« Tu es restée silencieuse le 7 octobre. » Quelques semaines après l’attaque du Hamas contre des soldats et des civils israéliens, une de mes connaissances relatait sur Facebook avoir reçu ce message d’une amie. J’ai également fait l’expérience de cette surveillance de l’expression de la sympathie envers les victimes israéliennes, ma réaction ayant été jugée trop tardive. J’étais horrifiée, mais également paralysée et désespérée.
Je me sentais paralysée en réalisant combien le choc suscité par le massacre orchestré par le Hamas était rapidement exploité, alimenté par une surenchère d’allégations mensongères – « bébés décapités », « femmes enceintes éventrées », « bébés placés dans des fours » –, dans le but d’exacerber la soif de vengeance. Cet événement a servi à justifier les bombardements sur Gaza, débutés dès le 7 octobre, qui ont rapidement mené à ce qui pourrait être qualifié de génocide du peuple palestinien. Comme l’a souligné Naomi Klein, Israël a « transformé le traumatisme en arme de guerre ».
Mon désespoir découle d’une prise de conscience soudaine : la justice pour les Palestiniens, tant attendue par ceux qui, comme moi, suivent la situation en Israël-Palestine depuis des décennies, ne viendrait jamais.
Les bombardements sur Gaza et l’extermination de familles, notamment lors des offensives de 2008-2009 et de 2014 ; la répression de la Grande marche du retour en 2018, où des snipers israéliens ont tué 223 manifestants ; le meurtre d’Ahmad Erekat en 2020 ; l’assassinat de la journaliste Shireen Abu-Akleh en mai 2022 ; l’expulsion de Nora Sub Laban de son domicile à Jérusalem en juillet 2023, avec l’arrivée de colons qui jetaient ses meubles à la rue, sont autant de tragédies qui n’ont pas ému l’opinion publique ou la classe politique.
L’indifférence, qui avait prévalu pendant des années, a été brusquement remplacée par une vague d’émotion le 7 octobre, avant de se retirer aussi rapidement, alors que les souffrances des Palestiniens s’intensifiaient.
Il est inacceptable que la dignité humaine et la valeur de la vie soient accordées, sur un même territoire, à une seule partie de la population. Le tri effectué par les médias et les dirigeants occidentaux, qui distinguent les victimes dignes de chagrin de celles qui ne méritent pas d’attention, me rappelle les anciennes photographies de l’URSS où la censure effaçait les figures tombées en disgrâce.
Cette situation est d’autant plus révoltante qu’elle déforme la réalité des rapports de force. Beaucoup en viennent à penser que ce sont les Israéliens qui souffrent, alors que la réalité est tout autre. Une amie ayant étudié en Allemagne relatait qu’une autre étudiante lui avait demandé sérieusement : « Les Palestiniens ont envahi Israël, non ? » Cela témoigne des comparaisons absurdes entre Israël et l’Ukraine, alors qu’Israël joue le rôle de l’agresseur.
Depuis un an, ceux qui suivent la situation en Palestine, principalement via des journalistes palestiniens sur les réseaux sociaux, sont quotidiennement confrontés à des images déchirantes. Chaque jour, des photos d’immeubles détruits, d’enfants blessés, de corps piégés sous les décombres, de malheureux en détresse, de soldats israéliens pillant des maisons – tout cela forme un tableau insoutenable. Les récits tragiques se multiplient, illustrant une violence inouïe à Gaza, où des massacres se produisent à un rythme effrayant.
En octobre, le journaliste Wael Al-Dahdouh a appris, en direct, la mort de sa femme et de deux de ses enfants. En novembre, une femme âgée a été tuée alors qu’elle tenait la main de son petit-fils brandissant un drapeau blanc. Au fil des mois, les atrocités se sont succédé : des enfants tués, des familles décimées, des violences insupportables.
Malgré l’ampleur de ces tragédies, peu de choses ont marqué les esprits au-delà du massacre du 7 octobre. L’insensibilité à la souffrance palestinienne s’est manifestée dans des interviews où des Palestiniens endeuillés sont interrogés sur la condamnation des actions du Hamas, soulignant l’absurdité d’une telle demande face à la perte de leurs proches.
La perception biaisée des violences est un reflet de l’indifférence généralisée. Les massacres, les viols, et les souffrances des Palestiniens semblent être moins dignes de réprobation que les actes commis contre des Israéliens. Cela soulève des questions sur la valeur de la vie, qui ne devrait pas être conditionnée par l’identité des victimes.
Il est crucial de réévaluer notre compréhension des événements. Les souffrances palestiniennes ne doivent pas être éclipsées par des discours de justification ou d’équivalence. Il est impératif d’appeler à la cessation des massacres et de dénoncer les injustices sans tergiverser, en reconnaissant pleinement la souffrance de tous les peuples concernés.
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