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La Paix au Moyen Orient Passe par Paris

Ce qui a été dit, les postures, les calculs politiciens, tout ce qui a été fait durant cette énième guerre à Gaza aura des conséquences inquiétantes non seulement en termes d’équilibres régionaux, mais aussi en termes de cohésion sociale au sein d’un même pays, notamment aux États-Unis et en Europe. Beaucoup de dirigeants des pays occidentaux ne le réalisent pas encore. 

La justice internationale, la défense des victimes des concepts qui n’ont plus aucune crédibilité aux yeux des citoyens du monde et c’est grave pour l’avenir. 

Le deux poids deux mesures est la norme en termes de gestion des conflits résume le ressenti de larges franges de la société. La guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien ne sont pas traités selon les mêmes principes. Ce qui autorise certains à défendre Poutine.

Tout a été fait pour déshumaniser tous les Palestiniens, sans distinction. Des informations fausses ou des horreurs jamais démontrées ont été utilisés pour écrire des livres, faire des centaines d’émissions télévisées, des articles et des éditoriaux repris à satiété par les médias. Et puis ce conflit a permis à chacun de régler ses comptes. Sur certains médias, on ne prend plus aucune précaution et on glisse subtilement de Gaza à musulmans, à islamismes, à terrorismes… à la délinquance dans nos cités, à l’immigration dite illégale pour arriver à l’antisémitisme. 

Il ne s’agit pas de nier que les opinions antisionistes peuvent parfois occulter des réalités antisémites mais en quoi un citoyen français animé des meilleurs sentiments humanistes, pacifiste, n’aurait pas le droit, surtout s’il est d’origine maghrébine, d’émettre une opinion critique sur la politique d’occupation des terres d’Israël ou sur la guerre menée à Gaza ? Immédiatement les accusations fusent. Traiter quelqu’un de sioniste devient une insulte raciste ?  Cette stratégie inquisitoire est dangereuse, elle alimente le sentiment que les juifs contrôlent les médias, qu’ils sont puissants, qu’ils agissent en sous-main et qu’ils contrôlent les finances et tant d’autres secteurs ? Tous les clichés qui malheureusement circulent dans certains milieux. Des propos qui reviennent de plus en plus en souvent en ce moment dans les débats et c’est INACCEPTALE, INTOLERABLE car c’est le fondement même de l’antisémitisme. Ce n’est pas suffisamment dit.

Ceux qui veulent défendre une ligne modérée sont peu nombreux. Comment se faire entendre quand la justice internationale est impuissante et les décisions de la Cour Pénale Internationale ou du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la communauté internationales, n’arrivent pas à retenir la main de Netanyahu et de son gouvernement ? 

Israël a été attaqué et se défendre soit mais pourquoi tant de morts, tant de destruction, tant de haine ?

La guerre à Gaza a révélé des profondes mutations qui ont eu lieu en occident ces dernières années. De toute évidence cette nouvelle réalité sociale, démographique a échappé totalement aux dirigeants américains et européens, tant ils vivent dans un entre-soi aveuglant. Ces dirigeants refusent d’admettre que leurs prises de positions actuelles sur le conflit du proche orient sont en total décalage avec ces nouvelles réalités. Ils se défendent en accusant ceux qui ne partagent pas leurs analyses des pires torts. Ce faisant ils éloignent la paix. Il est dangereux de nier que l’antisémitisme a atteint des proportions inquiétantes, mais le traitement politique et médiatique de ce conflit permet-il de préparer l’avenir et de lutter contre ce mal ? 

Nous ne maîtrisons pas toutes les subtilités que peut avoir la politique étrangère d’une grande puissance, mais comment expliquer à une jeunesse française d’origine maghrébine de troisième et même quatrième génération qui souffre quotidiennement d’ostracisme, du délit de faciès, qui est stigmatisée et qui entend à longueur de journée des théories sur sa capacité à s’intégrer, comment lui expliquer que la vente d’armes à Israël par les grandes puissances a continué pendant une guerre où la puissance occupante utilise l’intelligence artificielle pour tuer des milliers de femmes et d’enfants ? Est-il faux de penser que ces vendeurs d’armes ont voté à de multiples reprises contre le cessez-le-feu ? 

Comment réagit toute cette France en voyant défiler sur les plateaux télévisés des notables, bardés de diplômes, connus, médiatisés, des soi-disant apôtres de la démocratie, des champions du monde du droit international, qui tiennent des discours totalement opposés sur l’Ukraine et la Palestine ? Leurs discours en apparence équilibrés, bien agencés défendent l’indéfendable et alimentent le sentiment d’impuissance. La guerre. Il s’agit d’une violence symbolique inouïe, que les propos policés et les références aux droits de l’homme, à la démocratie, rendent encore plus insoutenable.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces jeunes et moins jeunes qui se sentent exclus ne sont pas tous des livreurs de pizzas ou des chauffeurs de taxis, ce sont aussi des médecins, des ingénieurs, des diplômés, parfois des grandes écoles et c’est aussi cela la nouvelle réalité. À l’occasion de ce conflit, ils se sont sentis exclus de la société où ils vivent, soignent, produisent, et paient leurs impôts. Une grave rupture est en train de se dérouler sous nos yeux, beaucoup veulent partir. 

Les errements de la politique étrangère française au Moyen-Orient, les prises de position des autorités françaises réveillé des traumatismes anciens et ont en crée de nouveaux.

Désormais, sur les réseaux sociaux, des messages de ce type circulent quotidiennement. Ainsi, il existerait en France 300 écoles privées pour la communauté juive, dont 130 sous contrat avec l’État, contre 66 pour la communauté musulmane, dont seuls 3 sont sous contrat avec l’État. Il existerait en France 650 000 personnes de confession juive et 5 millions et demi de confession musulmane. D’autres messages beaucoup plus violents circulent. Comment expliquer à ces jeunes que ce n’est pas une guerre de religion quand on nie à longueur de journée que c’est une guerre de territoire et que ces têtes bien pensantes expliquent que c’est la guerre du mal contre le bien, de l’occident civilisé contre les barbares, que c’est la guerre pour la démocratie contre l’obscurantisme ? Pourquoi ne le crie-t-on pas plus fort c’est une guerre pour un territoire.

Comment calmer la colère de ceux qui sont persuadés que les crimes de l’armée israélienne sont minimisés, voire justifiés, par les plus hautes autorités de l’État, soutenus par certains intellectuels ? Comment expliquer qu’il y aurait des victimes du terrorisme d’une part et des dommages collatéraux de l’autre, alors que les témoignages accablants se multiplient à l’encontre de l’armée israélienne ? Comment expliquer que des hommages et des cérémonies soient rendus aux uns et pas aux autres ? Comment justifier que la libération des trois otages franco-israéliens soit une priorité affirmée à toutes les occasions par la plus haute autorité en France, mais qu’aucun mot ne soit prononcé sur les familles de Français bloquées à Gaza ? Une vie ne vaudrait-elle pas une autre ? 

Comment expliquer aux militants antisionistes qu’un projet de loi criminalisant l’antisionisme a été proposé par le parti du Président de la République ? 127 universitaires juifs se sont mobilisés et ont adressé une pétition aux députés français, leur demandant de ne pas soutenir la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme. Mais ces mêmes députés parlent encore des bienfaits de la colonisation et qualifient la guerre d’Algérie d’événements. 

L’intensité de la contestation est révélatrice d’un basculement politique de toute une frange de la population. Les positions prises par l’État français, très largement en faveur d’Israël, sont contestées. 

Ce rejet s’exprime de façon visible dans les universités qui ne sont pas des foyers d’islamo-gauchiste mais des temples de savoir reconnues à travers le monde. Messieurs avez-vous réalisé que loin des bancs des écoles parisiennes, des millions de personnes partagent les mêmes vues ? 

Les réserves rhétoriques ne trompent personne. En prenant fait et cause pour Israël, les pays européens, dont la France, ont libéré des tensions que les partis d’extrême droite espèrent convertir en bulletins de vote aux élections européennes de juin prochain. 

Aucune indulgence, aucune explication ne doivent être accordées au terrorisme, au racisme et à l’antisémitisme. C’est uniquement à travers ce prisme qu’il faut commencer par aborder le sujet. Inversement, détourner les yeux du drame que vit le peuple palestinien depuis 75 ans, les tentatives de nazification des Arabes, les critiques inquisitoires, la diabolisation des musulmans ont fait du mal et alimentent la haine et le racisme. Aujourd’hui la division, la haine et la colère sont là, il est urgent que chacun assume ses responsabilités et révise ses prises de position. Une question lancinante revient toujours dans les débats, pourquoi les pays occidentaux ont été des va-t’en guerre dans ce conflit au lieu d’œuvrer pour la paix ?

Penser le présent à travers le prisme de l’histoire a souvent été à l’origine de manipulations politiques malsaines, mais il est de la responsabilité de ceux-là mêmes qui ont voté en 1948 pour la création de l’État d’Israël d’œuvrer pour la création d’un État palestinien viable et souverain, qui jouit des mêmes droits que tous les autres États dans le monde. C’est le sens de l’initiative espagnole qui a d’ores et déjà fait des émules. Certaines grandes nations s’honorent à rejoindre le mouvement sous peine d’être encore une fois du mauvais côté de l’histoire. Il est encore temps d’agir.

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