Pourquoi observe-t-on un silence relatif sur d’autres crises, comme celles du Soudan et du Yémen, ou sur la situation des Ouïghours, tandis que le conflit en Palestine occupe une place prépondérante dans le débat médiatique ?
Cette interrogation, fréquemment soulevée par les journalistes à l’égard des défenseurs de la cause palestinienne, mérite réflexion. La réponse pourrait s’avérer moins complexe qu’il n’y paraît. L’histoire du Moyen-Orient, marquée par des décennies de conflit, transcende les frontières d’un seul territoire.
Chaque conflit possède ses particularités, mais celui-ci résonne profondément avec l’identité et les valeurs des individus. Les pays occidentaux, se présentant comme des champions des droits humains et de la démocratie, ont conféré à cette guerre une dimension morale, symbolisant un affrontement de valeurs et une responsabilité historique : l’opposition entre le bien et le mal, le progrès et l’archaïsme, l’Occident et le reste du monde.
Ainsi, l’Occident, dans son approche ethnocentrique, interprète ce conflit comme une lutte entre « Barbares » et « Civilisés », une vision qui simplifie à outrance la complexité historique et sociale de la situation.
Les figures éminentes du journalisme international traitent souvent la question palestinienne avec une condescendance palpable. Le discours dominant est souvent réducteur, présentant le conflit comme un affrontement binaire, ignorant ses racines profondes dans un passé de colonisation, de résistance et de quête de dignité. Les voix plaidant pour les droits des Palestiniens sont fréquemment décrites avec mépris, accusées de partialité, détournant ainsi l’attention des injustices persistantes.
La position de chaque acteur est également façonnée par son histoire. Les sociétés ayant vécu la Shoah et celles qui en sont restées éloignées ne peuvent réagir de manière identique face à ce conflit. Pour de nombreux peuples du Sud, historiquement colonisés et n’ayant pas connu la Shoah, ce conflit symbolise la souffrance du peuple palestinien dépossédé de sa terre. En revanche, pour les pays occidentaux, il s’agit souvent de tenter de corriger des erreurs passées, en feignant ignorer l’existence même des Palestiniens.
Les conséquences de ces divergences de perspectives dépassent largement le cadre palestinien, engendrant des tensions régionales et exacerbant la fracture entre l’Occident et le reste du monde, ainsi qu’à l’intérieur même des sociétés occidentales.
Au sein d’un même pays, les luttes de classe se manifestent à travers les positions adoptées. L’alignement des uns et des autres témoigne d’une prise de conscience grandissante de l’injustice subie par les Palestiniens. Des voix s’élèvent pour demander justice, non seulement pour le peuple palestinien, mais aussi pour toutes les victimes d’oppression. Le mouvement est mondial et pourrait offrir une opportunité pour redéfinir les relations entre l’Occident et le reste du monde, plaçant les droits humains au cœur des préoccupations politiques.
Ce conflit transcende également les enjeux de classe sociale. La France, désormais à la traîne par rapport à d’autres nations européennes telles que la Belgique, l’Espagne ou l’Irlande, a été critiquée pour son approche à l’égard de la « punition collective » infligée aux Palestiniens. Cette complaisance envers le gouvernement d’extrême droite, israélien trouve ses racines dans un tournant amorcé par Nicolas Sarkozy, poursuivi par ses successeurs, notamment un certain Manuel Valls, motivé par deux affirmations fallacieuses : l’appartenance d’Israël à l’Occident, faisant fi des Juifs séfarades et la lutte contre une menace, l’ »islamisme », faisant croire que tous les Palestiniens sont des islamistes. Oubliant au passage que le Parti communiste palestinien est l’un des plus anciens partis communistes arabes et qu’il a été, à certains moments, majoritaire notamment à Gaza.
La communication a reposé sur deux thématiques :
la dénonciation des « barbares terroristes », forcément musulmans,
et la « lutte contre l’antisémitisme ».
Une occasion unique pour continuer à dénigrer la gauche. Les médias occidentaux, ceux qui sont entre les mains des puissances financières, ont relayé cette version pour le moins mensongère, contribuant à la déshumanisation des victimes palestiniennes et affaiblissant la gauche.
Les droits humains, auquel l’Occident se réfère, semble devenir une illusion. Israël, avec le soutien inconditionnel des États-Unis, méprise les résolutions onusiennes et viole les conventions internationales, poursuivant une stratégie visant à rendre Gaza inhabitable, soutenue par des intentions qualifiées de génocidaires par les instances internationales. Les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le Premier ministre israélien Benyamin Natanyahu et son ex-ministre de la Défense, Yoav Gallant, représentent une étape significative dans cette guerre.
Les choix politiques de la France ont exacerbé les tensions avec les peuples du Sud de la Méditerranée et notamment l’Afrique francophone, et la fracture sur cette question en fait partie. Elle est palpable au sein de la société française.
Au-delà des souffrances humaines, la guerre en Palestine constitue une étape sombre dans la division du monde, où désormais seule la force prévaut.
Ainsi, l’interpellation des journalistes concernant l’engagement pour la Palestine repose sur une méconnaissance de la portée cruciale de ce problème, qui unit, comme ce fut régulièrement le cas, les peuples opprimés, la gauche et les démocrates, tant dans la région qu’au-delà. Bien que les conflits au Soudan ou au Yémen, et le traitement des Ouïghours, soient des tragédies humanitaires nécessitant une attention soutenue, la guerre à Gaza persiste dans les esprits, en raison de son impact sur la conscience collective et les relations internationales.
Il est impératif que l’Europe, et en particulier la France, ne s’aligne pas sur la position des Etats-Unis et reconsidère sa position en arrêtant de vendre des armes à Israël. La complaisance envers les actions israéliennes, perçue comme une alliance stratégique, ne doit pas occulter l’urgence de rétablir un dialogue fondé sur le respect du droit international. Ignorer cette réalité pourrait alimenter des ressentiments, potentiellement sources de futurs conflits internes.
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