les sources du droit musulman :

« Le juriste musulman n’a pas du juridique une vision détachée du religieux. Le droit est religion appliquée, la religion est règle de droit » Yadh Ben Achour. 

En fait les sources de droit musulman sont contenues et dans l’ordre dans :

Le Coran : livre sacré de révélation Divine et paroles de Dieu dont le terme et la teneur ne doivent subir aucune altération.

La Sunna et le Hadith (Paroles, injonctions et comportement du Prophète.) transmis à travers certains de ses compagnons et consignés après un travail de recension très rigoureux. 

El Ijmaä et le Qyas ou effort collectif de la Communauté. Le consensus ijmaâ (sources émanant ou relevant du texte sacré ou de la Sunna). Il s’agit là de décisions prises par un aréopage de scientifiques connus et réputés concernant l’explication à donner à tel texte et décidant de l’application qui doit en être faite.

Le message du Coran

A la lecture du Coran nous trouvons des injonctions, des recommandations, des interdits, une morale, c’est-à-dire des règles de vie et de comportement dans la société. Ce qui en fait est reconnu comme ayant déjà transmis à l’humanité par la voix de précédents prophètes et de précédents livres révélés, notamment aux deux autres religions monothéistes : La Bible et l’Evangile.

Riche des commandements de Dieu et de sa raison l’homme est responsable d’orienter sa vie. Il sera jugé pour ses choix. Nous avons rendu tout homme responsable de sa destinée et, le Jour de la Résurrection, Nous lui présenterons un livre qui sera, sous ses yeux, étalé“ (17 :13)

Le concept de communauté en Islam :

En fin de compte parler de la fin de vie c’est aussi parler d’une organisation sociale, de ses règles face à la mort. Elle donne un sens à la vie communautaire. Il se trouve qu’en Islam le concept communautaire est quasiment mythique. Elle joue un rôle décisif dans la prise de décision. “Que de vous se forme une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, proscrive le blâmable : ce seront eux les triomphants“ (3:104). L’idée de communauté solidaire est très forte en Islam “Cette communauté est la vôtre, en tant que communauté unique“ (21 :92).

La solidarité sociale est une valeur cardinale en Islam. Elle est éthiquement et légalement obligatoire pour les musulmans : “Ils ne trouvent dans leurs cœurs aucune envie pour ce qui a été donné à ces émigrés, Ils les préfèrent à eux-mêmes, malgré leur pauvreté. Celui qui se garde contre sa propre avidité… Ceux-là sont les bienheureux“ (59 :9). La Zakat, qui est « la dîme » à payer sur ses revenus. Elle constitue l’un des cinq fondements de l’Islam. 

Par ailleurs il existe deux types d’obligations du fikh (loi) islamique : des obligations individuelles (intuite personnae) (fardh-aïn) et des obligations solidaires (fardh-kifaya). L’obligation individuelle concerne chaque croyant pris individuellement tel le jeûne du ramadan ou la prière. L’obligation solidaire constitue une obligation qui s’impose solidairement à toute la communauté, il suffit qu’un seul membre de la communauté l’assume pour que les autres en soient déchargés. Si personne n’assume cette obligation, tous les membres de la communauté en seront individuellement responsables. 

Dans l’éthique Islamique le bien-être d’un individu est intimement lié avec sa famille et communauté.

En conséquence, le principe d’autonomie ne peut pas être invoqué de prime abord pour déterminer une conduite. 

Il nous faut donc d’ores et déjà réaliser que dans une communauté aussi solidaire et même si chacun est responsable de ses actes, les décisions importantes reviennent de fait avant tout au groupe et non à l’individu.

Avis et Fatwas :

Tout musulman ou groupe de musulmans, parfois même un gouvernant peut à l’occasion d’un questionnement estimer avoir besoin de recourir à une personnalité religieuse en vue de solliciter son avis sur la légitimité vis à vis de la religion de certaines orientations. Il s’agit bien souvent de questions qui ne s’étaient pas posées auparavant et donc pour lesquels il n’y a pas de précédents.

Cette personnalité appelée mufti (jurisconsulte), doit en plus de sa connaissance approfondie du droit musulman, jouir d’une réputation d’intégrité, de moralité et de piété notoires, afin d’être crédible.

Après étude du problème posé, examen, analyse et interprétation des sources de droit précitées s’appliquant au cas d’espèce, puis le cas échéant après consultation des hommes de l’art (médecins en l’occurrence). Le mufti donne une « fetwa », sur l’orthodoxie du problème qui lui est posé, eu égard aux fondements de l’Islam. Une fatwa peut être l’œuvre d’un mufti unique ou le fruit d’un consensus de plusieurs muftis.

Le savoir en Islam :

L’Islam n’a mis aucune barrière à l’intervention des hommes sur la nature pour faire avancer les sciences. Mais la dignité de la personne est indissociable de son statut et la préservation du corps humain est un devoir « Oui, Nous avons créé l’homme dans la forme la plus parfaite » (95 :4). 

Le médecin ainsi que les thérapeutiques qu’il propose ne sont que les effecteurs de la volonté divine. Le contrat liant le médecin à son malade est donc une obligation de moyens et non de résultats. Le médecin est considéré comme porteur d’une science, d’une sagesse profonde et d’une morale certaine (Hakim). Cette morale découle forcement de l’observance des règles édictées par Dieu. Le rôle du médecin n’est donc pas celui d’un simple thérapeute, il est de celui qui dit la science laissant l’ultime décret à Allah.

Il est donc abusif de vouloir limiter le progrès sous couvert de la religion musulmane. Pourtant l’illettrisme véritable fléau dans le monde musulman est la conséquence et la cause actuellement de bien de malheurs dans le monde.

Intention et motivation : 

Selon un hadith très répondu toute action en islam bonne ou mauvaise est jugée à l’aune des intentions (Nawaya). Il est recommandé au musulman de toujours déclarer ses intentions, avant la prière, avant le jeune, avant le pèlerinage et avant tout acte. Du point de vue religieux la démarche essentielle reste l’intention (l’intention est une action de la volonté par laquelle on fixe le but d’une activité). Les motivations sont l’ensemble des causes, conscientes et inconscientes, qui sont à l’origine du comportement individuel. En Islam l’intention se différencie des motivations qui sont difficiles à cerner. L’origine des forces qui poussent (le motif) l’individu à agir n’est pas toujours intentionnel en revanche les intentions sont toujours conscientes. Même si l’intention n’est pas vérifiable, mais elle ne peut échapper à Dieu : “Allah connait la trahison des yeux, tout comme ce que les poitrines cachent“ (40 :19). 

Les règles d’application de la doctrine du double effet a été abordée avec précision à plusieurs reprises par les savants musulmans. Le soulagement d’un mal au risque de provoquer un autre sera abordé plus loin.

L’état de nécessité :

Mieux encore en Islam, l’éthique est un praxis, elle se plie à l’utilité, c’est-à-dire qu’elle la prend pleinement en compte dans un souci de complétude des éléments de la décision : “Dieu vous a indiqué ce qui vous est interdit, à moins que vous n’y soyez contraints, par nécessité. Ton Dieu connaît mieux que quiconque les transgresseurs. ” (6 :119). 

L’accent a été mis sur le principe d’Istislah (La promotion ou la recherche de ce qui est meilleur) par les penseurs musulmans. 

La règle de nécessité est un des fondements de la conduite des musulmans fait l’objet d’un consensus relativement rare à trouver. Rappelons que « L’état de nécessité est la situation de celui à qui il apparaît clairement que le seul moyen d’éviter un mal plus grand, est de causer un moindre mal ». L’Islam donne toujours la primauté à l’état de nécessité « Dharourate » sur les interdits « Mahdhourate ». 

Et la préservation de la vie est une injonction forte en Islam qui dépasse les autres considération la notion de « Maslaha » (utilité) autorise certains actes : le raisonnement se fonde sur le fait que si Dieu ordonne de préserver la vie humaine, il permet au nom de la solidarité et de la nécessité, d’enfreindre les interdits quand il s’agit de sauver une vie, n’est-il pas dit dans le Coran “O gens du Livre ! Ne sortez pas de la juste mesure dans votre religion et ne dîtes sur Dieu que la vérité“ (4 :171).

La maladie :

Le musulman considère que le mal, comme le bien, comme toutes choses, elles sont la traduction de la volonté de Dieu. « Quelle chance vous avez si vous mourrez en bonne santé ! « , a dit le Prophète. Invoquer une mort sans maladie, indique l’importance attachée à la vie saine dans la culture Musulmane. La bonne santé est une bénédiction de Dieu si bien qu’à chaque fois qu’on demande à un musulman, « Comment est votre santé ?  » Il répond toujours « Tout est grâce à Dieu ! « . Cette considération positive de la bonne santé suggère que la maladie est un mal qui doit être éliminé.

La maladie est une épreuve (Ibtilaa), le Prophète explique que le patient gagne des mérites sous ces tests et peut atteindre le rang d’un vrai partisan : « Quand le Dieu a l’intention de faire du bien à quelqu’un, Il l’afflige avec des épreuves « . Mais en aucun cas la maladie n’a un caractère punitif, elle doit donc être combattue par tous les moyens nécessaires. « Allah a certes fait descendre la maladie et le remède. Il a destiné un remède à chaque maladie. Aussi soignez-vous mais n’utilisez à cet effet rien qui soit interdit » (Hadith rapporté par Abou Daoud, 3376). D’autres hadiths comportent l’ordre de se soigner et précisent que le recours aux soins ne va pas à l’encontre de la confiance en Allah. 

En fait, la recherche d’un remède pour chaque maladie est fondée sur le fait que Dieu n’a pas créé la maladie sans aussi créer son remède. Le rôle principal d’un médecin musulman est de toujours fournir les soins, soulager la douleur et essayer de guérir si cela est possible. 

Le corps et la douleur :

La douleur est un instrument qui nous rappelle qu’en fin de compte nous appartenons et retournerons à Dieu. En conséquence, la douleur vue sous cet angle-là ne peut pas être pensée comme un mal.

Ô croyants ! Cherchez du réconfort dans la patience et la salât ! Dieu est, en vérité, avec ceux qui savent s’armer de patience“ (2 :153–57)

En effet, le Prophète a dit : « aucune fatigue, n’arrive à un Musulman, même si c’était la piqûre d’une épine, mais c’est Dieu qui le blanchit de certains de ses péchés  » Il a aussi prié : » O mon Dieu, ne laissez pas Votre test être la Cause de mon éloignement du droit chemin !  » autrement dit, un malheur (ibtilaa) est un test et il ne doit pas pousser une personne à perdre l’espoir parce que le désespoir provient du manque de confiance en Dieu, ce qui est blasphématoire. La douleur est une mise l’épreuve, elle doit être supportée avec patience et persévérance mais cela ne dispense pas le musulman de lutter activement pour la calmer.

Si en fin de vie une douleur sévère et non curable causée par une maladie peut servir comme un rappel de l’effet de privation de la bénédiction divine, elle ne doit pas pour autant être ignorée, au contraire elle doit être traitée, au nom de la dignité octroyée à l’homme par Dieu et maintes fois réaffirmée dans le Coran.

En fin de compte la douleur ne doit pas être souhaitée ou recherchée, elle n’a aucune valeur rédemptrice, mais la supporter en remerciant Dieu est considéré comme un acte de piété.

La fin de vie en Islam :

Le musulman est convaincu que le phénomène de la mort constitue un retour vers Dieu “ Nous appartenons à Dieu et c’est à lui que nous retournerons“.

La mort n’est qu’un passage entre la vie et une autre vie. La vie après la mort, la vie dans l’au-delà est très présente dans le Coran.

Le Seigneur peut récupérer ce don qu’est la vie au gré de sa volonté, à l’instant qu’il a décidé pour nous longtemps auparavant “Dis : « Eussiez-vous été dans vos maisons, la mort serait aller chercher dans leurs lits ceux sur qui c’était prescrit“ (3 :154). Il est recommandé de ne pas donc prendre la vie sur cette terre avec avidité, ni trop s’attacher à elle, le Prophète recommande “ Sois dans le monde comme si tu y étais étranger ou comme si tu passais sur un chemin“.

Cela étant accompagné naturellement par la conviction que la mort n’est pas une fin en soi, mais une transition vers une résurrection annonciatrice d’une vie future, éternelle. “Dieu est en vérité bon et miséricordieux envers les hommes. C’est lui qui vous a donné la vie, puis, il vous fera mourir, puis, il vous fera revivre.

Vraiment l’homme est un grand négateur“ (22 :66)

Deuil et rites funéraires :

L’Islam considère que le corps humain une fois son passage sur terre accompli, doit être inhumé dans les plus brefs délais “L’inhumation est le meilleur hommage que l’on puisse offrir au mort“ Hadith. En Islam le meilleur honneur qu’on devrait rendre aux morts est de les enterrer rapidement.

Le deuil en Islam ne doit pas durer plus de trois jours et les manifestations ostentatoires de tristesse ou de deuil sont considérées comme des actes de rébellions contre la volonté de Dieu. Le Prophète a dit “le mort est tourmenté par les vivants qui pleurent pour lui“. 

Le corps ne constituant qu’une enveloppe qui doit être respectée mais qui doit retourner à la terre dont elle a été pétrie. Le corps du cadavre est aussi respectable que celui du vivant. Il a droit au respect absolu ainsi qu’à une sépulture décente “Dieu envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère“ (5 :31). (Il s’agit de l’assassinat d’Abel par son frère Caïn).

L’inhumation du musulman constitue une obligation solidaire (fardh kifaya) c’est à dire qu’elle est à la charge de chaque membre de la communauté musulmane en cas de défaillance. Comme dans les autres cultures la mort renforce, ressoude le groupe au moins temporairement.

Les traditions en Islam réduisent les rites funéraires à leur plus simple expression. Les hommes se retrouvent égaux dans la mort, aucun apparat particulier ne distingue le riche du pauvre : un simple suaire fait de toile courante égale pour tous, quelque fut la richesse du défunt ou son omnipotence de son vivant, cette toile constituera le linceul, dans lequel il sera inhumé.

Après la mort le défunt continue à percevoir ce qui l’entoure. Il continue à avoir des sensations comme lors de la toilette mortuaire. Les proches sont en charge de celle-ci. Elle doit être minutieuse et parfaite. On ne doit pas dire du mal des morts, ni mentionner leurs fautes. On considère que les morts peuvent entendre les vivants dans certaines conditions. Les morts veulent rester en contact avec les vivants. L’âme du vivant rode autour de sa maison. Pour Al Ghazali le retour des âmes sur terre fait partie du châtiment de la tombe, plus on est attaché à ce monde plus grande est la souffrance de le quitter.

Le corps est enveloppé en un linceul blanc en coton sans couture est emmené au cimetière en silence par les hommes seulement, les femmes ne sont pas autorisées à assister à l’enterrement. On place le corps enveloppé dans son linceul à même le sol, couché sur le côté droit face dirigée vers la Mecque. Les tombes doivent être indiquées discrètement, il est en théorie interdit de bâtir les tombes. 

La première nuit dans la tombe fait particulièrement l’objet d’une littérature abondante, où un cérémonial de jugement se déroule en présence de deux anges (Munkir et Nâkir). Le châtiment de la tombe est un moment particulièrement pénible pour les impies.

Le Corps, l’esprit et l’âme :

En Islam l’individu se décompose en un corps : El Jism, un esprit : Ennafs et une âme : Errûh.

Bien qu’étant considéré que comme une enveloppe corporelle, le corps (El Jism) ne nous appartient pas, il ne doit subir ni mutilation ni même des tatouages ni avant ni après la mort.

L’esprit (Ennafs) est l’élément propre, individuel qui compose la personnalité de chaque individu. Il est d’une nature animale qui pousse l’individu au mal. L’esprit instigateur du mal“ (12 : 53) “Celui qui aura préservé son esprit de ses passions“ (79 :40) “Vois-tu celui qui prend sa passion pour son Dieu“ (45 :23) “Périsse l’Homme ! Comme il est ingrat ! “ (80 :17).

Lorsque le corps meurt, l’esprit retourne à Dieu. Les croyants choisis par Dieu auront des privilèges : “O toi, esprit apaisé retourne vers ton Seigneur, satisfait et agréé ; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis !” (89 :27 – 30). 

L’âme (Errûh) est le pneuma (“souffle“ en grec) que Dieu insuffle en chacun d’entre nous, l’âme a été créée par Dieu “Ils t’interrogent sur l’âme. Dis-leur : « L’âme relève de l’ordre exclusif de mon Seigneur et, en fait de science, vous n’avez reçu que bien peu de chose“ (17.85). Elle quitte le corps du défunt pour aller ailleurs jusqu’au jour de la résurrection.

La résurrection (Baath) est une certitude pour tout croyant, maintes fois affirmée dans le Coran. En revanche sa forme fait l’objet débats. “Oh J’en jure par le jour de la résurrection. Oh. J’en jure par l’âme prompte à s’accuser ! L’homme nous croit-il incapable de rassembler ses os ? Oh que Si ! Nous avons le pouvoir de rajuster jusqu’à ses phalanges“ (75 :1- 5). Beaucoup estiment que l’esprit et le corps seront ressuscités ensembles ; Sous quelle forme ? Ce qui est aussi certain, c’est qu’il n’y pas de métempsycose en Islam au contraire chaque âme est strictement individuelle.

Paul Ballanfat (P691) dans la Mort et l’Immortalité Editions Bayard dit “L’interrogation sur la mort fait dans l’Islam partie intégrante de l’affirmation de la reconnaissance de l’unicité, de la souveraineté et de la puissance de Dieu. La résurrection noue ensemble le destin individuel et collectif des personnes et le destin cosmique dans lequel se révèle le sens spirituel de l’histoire. En intégrant la destinée de chacun dans une histoire orientée vers la résurrection, on lui confère une signification par laquelle elle échappe à l’absurdité du temps qui passe. 

Le temps est linéaire et continu en Islam. L’ensemble de la condition humaine est de tendre vers sa fin, et le fidèle souhaite organiser sa vie en fonction de cette fin inéluctable qui est à la fois individuelle, universelle et collective. L’attente et la préparation de l’Heure jouent un rôle capital dans cette organisation. La fatalité de la mort doit nourrir l’inquiétude nécessaire à l’accomplissement des devoirs de la religion, mais son moment qui n’est connu que de Dieu, doit demeurer inconnu de l’homme“ 

Rien donc ne peut se faire contre le terme fixé par Dieu. On ne peut ni le précipiter ni le retarder. “Lorsque le terme de la vie est fixé, nul ne peut ni le retarder d’une heure ni l’avancer“ (16 :61).

Pour les musulmans chaque mort est une leçon de fidélité à Dieu. Elle renvoi l’homme à sa fragilité, à sa condition de créature et sa finitude lui permet de saisir la puissance infinie de Dieu.

Le monde ici-bas (Al Dunia) s’oppose à la vie éternelle (Al Akhira). La dernière demeure s’oppose à tout point de vue à la vie sur terre. Dans la vie sur terre le temps est linéaire alors que l’autre vie le temps fini par s’enrouler sur lui-même à l’heure de la restauration.

La vie éternelle se substitue à la vie sur terre. Lorsque ce changement survient tout retour en arrière est impossible, tout repentir ou rachat impossible. La conscience du temps qui passe est renforcée par l’idée que la mort interrompt toute possibilité de retour. La prise de conscience du caractère définitif du Jugement, à partir du moment où le temps, fixé à l’avance par Dieu aura été accompli. Rappelons qu’il n’y a pas de réincarnation en Islam pas de possibilité de rachat après la mort mais le rachat est offert à chacun jusqu’à l’ultime seconde de son existence sur terre. La durée déterminée de la vie, le caractère définitif de la mort et l’impossibilité de rachat sont essentiels.

Chaque musulman souhaite mourir chez lui et être conscient au moment de sa mort pour réciter la profession de foi (Chahada) qui aidera le jour du jugement à entrer au paradis. La mort loin de son foyer est vécue comme une agression par le musulman.

Lorsqu’elle la mort se présente, elle doit être accueillie avec satisfaction et espérance par les croyants mais il ne faut pas la hâter ni la souhaiter, ni chercher en elle un soulagement. “ La mort est le présent offert aux croyants“ a dit le Prophète.

Pour les musulmans l’âme sort de bouche du mourant, les descriptions du moment de la sortie de l’âme du corps et de l’ensemble du processus sont nombreuses. Les anges se chargent de transporter l’âme des croyants en un lieu où elles attendent le jugement dernier “Allah reçoit les âmes au moment de leur mort et celles qui meurent durant leur sommeil. Il retient celles à qui il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu’à un terme fixé“ (39 : 42). Entre le décès et la résurrection une période intermédiaire (Barzakh) se déroule. C’est un inter-monde, il sépare le monde sur terre et l’autre et interdit au mort tout retour sur terre. Il y a plusieurs lectures sur ce qui s’y passe. Pour la majorité les châtiments et les récompenses y commencent.

Pour les impies, les mécréants et les pêcheurs c’est des anges différents, moins sympathiques qui se charge de leurs âmes, qui sont aussi emmenées à un Barzakh moins accueillant en attendant le jugement dernier “Quand ils (les ennemis d’Allah) y (le feu) seront, leur ouïe, leurs yeux et leurs peaux témoigneront contre eux de ce qu’ils oeuvraient. Ils diront à leurs peaux : Pourquoi avez-vous témoigné contre nous ? Elles répondront : c’est Allah qui nous a fait parler, Lui qui fait parler toute chose ! “ (41 : 19-22)

La notion du jour du Jugement dernier des âmes occupe une place centrale en Islam. “Toute âme goûtera la mort, mais vous ne recevrez votre totale rétribution que le Jour de la Résurrection. Quiconque échappera alors à l’Enfer et entrera au Paradis aura trouvé la félicité. En vérité, la vie d’ici-bas n’est faite que de plaisirs éphémères“ (3:185)

Toute la vie du croyant est orientée pour réussir le passage lors de ce moment crucial. L’apocalypse où tout ce qui sur terre disparaitra sera suivi par un grand rassemblement des ressuscités “Quant aux morts, Allah les ressuscitera, puis ils lui seront ramenés“ (6:36) Dieu apparaitra, chacun sera appelé par le nom de sa mère et les anges remettront à chacun son feuillet où sont inscrites ses actions. Les balances (car il y en a plusieurs) pèseront les actes, il y a une symétrie entre les actes et leurs rétributions toutefois Dieu donnera plus de poids aux bonnes actions.

La fin de vie et l’acharnement thérapeutique :

Nous rapportons en annexes six décisions et fatwas se rapportant à la fin de vie. Elles ont été souvent dictées par la nécessité de définir la mort encéphalique mais chemin faisant elles ont abordé un grand nombre de sujets en rapport avec la fin de vie.

Il ressort de la lecture de ces avis que la Chariaa énumère les conditions permettant l’enlèvement légal de la vie (apostasie, meurtre…) et n’inclut pas l’euthanasie dans celles-ci. Comme nous l’avons vu la vie humaine est en soi une valeur absolue qui doit être respectée inconditionnellement “N’attentez pas à la vie de votre semblable, que Dieu a rendue sacrée, à moins d’un motif légitime. Pour quiconque serait injustement tué, Nous donnons à son ayant cause le droit d’exiger réparation. Mais que ce dernier ne commette pas d’excès en voulant venger la victime lui-même, car la loi est là pour l’assister“ (17.33)

Le concept d’une vie non digne d’être vécue est rejeté en Islam. Dieu éprouve (Ibtilaa) les hommes pour des raisons qu’il est seul à connaître. Toute être est digne de respect et toute vie mérite d’être vécue et la justification d’enlever la vie pour échapper à la souffrance n’est pas acceptable. La dignité est inhérente au statut d’humain et pas à autre chose. 

Selon un Hadith, le Prophète enseigne : « Il y avait un homme dans les temps anciens qui avait une affection imposant sa patience. Il prit un couteau, se coupa les veines et saigna jusqu’à la mort. Sur ce fait, Dieu dit que ce croyant avait précipité sa fin, Il lui refusa le Paradis ». “Nous avons rendu tout homme responsable de sa destinée et, le Jour de la Résurrection, Nous lui présenterons un livre qui sera, sous ses yeux, étalé“ (17 :13)

L’euthanasie active est donc fermement rejetée par l’Islam : « L’euthanasie, au même titre que le suicide, ne trouve aucun partisan excepté auprès des personnes athées qui pensent que le néant succède à cette vie sur terre ». La Chariaa ne reconnaît pas au patient le droit de mourir volontairement parce que la vie est un don divin et ne peut pas être terminé par aucune forme active ou passive d’intervention humaine et parce que son terme est fixé par un décret invariable divin. Comme tel, le suicide est jugé irrationnel et un acte qui ne doit pas être commis.

Une distinction entre le meurtre (euthanasie active) et la permission de mourir (euthanasie passive) est réelle. Au nom de l’Istislah une décision collective de ne pas prolonger la vie d’une personne malade après consultation avec toutes les personnes impliquées, est possible. L’Islam respectueux du savoir en appelle à l’ingéniosité du médecin pour faire la part entre soulager la souffrance et donner la mort. 

Comme cité précédemment, la recherche de soins reste obligatoire quelque-soit l’option adoptée. 

À l’occasion de plusieurs réunions tenues dans la Mecque, Djedda, Koweit et Amman, les juristes musulmans d’écoles différentes ont émis plusieurs avis qui vont tous dans le même sens, il est interdit d’abréger une vie mais si les médecins sont certains de l’inévitabilité de mort, ils ne doivent pas s’acharner à maintenir artificiellement la vie. Le Coran offre un rappel sobre des situations où les gens doivent reconnaître leurs propres limites et laisser la nature suivre son propre cours “Dieu accueille les âmes quand elles meurent, et quand elles sombrent seulement dans le sommeil. Il retient celles dont Il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu’au terme fixé. N’y a-t-il pas là des signes pour qui sait réfléchir ? “ (39 :42).

Le refus de reconnaître l’inévitabilité et l’aspect naturel de la mort pousse à des traitements plus agressifs est une transgression. Plusieurs versets rappellent que

Aucune âme ne peut quitter cette vie sans la permission de Dieu et en dehors du terme fixé. Celui qui recherche sa récompense dans ce monde, Nous la lui accorderons, celui qui désire obtenir la sienne dans la vie future, Nous la lui accorderons. Mais Nous traiterons avec faveur les âmes reconnaissantes. “ (3 :145), “Ô vous qui croyez ! N’imitez pas l’exemple de ces infidèles qui disent de leurs frères morts en voyage ou à la guerre : « S’ils étaient restés avec nous, ils ne seraient pas morts, ou ils n’auraient pas été tués. » Cette idée, Dieu a voulu en faire un sujet de chagrin pour eux, car, en réalité, Dieu seul donne la vie et la mort, et observe clairement tous vos actes. (3 :156), 

 “Tout être vivant goûtera la mort et c’est vers Nous que se fera votre retour “ (29 :57) “Dieu accueille les âmes quand elles meurent, et quand elles sombrent seulement dans le sommeil. Il retient celles dont Il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu’au terme fixé. N’y a-t-il pas là des signes pour qui sait réfléchir ? “ (39 :42).

Quand le traitement n’apporte plus de promesse d’amélioration, il ne doit plus être recherché. Ne doivent être inclus dans l’arrêt du traitement les besoins de base comme l’alimentation, l’hydratation, le nursing et la prise en charge de la douleur. 

Outre le refus d’acharnement thérapeutique, il y a, cependant, deux cas qui pourraient être Interprétés comme aide passive à la mort. Le médecin peut administrer et soulager une douleur qui pourrait raccourcir une vie. On est face à la théorie du double effet, principe théologique bien décrit par Thomas d’Aquin, mais dont la réalité médicale est très discutée.  Dieu juge l’intention et l’intention déclarée dans ce cas est de soulager la douleur. De la même façon la loi permet à un patient de refuser un traitement retardant la mort. Les juristes Musulmans reconnaissent comme légal le refus informé du patient compétent du traitement dans les circonstances où il n’y a aucune raison médicale à continuer la prise ne charge. Dans ce cas-là, la mort est considérée comme causée par la maladie.

En Tunisie :

En Tunisie une enquête a été menée auprès de 100 médecins spécialistes en formation dans les grands centres universitaires du pays. Le code de déontologie n’envisage pas clairement les cas de figure mais il aborde indirectement la question mais de façon incomplète : « Art. 36. Un pronostic grave ou fatal peut être dissimulé au malade. Il ne peut lui être révélé qu’avec la plus grande circonspection, mais il peut l’être généralement à la proche famille, à moins que le malade ait préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels elle doit être faite. ». Donner la mort relève du droit pénal « Toute personne qui aide, encourage, recommande ou permet le suicide d’un tiers est passible d’une peine d’emprisonnement… ».

Notre enquête a montré que le taux de réponses au questionnaire était de 76%. Concernant l’ancienneté des médecins, 51% avaient une expérience supérieure ou égale à deux ans alors que 49% avaient une expérience inférieure à deux ans. Tous étaient tunisiens et de confession musulmane.

Pour ce qui est des pratiques de d’abstention ou de limitation des soins pour les patients en fin de vie 89% affirment avoir été confrontés à une décision d’abstention thérapeutique et 52% d’entre eux pensent que la réflexion éthique lors d’une décision d’abstention thérapeutique n’est pas indispensable. 

Dans leur vécu une décision d’abstention thérapeutique ou de limitation des traitements a été prise collégialement avec toute l’équipe soignante dans 11%.

Dans 63%, la décision a été prise par seulement l’équipe médicale et même 15% elle a été prise que par un seul médecin. 

Concernant les modalités d’abstention ou de limitation des thérapeutiques, les médecins interrogés étaient à 84% pour ne pas intuber et à 79% pour l’arrêt des drogues vaso-actives alors que seulement 44% étaient pour l’extubation et 18% pour l’emploi des curares. 

Au sujet de la relation avec la famille, 25% n’informaient jamais la famille de la prise de décision d’abstention ou de limitation des thérapeutiques, 64% le faisaient parfois alors que seulement 11% le faisaient systématiquement.

L’absence d’une échelle de limitation des thérapeutiques a été relevée dans 87% des cas. La mise en place d’une échelle accessible à tous est souhaitée dans 84% des cas.

La modification des dispositions légales au sujet de l’abstention thérapeutique est demandée par 65% des médecins interrogés.

Cette étude montre que l’abstention ou la limitation des thérapeutiques dans les unités de réanimation en Tunisie est une réalité et que sa pratique est répandue. Toutefois, elle souffre d’un manque d’homogénéisation des pratiques et d’un déficit de communication avec les malades et/ou leurs proches et au sein même des équipes de réanimation.

Analyse personnelle :

Je n’ai fait qu’essayer de retranscrire le plus fidèlement possible le point de vue de l’Islam. Il y aurait beaucoup à dire sur les lectures et interprétations du Coran. Le monde musulman est loin d’être homogène dans ses lectures et ses interprétations aussi bien dans le temps que dans l’espace. Beaucoup de traditions et de légendes locales ont été reprises par les populations islamisées. Même dans la péninsule arabique les rites de l’Islam originel ont été en grande partie inspirés de la période anté-islamique.

Plusieurs lectures peuvent être faites des versets du Coran. En effet dans le Coran la vérité est souvent plurivoque et le recours à la technique de l’estampage est fréquent.

Comme dans toutes les religions, l’eschatologie est très présente et la volonté de maitriser le néant, les angoisses métaphysiques de la mort est très présente.

Enfin la parole de Dieu, les préceptes de la religion, tous les écrits sont une chose, les pratiques en sont une autre. Le monde musulman s’étend du sud est Asiatique à l’Atlantique, autant de cultures, de PIB, de problèmes démographiques, de déficit en démocratie, en droits de l’homme.

Conclusion

Dans Islam, la vie est un don de Dieu qu’il faut préserver à tout prix. Nous sommes les simples dépositaires de nos corps que nous devons préserver en bonne santé à tout prix. Le corps n’est que le réceptacle de l’esprit et de l’âme, il doit retourner à la terre dont il est issu. La dignité d’une personne est indissociable de son statut d’humain. Voici les grands principes sur lesquels s’est basée notre réflexion.

La mort est inéluctable et le médecin ne peut ni l’avancer ni la retarder, même s’il peut en avoir l’illusion. La douleur n’a pas aucune valeur rédemptrice, il faut la combattre, mais celui qui a souffert sera gratifié par Dieu. L’intérêt de la communauté prime sur celui des individus et la solidarité est une valeur cardinale. Le libre choix et l’autonomie ne peuvent être absolues. La demande d’euthanasie ou d’arrêt ou de limitation des thérapeutiques doit être interprétée un appel au secours et non une volonté de suicide. L’euthanasie active ou le suicide assisté par le médecin sont jugés comme des actes de désobéissance contre Dieu. Examinés à l’aune de la religion, il s’agit de meurtres. Cependant quand tout espoir est perdu, le traitement et le soulagement de la douleur ou le fait de retirer un traitement avec l’intention de permettre à une personne de mourir sont permis tant qu’il y a eu une concertation entre les différentes parties concernées et que seul le bien-être du patient a été pris en considération. Nos actes seront jugés sur les intentions.

Ces sujets ne sont pas correctement pris en charge dans le monde arabo-musulman. Pourtant le développement de la médecine et l’augmentation de l’espérance de vie ont entrainé une réelle demande. 

Comme dans le reste du monde, les soignants de culture arabo-musulmane le souci d’associer le “care”, le prendre-soin, au “cure”, au soigner. Cependant, force est de constater que le sous-développement économique, l’absence de cultureeffective des droits de l’homme, la faible reconnaissance des droits des malades, la faiblesse des ONG de défense des droits des malades, la mauvaise interprétation des préceptes religieux et même un certain degré d’exploitation politique de la religion, associés à la faiblesse de la loi et l’absence de structures de soins palliatifs, la pauvreté, et la difficulté de l’accès aux soins représentent pour tout soignant et tout croyant autant de défis formidable qu’il faudra bien affronter et surmonter.  Les réunions, échanges et colloques tels ceux de ce jour sont des instants précieux partagés entre hommes de bonne volonté tournés vers cet objectif de manière résolue.

Annexes

Fatwas et Décisions

1- Décision N° 17 Relative à l’emploi des appareils de réanimation : La revue de l’Organisation Islamique (n°3, j 2, p.523)

Le Conseil de l’organisation Islamique des Sciences Médicales réuni en la session de son troisième congrès à Amman – Jordanie – 11-16 Octobre 1986.

Après avoir débattu des divers aspects concernant les appareils de réanimation et après avoir reçu des explications détaillées de la part des médecins spécialistes en la matière,

Décide ce qui suit :

Et considérée charaïquement morte avec toutes les conséquences de fait et de droit toute personne qui présentera l’un des deux signes suivants :

  • Si la respiration et le cœur se sont définitivement arrêtés de fonctionner et que les médecins aient jugés que cet arrêt n’était pas susceptible de rétablissement.
  • Si toutes les fonctions du cerveau se sont arrêtées définitivement, et que les médecins spécialistes en la matière aient jugés que cette situation était irréversible, et que le cerveau ait commencé à se détériorer.

Dans ce cas il est permis d’arrêter les appareils de réanimation même si certains organes tel que le cœur par exemple continue à fonctionner machinalement sous l’action d’appareils.

2- Dans les cas de limitations ou arrêts des thérapeutiques actives, une limite a été fixée par une résolution du Conseil de l’Académie Islamique du Fiqh en 1986. Ainsi en accord avec les grandes orientations des comités internationaux d’éthique médicale, la recommandation est formelle pas, il ne faut pas s’acharner à maintenir artificiellement la vie s’il n’y a pas d’espoir avéré de guérison. Une telle attitude se veut néanmoins en harmonie avec les principes universels de préservation de la vie. Elle tient compte des effets pervers des possibilités offertes par les développements techniques et scientifiques.

Comme nous l’avons vu plus haut la chariaa insiste sur l’intention et les contraintes conjoncturelles pour déterminer ses lois. La loi concessionnelle, “Erroukhsa“ permet aux croyants de transgresser un interdit ou de délaisser un devoir dans des cas bien précis (Al Dharoura et Al Mahdhourat). Sous certaines conditions celui qui transgresse l’interdit ne commet pas de péché. Dans les cas complexes il est recommandé de s’en remettre aux autorités compétentes, à savoir le corps médical.

3- Le Code Islamique de Déontologie médicale, approuvé par la Première Conférence Internationale de Médecine Islamique au Koweit en 1981 est plus tranchant : « L’euthanasie, au même titre que le suicide, ne trouve aucun partisan excepté auprès des personnes athées qui pensent que le néant succède à cette vie sur terre». Dans le cas de fins de vie, l’Islam en appelle à l’ingéniosité du médecin pour faire la part entre soulager la souffrance et donner la mort. 

Comme cité précédemment, la recherche de soins est obligatoire selon certains. Quand le traitement n’apporte plus de promesse d’amélioration, il ne doit plus être recherché. Ne doivent être inclus dans l’arrêt du traitement les besoins de base comme l’alimentation, l’hydratation, le nursing et la prise en charge de la douleur. 

4- Une Décision des organismes inter islamiques en date du 4 Août 1988 et ayant une valeur de « fetwa-cadre » intitulée : « L’utilisation par une personne de l’organe d’une personne vivante ou morte » et qui émane du Conseil de l’Académie des sciences du Fikh Islamique (CASFI) reprend l’essentiel de toutes les fetwas. 

Les Critères à partir desquels le droit musulman considère une personne morte avec toutes les conséquences de fait et de droit que cela puisse entraîner sont d’après cette décision, un arrêt total et définitif des fonctions respiratoires et cardiaques ou un arrêt total et définitif de toutes les fonctions cérébrales y compris celle du tronc. Le CASFI, ainsi que l’Organisation Islamique des sciences médicales (OISM) ont donné cette définition de la mort et cité de même les cas où l’on peut arrêter les instruments de réanimation.

5- La définition type de la mort est a été rappelée par l'(OISM) lors de son premier congrès en Décembre 1996 au Koweït. 

Cette définition est conforme à la résolution du Conseil du Fikh Islamique N°5 lors de sa réunion d’Octobre 1986 à Amman (Jordanie) confirmée et à celle du même Conseil réuni à La Mecque (Arabie Saoudite).

Donc pour les Fukahas (les savants) la mort est l’abolition simultanée, totale et irréversible de toutes les fonctions encéphaliques et /ou des fonctions respiratoires et cardiaques.

6- Mokhtar Sellami (ancien grand Mufti de Tunisie) dans son avis publié dans la médecine sous la lumière de la foi – Dar El Gharb El Islami P.77

Les organes vitaux de l’individu sont : le cerveau, le cœur, les poumons, les reins ainsi que la circulation sanguine.

Il résulte de cette définition que la réanimation est une catégorie de soins qu’assume un médecin spécialisé en la matière, ou un groupe de médecins dans le but de sauver la vie d’un patient dont l’état où il se trouve entraînerait inévitablement la mort faute de soins appropriés. 

Au vu de l’analyse faite, la situation du patient appelé à bénéficier de la réanimation serait comparable à celle d’une personne traînée par les vagues et ne sachant pas nager, ou à celle d’une personne ensevelie sous des décombres et qui ne peut être sauvée sans assistance extérieure.

Le secours, étant dans ces deux cas, jugé comme étant une obligation à la charge de toute la communauté, qui en reste responsable jusqu’à prise en charge par un ou plusieurs individus. Dans ce cas la responsabilité de la Communauté sera dégagée il s’agit en droit musulman d’une obligation solidaire : fardh kifaia.

En ce qui concerne la réanimation, il en découle :

  • Primo : L’obligation de former des spécialistes en réanimation.
  • Secundo : La mise à la disposition de ces praticiens du matériel et des produits nécessaires à l’exercice de leur activité.
  • Tertio : Le devoir du spécialiste ou du groupe assurant les soins, étant l’attention à porter au patient de manière à assurer le but recherché. Et toute omission ou manquement volontaire à cette charge entraîne leur responsabilité eu égard à cette défaillance.

Quand pouvons-nous donc arrêter le processus ? 

Trois situations distinctes sont envisageables :

  • Premièrement : Les organes du patient se remettent à fonctionner normalement.
  • Deuxième cas : Le cerveau ne répondant plus. Il s’agit là d’une situation de décès, auquel cas il n’y a plus lieu à continuer les soins intensifs.
  • Troisième cas : Le cerveau ainsi que le cœur ont cessé de répondre et n’ont plus aucune réaction.

Il est nécessaire de recourir aux méthodes d’investigations validées scientifiquement pour confirmer la mort.

Les états végétatifs :

Il se peut dans ce cas que le cerveau cesse de réagir, alors que les autres organes continuent à fonctionner grâce à une réanimation intensive. Les moyens de suppléance artificiels qui supplient aux défaillances des organes vitaux. Cette situation peut perdurer un mois, deux mois…La vie a cessé sans espoir de retour, c’est alors la vie végétative. Le centre névralgique de commande étant détruit, il ne reste qu’une forme de vie artificielle ou végétative. Cette situation n’est rendue possible que suite à l’intervention du praticien. Elle présente ainsi une apparence de vie mais elle est en réalité dépourvue des attributs essentiels de la vie a été traitée par les anciens : L’Imam Malek Ibn Anis (fondateur du courant Malékite le plus important) juge que si le nouveau-né qui ne pousse pas de cris à la naissance n’est pas considéré vivant même s’il urine ou s’il bouge. C’est à dire que la seule respiration ne prouve la vie du bébé que si elle est accompagnée de pleurs.

Dans ce cas, quel est donc l’avis quant à l’arrêt de la réanimation ? 

L’arrêt de la réanimation dans ce troisième cas ne peut à mon avis être jugé uniformément. “Dieu veut alléger certaines de vos obligations, sachant bien que l’homme a été créé faible“ (4 :28)

Il y a lieu de distinguer :

  • Primo : Si le matériel dont on se sert pour préserver la vie du patient dont le cerveau ne réagit plus, est nécessaire pour un autre qui en a besoin. Il n’y a pas lieu à hésitation nous arrêterons les machines prendrons en charge le patient encore en de vie et à qui ces moyens seraient profitables.
  • Secundo : Si les frais engagés par cette réanimation sont à la charge d’un crédit général destiné au traitement de tous les malades. Ce qui est le cas pour les Etats qui ne disposent pas de grands moyens. Il y a lieu d’arrêter ces dépenses et de se servir de ce crédit pour les malades en état de vie.
  • Tertio : Au cas où l’on disposerait des fonds, du matériel et des spécialistes de réanimation. Faut-il persévérer dans cette réanimation intensive jusqu’à détérioration complète de tous les organes vitaux ? Ou faut-il arrêter les soins dès le constat de la mort encéphalique ? Les médecins disent que si le cerveau non irrigué est considéré comme mort, et que si l’on arrête les machines de réanimation tout s’arrête. On pourra donc déclarer la personne morte à partir de la mort du cerveau avec tout ce que cette situation pourra comporter comme conséquence de fait et de droit, pour l’héritage, ou le délai de viduité par exemple.

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