365 jours après le 7 octobre

Le lendemain du 7 octobre 2023, j’affirmais que ce cataclysme avait le potentiel de modifier profondément les équilibres régionaux. Ce que je n’aurais jamais pu anticiper, c’est que, douze mois plus tard, la situation serait encore plus critique. Israël se retrouve aujourd’hui confronté à sept fronts : au sud, le Hamas ; au nord, le Hezbollah ; à l’est, une intifada latente en Cisjordanie ; en Syrie et en Irak, une multitude de groupes terroristes ; plus loin, les houthistes du Yémen ; et enfin, l’Iran, maître de tous ces acteurs. Une prouesse stratégique est nécessaire pour se retrouver dans un tel enlisement.

Il est important de passer rapidement en revue les responsabilités engagées. J’ai déjà évoqué celle de Benyamin Nétanyahou dans ma précédente tribune. Quant à Yahya Sinouar, le dirigeant du Hamas, et à l’ancien chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, leur idéologie djihadiste les a rendus insensibles aux réalités de leur adversaire. Malgré leur connaissance de la langue hébraïque et de la situation israélienne, ils n’ont pas compris les fondements de la puissance israélienne, tirant des conclusions erronées de ses faiblesses temporaires. Nasrallah a un jour déclaré qu’Israël, bien que puissant, était « plus faible qu’une toile d’araignée ». Or, un quart de siècle plus tard, cette toile d’araignée a fini par l’étouffer.

La question cruciale demeure : peut-on encore sortir par le haut du marasme dans lequel l’attaque barbare du 7 octobre 2023 a plongé la région ? Oui, à condition de garder à l’esprit trois éléments essentiels. Le premier est que le retour à la situation antérieure est inenvisageable. La personnalité toxique de Nétanyahou et sa politique destructrice obscurcissent la cause profonde de notre situation : la présence à nos frontières de proto-États armés dont l’objectif est notre élimination. Bien que l’on puisse se moquer de la « victoire totale » que Nétanyahou promet, il est indéniable qu’il faut neutraliser leurs capacités d’agression.

Le second élément concerne les modalités de ce changement de paradigme. La force est un moyen indiscutable. Après le 7 octobre 2023, il est impératif de démanteler les structures militaires et politiques du Hamas, tout en modifiant radicalement la dynamique face au Hezbollah. Il est légitime de se demander pourquoi, durant deux décennies de gouvernance de Nétanyahou, Israël a laissé ces entités djihadistes se renforcer. Le massacre du 7 octobre a contraint le gouvernement israélien à revoir sa stratégie.

Cependant, la force à elle seule ne suffit pas ; elle doit s’accompagner d’une démarche politique. En effet, si le vide laissé par les djihadistes n’est pas comblé, ils resteront en place, affaiblis mais toujours présents. Malheureusement, pour des raisons politiques, Nétanyahou refuse d’envisager cette solution, ce qui explique pourquoi Israël remporte des batailles, mais semble perdre la guerre.

Le troisième élément crucial pour une résolution positive de la situation est une implication forte et déterminée des États-Unis et de leurs alliés. Ils savent ce qu’il faut faire, et il existe même un « plan Biden » à cet égard. Ce plan préconise d’abord un cessez-le-feu à Gaza, que même l’armée israélienne appelle de ses vœux, consciente des limites de son opération. Un cessez-le-feu permettrait la libération des otages israéliens encore en vie et donnerait à l’Autorité palestinienne l’opportunité de reprendre le contrôle du territoire avec le soutien d’une force multinationale, principalement arabe. Par conséquent, un cessez-le-feu à Gaza pourrait désamorcer la situation explosive au Liban.

Cette désescalade ouvrirait la voie à un processus diplomatique visant à rétablir la souveraineté du Liban sur son territoire, soutenue par une armée nationale renforcée et une force internationale efficace. Elle permettrait également de régler les contentieux le long de la « ligne bleue » sous l’égide de la France et des États-Unis et de faciliter le retour des déplacés israéliens. En outre, un cessez-le-feu à Gaza pourrait favoriser une normalisation rapide avec l’Arabie saoudite, ainsi qu’une alliance régionale anti-iranienne. Cela impliquerait cependant de relancer des négociations de paix avec les Palestiniens, marquant le début d’un « nouveau Proche-Orient », comme l’avait envisagé Shimon Pérès.

Pour que cela se concrétise, Washington et ses alliés doivent changer de stratégie. Les efforts de persuasion de l’administration américaine sont souvent jugés décevants. Biden et son secrétaire d’État, Antony Blinken, expriment leur frustration, mais tant que Nétanyahou privilégiera sa base plutôt que les pressions extérieures, aucune avancée ne sera possible.

La France prendrait l’initiative d’une telle démarche. Je garde espoir, même si, comme on dit aux États-Unis, je ne retiens pas mon souffle. Il est essentiel de comprendre la portée historique de cette lâche abdication : il s’agit d’une non-assistance à des peuples en danger.

Cette non-assistance, en effet, pourrait avoir des répercussions dramatiques sur la stabilité de la région. En laissant les acteurs djihadistes s’installer durablement, on risque de créer un terreau fertile pour l’extrémisme et la violence. La passivité face à ces menaces ne fait qu’encourager l’idée que la force est le seul langage compris par ceux qui cherchent à déstabiliser l’ordre établi. Ainsi, la communauté internationale doit se réveiller et agir avec détermination.

Le renforcement des capacités militaires d’Israël ne doit pas être envisagé comme une fin en soi, mais comme un moyen d’initier un dialogue constructif avec ses voisins. La dissuasion doit s’accompagner d’une volonté sincère d’engager des discussions sur des solutions durables, qui prennent en compte les aspirations légitimes des Palestiniens et des autres populations de la région. Ignorer ces réalités ne fera qu’enliser davantage le conflit et retarder la paix.

De plus, il est impératif que les pays arabes, notamment ceux du Golfe, prennent conscience de leur rôle crucial dans cette dynamique. Leur soutien pourrait s’avérer déterminant pour établir un équilibre qui bénéficierait à toutes les parties. Les nations arabes doivent non seulement condamner la violence, mais aussi s’engager activement dans des initiatives de paix, en offrant des solutions concrètes et en jouant un rôle de médiation.

Un aspect souvent négligé est l’importance de l’éducation et de la sensibilisation des jeunes générations. La lutte contre l’extrémisme doit passer par des programmes éducatifs qui prônent la tolérance, la coexistence pacifique et le respect des diversités culturelles et religieuses. En investissant dans l’avenir des jeunes, on peut espérer réduire les tensions et bâtir une société plus harmonieuse.

Enfin, la réconciliation entre les différentes factions palestiniennes est essentielle pour donner une voix unifiée à la population. Les divisions internes ne font que renforcer l’emprise des groupes radicaux et affaiblir la légitimité des efforts de paix. Un mouvement de réconciliation pourrait permettre de créer un front commun pour aborder les négociations avec Israël de manière constructive.

En somme, la situation au Proche-Orient nécessite une approche holistique, alliant force et diplomatie, avec une implication active des acteurs régionaux et internationaux. Si les leçons du passé sont prises en compte, il est encore possible de tracer un chemin vers une paix durable, évitant ainsi à la région de sombrer davantage dans le chaos et la violence.

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