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Danton et Robespierre deux visions contrastées d’un même projet

À l’aube de la Révolution française, deux figures marquantes émergent et s’imposent au cœur d’événements qui vont impacter l’histoire de France : Georges Danton et Maximilien Robespierre. Issus de milieux sociaux similaires, ces deux hommes ont connu des parcours d’enfance et de jeunesse radicalement opposés, ils sont déterminants pour comprendre la suite de leurs trajectoires et de leur antagonisme.

A première vue tout semblait les rapprocher, nés à quelques mois d’écart dans les années 1750, ils appartiennent tous deux à la petite bourgeoisie provinciale. Deux avocats de formation, ils se lancent en politique avec ferveur au début de la Révolution. Siégeant côte à côte à la Montagne, ils partagent les mêmes idéaux démocrates et républicains. 

Et pourtant…malgré ces nombreux points communs, Danton et Robespierre finiront par s’affronter dans une lutte à mort, incarnant deux visions irréconciliables de la Révolution.

Danton a grandi dans un environnement familial aimant et chaleureux. Robespierre a été marqué dès son plus jeune âge par la tragédie. Il perd sa mère à l’âge de 6 ans, puis est abandonné par son père. 

Danton, fils unique, est gâté et entouré. Ses amis d’enfance le décrivent comme un garçon turbulent, indiscipliné et insouciant. Rien ne semble pouvoir le retenir, ni les punitions de ses maîtres, ni la surveillance de ses parents. Il passe le plus clair de son temps à jouer. Son éducation, plus libre et moderne dans une pension laïque de Troyes, favorise le développement de son tempérament impétueux et son goût pour les plaisirs.

À l’inverse, le jeune Robespierre, orphelin, est envoyé au collège d’Arras puis au prestigieux Louis-le-Grand à Paris. Là, il se montre studieux, sérieux, solitaire, fuyant les jeux de ses camarades. Ses professeurs le décrivent comme un élève modèle, travailleur acharné, mais taciturne et replié sur lui-même.

Tandis que Danton s’épanouit dans la liberté et l’insouciance de l’enfance, Robespierre est contraint de mûrir trop rapidement, de s’armer contre un monde qu’il juge injuste. Cette divergence de parcours va forger deux personnalités radicalement opposées.

Danton, élève moyen, peine à se plier à la discipline et aux exigences du collège. Il rend des devoirs bâclés, se montre rétif aux punitions. À l’inverse, Robespierre se distingue par son application et ses brillants résultats. Il décroche prix et récompenses, redoublant même une classe pour décrocher la première place. Son ambition le pousse à se surpasser, à faire preuve d’une rigueur et d’une abnégation sans faille.

Là où Robespierre incarne la vertu et la rigueur jacobines, Danton symbolise la liberté et l’audace révolutionnaires.

Cette opposition se cristallise lors de la visite du roi Louis XVI au collège Louis-le-Grand. Robespierre, élève modèle, a l’honneur de prendre la parole au nom de l’institution. Danton, lui, fugue pour assister au sacre du roi à Reims, bravant l’interdiction de ses maîtres. L’un incarne la vertu et la discipline, l’autre l’indépendance et l’audace.

Ces différences d’attitude face à l’autorité dessinent déjà les traits qui marqueront leur engagement politique. Robespierre, produit d’une éducation jésuitique, se forgera en homme de l’ordre et de la vertu. Danton, esprit libre et rebelle, sera l’homme de l’action et de la liberté.

Cette divergence se prolonge dans leurs choix de carrière et de vie à l’aube de la Révolution. Là où Robespierre choisit de retourner dans sa province natale d’Artois pour y exercer le métier d’avocat, Danton décide de tenter sa chance à Paris.

Robespierre, fidèle à son tempérament studieux, s’installe à Arras et se consacre avec application à sa profession. Paris l’attire peu, il la fuit même, rebutée par l’agitation et la corruption qu’il y pressent. Danton, au contraire, est saisi par la fièvre parisienne. Malgré sa modeste condition, il rejoint la capitale, bien décidé à y percer et à s’y faire un nom. Tandis que Robespierre demeure un provincial à Paris, Danton se forge une réputation de tribun populaire dans les rues de la capitale. L’un se construit dans la solitude et l’étude, l’autre dans le contact avec les hommes et l’action.

Pendant un temps, Danton et Robespierre parviennent à faire cause commune, unis par leur volonté de renverser la monarchie et d’instaurer un régime républicain. Ensemble, ils jouent un rôle décisif dans les événements de 1792 qui aboutissent à la chute de la royauté. Mais très vite, leurs divergences de tempérament et de vision politique les poussent à s’affronter. Leurs parcours finiront par se séparer jusqu’à leurs fins tragiques.

Danton, soucieux de préserver l’unité révolutionnaire et de mettre un terme à la Terreur, se heurte à l’intransigeance de Robespierre, qui veut pousser la Révolution jusqu’à son terme radical. Leur rivalité prend alors une tournure tragique, chacun cherchant à éliminer l’autre. Robespierre finit par l’emporter, envoyant Danton à l’échafaud le 05 avril 1794. Cependant, les excès de la Terreur ont fini par susciter de vives oppositions, y compris au sein même du camp révolutionnaire. Quatre plus tard, le 27 juillet 1794, Maximilien Robespierre, figure emblématique de cette période, sera arrêté et exécuté avec ses principaux soutiens, marquant ainsi la fin de cette phase sanglante.

S’ensuit alors une « réaction thermidorienne » visant à mettre un terme définitif au régime de la Terreur. Les prisons sont vidées, les représentants en mission rappelés et les institutions révolutionnaires supprimées. Mais cette transition s’accompagne aussi d’une « Terreur blanche », avec des règlements de comptes sanglants envers les anciens « terroristes ».

Mais ce duel fratricide ne s’arrête pas là. Après la chute de Robespierre, une vaste entreprise de dénigrement est mise en place pour discréditer sa figure. Danton est alors réhabilité, tandis que Robespierre est diabolisé, devenant le symbole du « terroriste » révolutionnaire. 

Avec Danton, c’est toute une conception populaire et pragmatique de la Révolution qui s’incarne. Son éloquence enflammée, son sens de l’action et son charisme font de lui le tribun par excellence, incarnant les aspirations du peuple révolutionnaire. Robespierre, quant à lui, symbolise la volonté d’une Révolution morale et radicale, portée par un idéal de vertu et de justice sociale.

Ces deux figures, si différentes et pourtant si complémentaires, ont durablement façonné l’imaginaire révolutionnaire. Elles continuent encore d’alimenter les débats et les polémiques, chacun y projetant ses propres conceptions de la Révolution.

1. Origines et causes de la Terreur :

– La Réforme protestante a divisé la société entre élus et réprouvés, ce qui a conduit à des guerres de religion et à l’intolérance.

– Les philosophes des Lumières (Montaigne, La Boétie, Spinoza, Voltaire, d’Holbach, Rousseau) ont remis en cause le pouvoir absolu des rois et de l’Église, préparant ainsi la Révolution française.

– L’alliance entre les princes et les philosophes a favorisé l’introduction de l’athéisme et du théisme, remettant en cause les fondements de l’Ancien Régime.

2. Révolution de 1789 et inauguration de la Terreur :

– L’Assemblée nationale a mené des réformes ambitieuses comme l’abolition des privilèges féodaux, la division de la France en départements, etc.

– Cependant, la loi électorale a créé une division entre citoyens actifs et passifs, excluant les classes populaires des droits politiques, ce qui a suscité de vives critiques (Marat, Desmoulins, Robespierre).

– Les débats sur l’abolition de la peine de mort ont montré les divergences entre les partisans d’une justice humaine (Robespierre, Pétion) et ceux qui voulaient la conserver (comme Marat).

– L’adoption de la loi martiale a également été critiquée pour ses abus potentiels contre le peuple.

3. Marat et la Terreur :

– Marat, figure emblématique de la Terreur, est décrit comme un homme au physique ingrat mais au caractère violent et soupçonneux.

– Il s’est fait le « prophète du soupçon », organisant la défiance et prônant la violence pour abattre les « traîtres » et les « ennemis du peuple ».

– Bien que ses prédictions se soient parfois avérées justes, sa doctrine sanguinaire et anarchique a contribué à radicaliser la Révolution.

– Sa mort prématurée, loin d’arrêter la Terreur, a au contraire ouvert la voie à une dérive encore plus meurtrière, menée par des « hypocrites » ne recherchant que le pouvoir.

En somme, ce texte montre comment les origines intellectuelles, politiques et sociales de la Révolution française ont conduit à l’instauration d’un climat de violence et de suspicion, inaugurant la Terreur, dont Marat fut l’une des figures les plus controversées et influentes.

La Terreur, période où la violence et l’extrémisme politique dominent, trouve ses racines dans des tensions accumulées au cours des premières années de la Révolution. Ces tensions sont exacerbées par des facteurs internes et externes. L’instabilité économique, la peur d’une contre-révolution et l’intervention des puissances étrangères créent un climat de méfiance. Les révolutionnaires, convaincus que leur survie dépend de la répression de toute dissidence, adoptent des mesures de plus en plus sévères.

Au cœur de cette dynamique, la figure de Jean-Paul Marat se distingue. Sa passion pour la justice sociale et son mépris pour les élites en font un fervent défenseur des classes populaires. Pourtant, son radicalisme le pousse à soutenir des actions violentes contre ceux qu’il considère comme des ennemis de la Révolution. Sa publication, « L’Ami du peuple », devient un instrument de propagande au service de la Terreur, incitant à la vigilance et à la répression.

La mort de Marat en 1793, poignardé par Charlotte Corday, ne fait qu’intensifier l’emprise de la Terreur. Son assassinat, perçu comme un martyr pour la cause révolutionnaire, galvanise les partisans de la violence et justifie des mesures encore plus extrêmes. La Convention nationale, dominée par les Montagnards, se voit contrainte d’agir rapidement pour contenir les menaces internes et externes. Ainsi, la loi des suspects est adoptée, permettant l’arrestation de quiconque est perçu comme un opposant à la Révolution.

Robespierre, en tant que leader des Jacobins, devient le visage de cette période troublée. Son discours sur la vertu et la nécessité de la Terreur pour préserver la Révolution résonne chez de nombreux révolutionnaires. Il justifie la violence par l’idée que la liberté ne peut exister sans la sécurité, et que cette sécurité doit être assurée par la répression des ennemis de la Révolution. Cependant, cette logique de la Terreur finit par créer un climat de méfiance et de paranoïa au sein même des rangs révolutionnaires.

Alors que la Terreur se déploie, des figures comme Danton, initialement allié à Robespierre, commencent à s’opposer à cette dérive. Danton plaide pour une fin de la violence et un retour à des principes plus modérés. Il comprend que la peur engendrée par la Terreur risque de détruire les idéaux mêmes pour lesquels ils se battent. Cette opposition mène à son arrestation et à son exécution, illustrant la brutalité d’un régime qui ne tolère aucune dissidence.

La Terreur ne se limite pas à une simple répression politique ; elle s’étend à la vie quotidienne des citoyens. Les tribunaux révolutionnaires rendent des jugements expéditifs, et les exécutions se multiplient sur la place de la Révolution. La guillotine devient le symbole tragique de cette époque, incarnant la peur et la mort qui planent sur la société française.

Finalement, la Terreur s’épuise sous le poids de ses propres excès. Les abus de pouvoir et les luttes internes au sein du Comité de salut public aboutissent à la chute de Robespierre en 1794. Ce dernier, qui se voyait comme le garant de la vertu révolutionnaire, devient à son tour une victime de la machine qu’il avait contribué à créer. Son exécution marque la fin d’une période cauchemardesque et le début d’une réflexion sur les limites de la violence au service de la cause révolutionnaire.

La Révolution française, avec ses promesses de liberté et d’égalité, laisse ainsi un héritage complexe, tissé de lumières et d’ombres. Les luttes entre figures emblématiques comme Danton et Robespierre, ainsi que les événements qui ont mené à la Terreur, continuent d’interroger notre rapport à la justice, à la violence et à la quête de la vérité. Ces questions demeurent d’actualité, rappelant que l’histoire, bien que passée, ne cesse jamais d’influencer le présent.

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