D’après l’aveu du secrétaire d’Etat américain à la défense, Lloyd Austin, la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza aurait causé la mort de plus de 25 000 (9671 femmes et 15 370 enfants) et dixit le député Habib Meyer « ce n’est pas fini ». En effet à ce jour nous comptons plus de 35 000 civils tués.
D’après Euro-Med Human Rights Monitor (https://euromedmonitor.org/en) on compte à ce jour 80 000 blessés et 3890 disparus ou kidnappés, 869 soignants tués et 301 structures de santé détruites, 136 journalistes et 177 sièges de médias, 647 mosquées et églises détruites, 443 écoles et universités détruites, 200 sites archéologiques détruits, 122 500 habitations totalement détruites et 269 700 partiellement détruites et 2 millions de déplacés !
Et le premier avril sept humanitaires de World Central Kitchen (John Chapman 57 ans, James Kirby 47 ans ; Saifeddin Abutaha 25 ans, Lalzawmi frankcom 43 ans, Damian Sobol 35 ans, Jacob Flickinger 33 ans) ont rejoint la journaliste Shireen Abu Akleh et les 136 autres journalistes tués par l’armée israélienne. Tués intentionnellement par l’armée israélienne.
Après plus de cinq mois de massacres de civils, les Etats-Unis se sont enfin abstenus au Conseil de sécurité de l’ONU et ont permis l’adoption d’une résolution exigeant un « cessez-le-feu immédiat » à Gaza. Ils avaient auparavant à plusieurs reprises émis leur veto contre les résolutions précédentes. La résolution adoptée le 25 mars par 14 voix pour, et une abstention, « exige un cessez-le-feu immédiat pour le mois du ramadan » – qui a déjà commencé il y a deux semaines –, devant « mener à un cessez-le-feu durable » et « exige la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages ».
Nous n’avons pas fini de souffrir devant les rares images qui nous parviennent de Gaza des intenses bombardements de civils désarmés laissent indifférents nos chroniqueurs et intellectuels qui se pavanent dans les émissions radios et télévisées et font la promotion de leurs écrits. J’imagine les réactions si un intellectuel palestinien avait osé parler du 7 octobre comme un acte de résistance à l’occupant.
Les Gazaouis sont devenus des survivants réduits à des âmes errantes en haillons, cachectiques, humiliés, courant dans tous les sens à la recherche de quelque chose à manger. Était-ce ainsi lors du siège du ghetto de Varsovie ? J’ai toujours appris qu’être Juif, c’est être du côté des opprimés ! Les Nations Unies et dix ONG du monde entier dénoncent l’utilisation de la famine comme une arme de guerre. Le secrétaire général de l’ONU dénonce un « mépris du droit humanitaire international ». Les palestiniens affamés s’entretuent pour un bout de pain, plus de 130 palestiniens ont trouvé la mort lors des distributions de nourriture. Dominic Allen du Fonds des Nations Unies pour la Population a déclaré « les gens que nous avons croisés étaient décharnés, ils nous indiquaient qu’ils cherchaient de quoi manger ».
Tout cela n’a pas freiné la main de Bernard-Henri Lévy (BHL) pour ne pas le citer, qui affirme que Tsahal est « l’armée la plus morale du monde ».
Qu’elle ouvre le feu sur des civils, qu’elle détruise des universités et des hôpitaux, que le sordide calcul des rations alimentaires nécessaires à la survie soit affiché sans pudeur par les plus hauts responsables militaires ? Un détail. Les autorités israéliennes ont calculé que la ration quotidienne nécessaire pour éviter la malnutrition était de 2500 calories pour les hommes et de 2000 calories pour les femmes. Partant de ce calcul cynique qui rappelle des pratiques immondes, l’État hébreu a calculé qu’il ne devait autoriser l’entrée chaque jour que de 106 camions chargés de vivres et autres denrées de première nécessité et non de 400 camions comme c’était demandé par les agences d’aide humanitaire. Nous n’avons pas fini de pleurer devant les images de centaines de Palestiniens affamés qui se jettent à l’eau dans l’espoir de récupérer l’une des caisses d’aliments larguées par l’armée jordanienne en pleine mer. Beaucoup ne savaient pas nager et se sont noyés.
BHL ce mondain et prétendu défenseur des « causes justes » soutient contre toutes les évidences dans son nième livre, écrit à la hâte, la « Solitude d’Israël » cette guerre. Il reprend à son compte des informations que même les autorités israéliennes affirment aujourd’hui qu’elles sont fausses : « Égorger des femmes, les dépecer pendant qu’un autre les viole, pour le seul plaisir de le faire. »
Selon lui la prestigieuse institution française Sciences-po serait devenue une porcherie islamo-gauchiste, parce que des étudiants ont exprimé leur soutien à la cause palestinienne. Ici aussi il reprend des faits démentis par les protagonistes même. Il feint ignorer que c’est le cas dans toutes les universités du monde, Harvard, Stanford comprises. Ces manœuvres d’intimidations, de procès d’intention, de terrorisme intellectuel sont malheureusement devenues monnaie courante sur certains médias. BHL est invité par toutes sortes de médias. On lui sert la soupe.
L’incompréhension est totale entre l’Occident et le monde arabe. Le monde occidental peine à comprendre que la question palestinienne est centrale pour les Arabes du monde entier, même si leurs gouvernements font preuve de lâcheté. Aucun Arabe ne pourra être en paix tant que les droits du peuple palestinien seront bafoués. Il s’agit d’un engagement moral, politique et passionnel au-delà de la compassion naturelle. Comment faire comprendre aux Occidentaux que pour les Arabes, l’histoire n’a pas commencé le 7 octobre, mais en 1948 au moment où 750 000 Palestiniens ont été déplacés de leur terre pour y être remplacés par des Juifs venus d’Europe, voire en 1929 lors de la première révolte palestinienne. Les arabes ont traversé deux siècles de stagnation. Ils souffrent encore de cette période de coma où ils ont raté le train de la modernité.
On fait payer aux Palestiniens des crimes commis en Europe. En effet, l’immense majorité des habitants de la région ignorait tout de l’idéologie Nazi. La Palestine était colonisée et en dehors d’une élite, les Palestiniens étaient, à l’époque en grande partie, analphabètes. Les rappels, fait systématiquement, de la persécution des Juifs en Europe ne parlent pas aux Palestiniens, c’est une question de vécu..
C’est probablement inadmissible et même révoltant pour un occidental, mais les Arabes ne ressentent ni responsabilité ni culpabilité face à ces drames. Ils n’ont pas vécu l’Holocauste et il ne leur a pas été enseigné. Et pourquoi s’en étonner, longtemps cela a été le cas pour les occidentaux. Beaucoup n’ont appris qu’en 1985 et avec le film Shoah de Claude Lanzmann les horreurs qui se sont déroulées chez eux, parfois dans la gare qu’ils fréquentent tous les jours depuis leur tendre enfance.
Il ne s’agit pas de remettre en cause les horreurs subies par les juifs durant la seconde guerre mondiale. Bien au contraire, pour que les palestiniens comprennent leurs vis-à-vis ils doivent enseigner aux enfants dans toutes les écoles les horreurs subies par les juifs européens durant la seconde guerre mondiale.
Il est inconcevable que les grands de ce monde ne parviennent pas encore à réaliser que celui qui a organisé et commis le massacre du 7 octobre sera le seul vainqueur de cette guerre, non seulement à Gaza, mais dans tous les pays arabes ?
Comment le monde ne voit-il pas qu’en punissant des innocents, en commettant des massacres, en affamant les populations, en coupant l’eau et l’électricité à des civils (cette dernière étant, en conditions “habituelles” avant le conflit, octroyée que quelques heures par jour), en déplaçant deux millions de personnes, Israël est en train de radicaliser des millions de jeunes Arabes ?
Je refuse de croire que les stratèges israéliens soient à ce point aveuglés par la colère et ne réalisent pas l’impact de ces horreurs sur une opinion mondiale révoltée de Kuala Lumpur à Bogota en passant par Londres, Berlin, Istanbul, Rome, New York, Detroit ou San Francisco, et même Tel Aviv.
Accuser tous ceux qui sont contre cette guerre (cette cruelle vengeance) d’antisémitisme est en soi une insulte à l’intelligence humaine. Un raccourci qui justement ne permettra pas de lutter contre ce mal par ailleurs bien réel et qui prend une ampleur inquiétante.
Cette politique de la terre brûlée annonce de grands malheurs à venir dans ce monde. Il faut en urgence reconnaitre le droit du peuple Palestinien à une terre, un Etat et des frontières sûres. Les dirigeants occidentaux doivent le comprendre, corriger cette injustice au nom de la simple humanité, mais aussi au nom de leurs intérêts à venir bien compris. Faute de quoi, ils seront les premiers à porter une lourde responsabilité devant le tribunal de l’Histoire.
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