Depuis le 7 octobre 2023, le conflit israélo-palestinien a atteint une intensité nouvelle, révélant la dimension tragique et profondément humaine de cette guerre qui semble sans fin. Ce jour-là, une offensive du Hamas contre Israël a entraîné des pertes civiles considérables et la capture d’otages, déclenchant des opérations militaires israéliennes dévastatrices dans la bande de Gaza. Destruction des infrastructures, pertes humaines massives, traumatisme collectif : les conséquences de ces événements dépassent largement la sphère des stratégies militaires pour atteindre celle de l’humanité tout entière.
Le drame se joue aussi bien sur le terrain des vivants que sur celui des morts. D’un côté, des otages israéliens demeurent détenus à Gaza dans un climat d’incertitude qui suscite indignation et inquiétude internationales. De l’autre, des milliers de Palestiniens, dont des mineurs et des femmes, croupissent en détention administrative en Israël depuis parfois plusieurs décennies, souvent sans inculpation ni procès. La distinction entre otages et prisonniers administratifs, médiatisée et controversée, illustre la complexité morale et juridique de ce conflit : quelle différence y a-t-il, dans l’expérience humaine, entre l’enfermement arbitraire et la captivité imposée par la guerre ?
Même les morts deviennent des instruments dans ce conflit. La rétention des corps, pratiquée par les deux camps, constitue une violence symbolique et éthique, privant les familles d’un rite fondamental de deuil. Le 20 février 2025, le Hamas a remis à la Croix-Rouge quatre cercueils, dont ceux des enfants Ariel et Kfir Bibas, enlevés lors de l’attaque d’octobre 2023. Ces images ont provoqué émotion et colère à travers le monde. Mais les familles palestiniennes attendent, elles aussi, depuis des années la restitution des corps de leurs proches, souvent enterrés anonymement dans ce que l’on nomme les « cimetières des numéros », une pratique validée par la Cour suprême israélienne pour des raisons de sécurité. La guerre, ici, devient non seulement destruction mais dépossession, privation symbolique qui prolonge la souffrance au-delà de la mort.
Ces pratiques posent la question de l’humanité même du conflit. Hannah Arendt a montré que la guerre moderne tend à déshumaniser l’ennemi, réduisant l’autre à un simple obstacle ou à un instrument. Privation de liberté, détention arbitraire, rétention des corps : ces mécanismes cherchent à infliger une douleur supplémentaire, nourrissant la haine et interrompant le processus universel du deuil. Kant aurait parlé d’une violation du devoir moral fondamental : traiter l’être humain comme une fin en soi, et non comme un moyen de pression ou d’humiliation.
Les conséquences humaines sont également matérielles et collectives. La bande de Gaza, assiégée depuis des années, subit des destructions massives qui affectent logements, infrastructures et services essentiels. Les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme face à une crise humanitaire sans précédent. En Israël, l’atmosphère d’insécurité et de peur ravive des traumatismes historiques, transformant le quotidien en une expérience d’angoisse collective. Le conflit révèle ainsi la vulnérabilité de la condition humaine face à la violence organisée.
Malgré de multiples appels à la désescalade, la communauté internationale peine à instaurer un cadre de négociation efficace. Les interventions se heurtent aux intérêts partisans de certains États et à l’indifférence d’autres acteurs régionaux. Pourtant, comme le soulignait Montesquieu, « la paix est le repos de la justice » : seule une reconnaissance réciproque des droits et une recherche sincère de compromis politique permettront d’envisager une coexistence durable.
Cette tragédie rappelle une leçon universelle : dans la guerre, il n’y a pas de victoire véritable. Toute conquête se paie par la souffrance, et chaque acte de revanche alimente un cycle qui enferme les hommes dans l’injustice et la haine. La seule victoire légitime, comme le rappelle la sagesse philosophique depuis Épicure jusqu’à Kant, est celle de la paix, fondée sur le respect de la vie, la dignité humaine et la possibilité de réconciliation.
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