De l’invisible séparation entre l’Orient et l’Occident : Une analyse à travers la guerre à Gaza et ses répercussions

Dans ses Lettres persanes publiées en 1721, Montesquieu raconte les aventures d’Usbek, un Persan qui voyage à Paris et se confronte à un monde européen en pleine effervescence. À travers le regard d’Usbek, l’auteur s’interroge non seulement sur la société française, mais aussi sur la manière dont les Occidentaux perçoivent l’Orient, souvent vu comme une terre d’exotisme et de mystère. Ce conte philosophique, à la fois divertissant et mordant, offre un regard critique sur les conventions de son époque et sur la distance – parfois insurmontable – qui sépare les cultures et les civilisations. Plus de trois siècles après sa publication, cet esprit critique semble résonner avec une étrange actualité, alors que la guerre à Gaza met en lumière la fracture toujours plus profonde entre l’Occident et l’Orient.

Le conflit en cours, qui fait rage depuis le 7 octobre 2023, dévoile au grand jour un schisme géopolitique et humain entre un monde occidental aveuglé par sa politique de soutien inconditionnel à Israël, et un monde arabe, palestinien en particulier, dont les souffrances se font de plus en plus inaudibles, voire invisibles, aux yeux des puissances occidentales. Cette déconnexion est d’autant plus flagrante dans les actions et les discours des gouvernements occidentaux, en particulier des États-Unis, qui semblent réduire la question palestinienne à un détail géopolitique mineur, quand elle n’est pas complètement effacée par une rhétorique qui privilégie le soutien à Israël à tout prix.

L’aveuglement occidental : La complicité par l’indifférence

Il est difficile de trouver des mots suffisamment forts pour décrire l’indifférence occidentale face à l’ampleur des massacres à Gaza. Cette indifférence est d’autant plus frappante qu’elle est systématisée dans les politiques de soutien inconditionnel à Israël, illustrées par les décisions prises par l’administration Biden. En octobre 2023, les États-Unis ont lancé une offensive militaire sous forme de vente d’armements massifs à Israël, avec l’envoi de 45 000 obus destinés à soutenir les bombardements israéliens sur Gaza, pour un montant de 500 millions de dollars. Ce soutien, doublé d’un soutien diplomatique sans faille, s’accompagne d’une ligne de défense aussi pragmatique qu’injustifiable : l’Occident, avec ses alliances et ses investissements, continue de fermer les yeux sur la souffrance des Palestiniens.

Pire encore, Washington a opposé son veto à une résolution de l’ONU, soutenue par son propre secrétaire général, Antonio Guterres, qui réclamait un « cessez-le-feu humanitaire immédiat ». Par cette décision, les États-Unis ont explicitement donné les mains libres à un État qui mène une guerre d’extermination systématique dans une enclave déjà dévastée, où la population civile palestinienne se trouve piégée et écrasée sous les bombes. Ce soutien aveugle à Israël, malgré l’ampleur des crimes de guerre et les violations flagrantes du droit international, ne laisse place à aucune ambiguïté : il s’agit d’une complicité morale et politique qui refuse de reconnaître la dignité humaine des Palestiniens.

La guerre des récits : Une guerre d’images et de désinformation

Le conflit actuel n’est pas seulement une guerre des bombes et des soldats, mais aussi une guerre des récits. Les images de la souffrance palestinienne circulent massivement sur les réseaux sociaux, mais au lieu de provoquer une prise de conscience globale, elles alimentent la polarisation et la haine. En Occident, ces images ne font que renforcer le récit selon lequel l’ennemi est barbare, irrationnel et inhumain. En revanche, côté israélien, une mise en scène habile a permis de construire un narratif mondial centré sur l’attaque du 7 octobre, en projetant des images choquantes des victimes israéliennes dans les grandes capitales occidentales.

Cette production d’images, soigneusement orchestrée, n’a qu’un seul objectif : rendre le récit israélien dominant et légitimer la violence de l’État d’Israël. En parallèle, les autorités israéliennes ont verrouillé l’accès médiatique à Gaza, restreignant l’information sur la réalité de la situation sur le terrain et manipulant l’opinion mondiale pour en faire un atout dans la guerre psychologique. L’objectif est de réduire les Palestiniens à des figures de criminels, de terroristes, et de déshumaniser toute une population.

La déshumanisation et la rhétorique de l’élimination

Les déclarations de certains responsables israéliens, comme celle du ministre de la Défense qui a qualifié les Palestiniens d’« animaux humains », n’étonnent plus dans le climat actuel. Cette rhétorique est une forme d’appel à la violence systématique contre une population déjà opprimée, dont la déshumanisation est la condition nécessaire pour justifier les atrocités commises.

Il est d’autant plus effarant de constater que des civils, des médecins, des journalistes, sont volontairement désignés comme des ennemis et présentés comme des combattants du Hamas. La machine de propagande israélienne tourne à plein régime, soutenue par un cadre médiatique international qui, trop souvent, abdique sa mission de vérité. L’exemple de Dominique Moïsi, analyste politique, qui relativise les souffrances palestiniennes au nom des otages israéliens, illustre l’état d’esprit dominant qui continue de marquer l’opinion publique occidentale.

La destruction méthodique : Une guerre d’extermination

Il est impossible de ne pas voir, derrière cette guerre, un projet bien plus vaste que la simple élimination du Hamas : il s’agit de détruire Gaza, de faire disparaître une population entière, de razer ce qui reste d’infrastructures, de maisons, de vie. La guerre menée par Israël n’est pas une guerre de défense mais une guerre d’agression, une guerre d’extermination méthodique. La finalité de cette guerre n’est pas de neutraliser des menaces immédiates, mais de briser une population, de démolir les bases mêmes de sa survie.

Les chiffres de la guerre sont d’une cruauté implacable : plus de 24 000 morts, dont une majorité de civils, dont une moyenne de 60 enfants tués chaque jour. Ce calcul macabre est symptomatique de l’asymétrie totale entre l’armement israélien de pointe et l’impuissance de la population palestinienne, cloisonnée dans l’isolement et l’agonie.

Une guerre qui fracture le monde

Cette guerre n’est pas seulement une tragédie pour Gaza et la Palestine, elle est aussi une fracture qui déchire le monde entier. Elle bouleverse les équilibres géopolitiques, mais aussi les principes moraux et éthiques qui fondent les sociétés humaines. Le soutien occidental aveugle à Israël, les justifications absurdes de l’usage de la force, la victimisation systématique des Israéliens au détriment de la souffrance palestinienne, rendent ce conflit plus qu’un affrontement géopolitique : il devient un véritable test pour la conscience humaine.

Les réfugiés d’aujourd’hui, les migrants de demain

La guerre à Gaza a un effet dévastateur qui ira bien au-delà du champ de bataille. Les réfugiés palestiniens d’aujourd’hui sont les migrants de demain. Ce sont des populations qui fuiront leur pays, rejetées par les bombes et la misère. Et, dans un avenir pas si lointain, ces réfugiés se retrouveront dans les rues des villes européennes, cherchant refuge là où les armes ont fait taire leur histoire. À ce moment-là, on leur demandera peut-être : « Comment peut-on être Palestinien ? » Un questionnement qui pourrait faire écho à la réponse qu’un jour les Européens donneront à leurs enfants : « Comment avons-nous pu être indifférents ? »

La nécessité d’une prise de conscience collective

Il est impératif de briser ce mur invisible entre l’Occident et l’Orient, un mur fait de stéréotypes, de peurs irrationnelles et d’intérêts géopolitiques. Si la guerre à Gaza doit nous enseigner quelque chose, c’est que l’inhumanité n’a pas de frontières. Les souffrances des Palestiniens ne peuvent plus être ignorées ni minimisées. Il est grand temps de rétablir le respect des principes universels des droits de l’homme et de la dignité humaine, et de mettre fin à cette logique de destruction qui ne fait qu’aggraver la fracture du monde.

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