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Les principales idées du discours de Thomas Sankara

Le discours prononcé par Thomas Sankara en 1987 devant les dirigeants africains réunis à Addis-Abeba constitue un plaidoyer aussi courageux que lucide contre le joug de l’endettement qui étouffe le continent africain. Sankara y dénonce avec force le système international inique qui maintient l’Afrique dans une dépendance écrasante envers ses créanciers occidentaux.

D’emblée, le leader révolutionnaire burkinabè s’insurge contre le faible intérêt que portent de nombreux chefs d’État africains aux sommets de l’OUA, préférant se précipiter dans les capitales européennes lorsqu’ils y sont conviés. Sankara propose alors d’instaurer un système de sanctions à l’encontre de ceux qui boudent ces rendez-vous africains, afin de valoriser la participation assidue des pays les plus engagés dans la voie de l’émancipation.

Abordant ensuite la question brûlante de la dette extérieure, Sankara affirme avec véhémence qu’elle trouve son origine dans la longue histoire de la colonisation et du néocolonialisme. Les États africains n’ont pas contracté ces emprunts de leur plein gré, mais les leur ont été imposés par leurs anciens maîtres coloniaux qui contrôlaient alors étroitement leurs économies. De ce fait, Sankara considère que les pays africains ne sauraient être tenus pour responsables de cette dette illégitime.

Réfutant l’argument moralisateur selon lequel le remboursement de la dette serait une question de dignité, Sankara rétorque que la morale des riches n’a rien à voir avec celle des pauvres. Aux yeux du leader burkinabè, ce sont au contraire les plus nantis qui sont les plus grands voleurs, exploitant sans vergogne les masses populaires, tandis que les plus démunis ne dérobent que par stricte nécessité de survie.

Dès lors, Sankara appelle avec force les pays africains à refuser catégoriquement de rembourser cette dette qu’il juge totalement illégitime. Pour ce faire, il préconise la création d’un « Club d’Addis-Abeba » rassemblant l’ensemble du continent africain, afin de faire front uni face à la pression des créanciers. Cela permettrait d’éviter que chaque État ne soit assassiné individuellement pour avoir osé se rebeller contre le diktat de l’endettement.

Au-delà de la seule question de la dette, Sankara plaide également pour un désarmement des pays africains, considérant que les armes achetées servent avant tout à s’entretuer entre frères du continent, plutôt qu’à se défendre contre d’éventuels ennemis extérieurs. Il appelle en outre les pays africains à renouer avec l’autosuffisance alimentaire et à privilégier le développement de leurs marchés intérieurs, plutôt que de demeurer dépendants des importations.

Ce discours visionnaire prononcé trois mois seulement avant son assassinat témoigne de la volonté farouche d’indépendance et d’émancipation de Thomas Sankara face à la domination néocoloniale. Malgré son jeune âge, le leader burkinabè fait preuve d’une lucidité remarquable sur les mécanismes d’exploitation du continent africain par les pays riches, à travers notamment le système pernicieux de l’endettement.

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