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Qu’est-ce qu’être démocrate ?

Le pouvoir du peuple 

Depuis l’Antiquité, les philosophes, à l’instar de Platon, ont scruté les contradictions inhérentes à la démocratie, s’interrogeant sur ce paradoxe fondamental : comment peut-on confier un pouvoir à un souverain sans trahir le peuple, qui ne peut se gouverner directement ?

Platon (428-348 av. J.-C.)

Dans son ouvrage *La République*, Platon s’interroge sur le destin inévitable de la démocratie, souvent synonyme de tyrannie. Il y dépeint quatre formes de gouvernement : l’aristocratie guerrière, l’oligarchie, la démocratie, et la tyrannie, affirmant qu’elles ne sont pas simplement des choix alternatifs, mais qu’elles s’enchaînent selon un cycle historique. La démocratie, fruit de l’aspiration à l’égalité d’une nouvelle génération lassée par l’oligarchie, émerge lorsque la passion d’égalité l’emporte sur les vertus aristocratiques. Toutefois, Platon met en garde contre la nature instable de ce régime : l’homme démocratique, selon lui, est souvent indiscipliné et incapable de défendre la cité.

John Locke (1632-1704)

Dans son *Second Traité du gouvernement civil*, Locke aborde le droit à la révolte. Il explique que les révolutions ne naissent pas de passions désordonnées, mais d’une dissolution du gouvernement. Quand un souverain néglige son rôle, il perd sa légitimité, et le peuple est en droit de se défendre contre lui. Locke critique les souverains qui abusent de leur pouvoir, soulignant que la misère et l’oppression entraînent inéluctablement la révolte.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

Dans *Du contrat social*, Rousseau déclare que la véritable démocratie est hors de portée des hommes, affirmant qu’il n’existe pas de démocratie parfaite. Il postule que la souveraineté appartient à la volonté générale, qui ne peut être représentée que par elle-même. Bien qu’il prône la séparation des pouvoirs, Rousseau reste critique envers la démocratie directe, la jugeant impraticable à grande échelle en raison de la tendance des intérêts privés à s’immiscer dans le domaine public.

Simone Weil (1909-1943)

Weil, dans un article posthume, propose de supprimer les partis politiques, qu’elle considère comme des structures qui étouffent la vérité et la justice. Selon elle, les partis transforment les individus en membres d’une machine à votes, éloignant ainsi le débat des véritables enjeux. Elle prône plutôt l’établissement de forums d’idées, où la recherche de la vérité pour le bien commun serait privilégiée.

Hannah Arendt (1906-1975)

Dans *De la révolution*, Arendt analyse les luttes pour une gouvernance respectueuse de la souveraineté populaire. Elle met en lumière la rivalité entre les partis et les conseils, ces derniers cherchant à représenter directement le peuple. Arendt souligne que la démocratie parlementaire, bien qu’imparfaite, est dominée par une élite qui gouverne dans l’intérêt de la majorité, tout en critiquant la confusion entre le social et le politique dans les conseils.

Jacques Rancière (né en 1940)

Rancière, dans *La Haine de la démocratie*, soutient que nous ne vivons pas en démocratie, mais dans des États de droit oligarchiques. Il insiste sur le fait que la démocratie est une exigence qui dépasse les formes de gouvernement, où l’égalité est centrale. Pour lui, la représentation actuelle n’aboutit pas à une véritable démocratie, mais reflète un compromis qui doit être questionné afin de répondre aux aspirations populaires.

En somme, être démocrate implique une réflexion continue sur la nature du pouvoir et la place du peuple dans les structures politiques, tout en cherchant à garantir que l’égalité et la justice demeurent au cœur de ce système.

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