Paris, le 21 novembre 2021
Pour Taieb, 18 ans à peine et fraîchement bachelier en juin 2021, ainsi que pour de nombreux autres jeunes tels que Nour, Youssef, Malek, l’année universitaire 2021-2022 s’annonce comme une année blanche. Bien qu’ayant été dûment inscrits via Parcoursup dans des universités françaises, et malgré la stabilité de l’emploi de leurs parents citoyens tunisiens et des revenus fixes, ils ignorent toujours pourquoi le sésame nécessaire à leurs études en France leur a été refusé.
La campagne présidentielle de 2022 en France semble avoir démarré sur des bases controversées. Les thèmes de la pandémie, de la dette publique, du chômage, du réchauffement climatique et du pouvoir d’achat ne semblent pas susciter l’enthousiasme populaire ou générer le buzz souhaité. En revanche, la question migratoire, particulièrement en ce qui concerne les Arabes, souvent confondus à tort avec les islamistes, s’érige en sujet phare.
Dans un contexte où chaque candidat propose sa propre approche, allant de la suspension du regroupement familial à la réduction du nombre de visas délivrés, certains vont même jusqu’à proposer des expulsions massives ou le nettoyage au Karcher des cités. L’immigration devient le bouc émissaire de tous les maux, associée à la destruction de l’hôpital public, au chômage et au déficit de la sécurité sociale.
Cependant, une observation plus attentive dévoile une réalité contrastée. Les contributions des Mohamed, Nejla, Hichem, Ahmed, et bien d’autres, qu’ils aient été formés dans leurs pays d’origine ou en France, sont indispensables à la prospérité du pays. Ils créent de la richesse, payent des impôts et contribuent à la renommée des institutions françaises. Leur présence devrait être considérée comme un apport précieux plutôt que de nourrir des préjugés et des stéréotypes.
L’approche simpliste de lier chaque problème à l’immigration, tout en exploitant des sentiments refoulés tels que la xénophobie et le racisme, est dénoncée. Les discours politiques, qu’ils viennent de la droite, de la gauche ou du centre, semblent jouer sur une palette de nuances, mais le fond reste souvent le même, rares étant ceux qui osent nager à contre-courant.
Il est impératif de mettre de côté les instincts primitifs et de considérer la réalité. Les plaies de la société française peuvent obscurcir la vision des plus généreux, mais il est crucial de reconnaître la contribution positive de millions de personnes d’origine maghrébine qui vivent, travaillent et respectent les lois de la République.
Les solutions préconisées, telles que la réduction du nombre de visas délivrés, ne font que punir collectivement des citoyens qui n’ont aucune responsabilité dans la situation actuelle. Les reproches faits aux gouvernants, comme le refus de délivrer des laissez-passer consulaires (LPC) par les pays du Maghreb, sont contestables. Il est nécessaire de considérer les accords bilatéraux, les conventions internationales, le droit des étrangers et le respect des libertés individuelles.
En abordant la question de l’immigration avec davantage de nuances, en mettant en lumière les conditions de travail dans les centres de rétention administrative (CRA) et en reconnaissant les causes variées des échecs à l’éloignement, la classe politique française pourrait adopter une approche plus juste et humaine.
Au-delà des enjeux politiques, il est essentiel de reconnaître les liens historiques qui unissent les peuples des deux rives de la Méditerranée. Simplifier les relations complexes entre la France et les pays maghrébins risque d’attiser les ressentiments de part et d’autre, alimentant ainsi les discours de discorde.
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